www.lumenc.org DUCCIO di Buoninsegna, Guérison de l'aveugle / Healing of the Blind Man, 1308-11, Detail, Tempera on wood, 43 x 45 cm, National Gallery, London
  Les maladies de l'âme

Qu'entend-on par "maladies de l'âme"

Introduction aux maladies de l'âme

L'art médical spirituel selon Philoxène de Mabboug

L'orgueil

L'Ennui ou la dépression spirituelle (l'acédie)

La Tristesse

La Colère

L'Inquiétude

La Jalousie

Le Mensonge

L'Angoisse

La Gourmandise

La Cupidité ou l'avarice

Les Désordres de Nature Sexuelle ou La Luxure

La dépendance affective

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Les Désordres de Nature Sexuelle ou La Luxure

La Luxure

De la luxure, qui est une des principales maladies de l'âme, nous exposerons la nature, les espèces, la gravité, les causes et les conséquences. Puis nous en indiquerons les principaux remèdes.

I. La Nature de la Luxure

La luxure qui consiste en l'usage désordonné de la faculté sexuelle est une maladie de l'âme, bien qu'elle s'inscrive principalement dans la recherche des plaisirs corporels. Car le désir de ces plaisirs s'enracine dans l'âme. La luxure s'oppose à la vertu de chasteté qui règle l'usage de la fonction sexuelle selon la raison, conformément au plan du Créateur concernant la sexualité humaine. La luxure fausse l'exercice naturel et normal de la sexualité, en s'attachant au plaisir sexuel désiré pour lui-même, indépendamment de la finalité propre à la fonction sexuelle. Elle tend à réduire la sexualité au plaisir charnel que son exercice procure, et donc à la priver de sa haute valeur morale et spirituelle, qui en assure la dignité.

Il est vrai que la sexualité se manifeste d'abord par la formation et le développement des organes génitaux, donnés par la nature en vue de la génération de nouvelles vies, mais elle ne se réduit pas à la génitalité. " Elle affecte tous les aspects de la personne humaine, dans l'unité de son corps et de son âme. Elle concerne particulièrement l'affectivité, la capacité d'aimer et de procréer, et d'une manière générale l'aptitude à nouer des liens de communion avec autrui" (CEC no. 2332). Outre les aspects physique et psychologique, elle comporte donc un ensemble de qualités psychiques et morales, qui font que l'homme et la femme sont différents et complémentaires, réalisant comme couple une image plus signifiante de Dieu, selon ce que nous apprend le récit de la Genèse : " Et Dieu créa l'homme à son image ; il le créa à l'image de Dieu ; homme et femme il les créa" (Gen. 1, 27). En créant l'homme et la femme à son image, Dieu les mit immédiatement au service de la vie. Lui qui est la source de toute vie, il voulut s'associer l'homme et la femme pour en faire ses ministres quant à la transmission de la vie humaine. À cette fin, il les bénit et leur dit : " Soyez féconds, et multipliez-vous. Remplissez la terre et soumettez-la" (Gen. 1, 28). La bénédiction de Dieu sur le ministère de la vie que l'homme et la femme furent appelés à exercer dès l'origine, manifeste le caractère sacré à la fois de l'union de l'homme et de la femme et de la vie qui devait jaillir de cette union : la vie d'êtres intelligents et libres, capables d'entrer en relation personnelle et filiale avec Dieu et en communion les uns avec les autres. Ce ministère sacré de la vie, confié par Dieu à nos premiers parents nous révèle la finalité première de la sexualité et de son exercice.

L'exercice naturel et normal de la fonction sexuelle, inscrit dans la configuration organique de l'homme et de la femme, se trouve ainsi ordonné par Dieu, dès l'origine, à la famille, devant sortir de leur union stable et sacrée, c'est-à-dire du mariage. Ce n'est donc que dans le cadre du mariage que peut s'exercer la sexualité d'une façon conforme à la volonté du Créateur. L'union matrimoniale apparaît, selon le plan de Dieu, comme le moyen de réaliser l'unité de l'homme et de la femme, unité à la fois physique et spirituelle. " C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme : ils ne seront plus deux, mais une seule chair" (Gen. 2, 24).

La différence des sexes et l'ensemble des caractères qui composent la sexualité n'ont rien en eux-mêmes que d'excellent, étant l'oeuvre de Dieu. Les sexes opposés se sentent naturellement attirés l'un vers l'autre pour réaliser leur complémentarité et leur fécondité. L'attrait sexuel de l'homme et de la femme, fondé sur l'instinct très puissant qui les pousse à s'unir est donc en lui-même bon. C'est en raison de cet attrait sexuel qu'un jeune homme et une jeune fille conçoivent le désir du mariage, auquel s'oppose le désir de la luxure, que les Pères appellent le " désir du corps" ou encore " le désir de la fornication" , entendant par là le désir de se servir de leur sexualité d'une façon désordonnée.

L'attrait sexuel, lorsqu'il est soumis à la raison et à l'ordre voulu de Dieu, se développe en une amitié pure et chaste, où l'homme et la femme apprennent à se connaître, à s'apprécier, avant de s'engager dans une relation authentique d'amour, qui sera scellée par le don complet et mutuel d'eux-mêmes. Comme il n'est pas d'amour conjugal vrai sans référence à Dieu, il n'est pas possible pour de futurs époux d'envisager une union stable qui se veut fondée sur un amour indestructible, si cet amour n'est pas entièrement subordonné à l'amour de Dieu. L'amour vrai qui débouche sur le mariage requiert au plan psychologique la maturité affective, et au plan spirituel une vie tournée vers Dieu, enracinée dans son amour. Aussi longtemps qu'une personne se débat dans une dépendance affective, qui signifie toujours une méconnaissance de la primauté d'amour qui est due à Dieu, elle ne peut être apte à s'engager dans une relation amoureuse, qui aboutisse à une union conjugale stable et heureuse.

La dépendance affective conduit habituellement à la dépendance sexuelle, qui est en réalité une dépendance aberrante à la luxure. La dépendance sexuelle, en effet, est la recherche constante des plaisirs charnels. La sexualité de personnes dépendantes sexuellement est complètement déviée de sa finalité. Dans le mariage, elle ne peut que créer des situations intolérables. Au lieu d'être un chemin de sainteté, dans la dépendance sexuelle le mariage devient une route de perdition. Au lieu de s'ouvrir à la connaissance et à l'amour de l'autre, la sexualité cherche alors l'autre pour s'en servir, pour en jouir. La jouissance sexuelle est la fin poursuivie dans les pensées, les sentiments, les désirs, les paroles, les actes, à l'encontre du voeu profond de la nature qui vise à une réelle intimité d'amour. Dans la dépendance sexuelle, il n'y a pas d'amour, si ce n'est un amour menteur, hypocrite, qui abuse de la confiance de son partenaire. Le langage si noble de l'amour, par lequel il se dit et s'engage jusqu'à l'union profonde des coeurs et des esprits, est détourné au seul profit égoïste de la chair. La personne de l'autre n'y est considérée et appréciée que comme un objet de plaisir. La dépendance sexuelle, parce qu'elle se joue toute au plan du corps, ne satisfait pas les désirs du coeur, qui reste toujours vide d'affection. Ce vide affectif réclame sans cesse, pour être comblé, de nouvelles expériences sexuelles qui ne font que l'augmenter. Il en résulte dans l'âme une inquiétude continuelle, une agitation qui ne lui laisse pas de repos, de l'angoisse venant d'un désir lancinant inassouvi. Le coeur s'enfonce dans une amère déception, qui entraîne avec elle des sentiments de tristesse, d'impatience, de colère, de révolte, avec une douloureuse perte de la juste estime de soi.

J.C. Larchet, dans son livre Thérapeutique des maladies spirituelles, décrit en fait la dépendance sexuelle, lorsqu'il écrit : " L'amour est ouverture à l'autre et libre don de soi. Chacune des deux personnes qu'il unit se donne à l'autre et le reçoit en échange. Dans cette communion, chacun s'enrichit et s'épanouit dans toute l'extension de son être et jusqu'en l'infinité divine dans la mesure où, comme il se doit, l'amour est alimenté par la grâce et trouve sa finalité dans le Royaume. La luxure est au contraire une attitude philautique (égoïste), elle révèle un amour égoïste de soi. Elle replie sur lui-même celui qu'elle possède et ferme totalement à l'autre. Elle empêche tout échange puisque sous son influence le passionné n'a en vue que son intérêt propre, ne donne rien à l'autre et veut uniquement recevoir de lui, mais cela seul qui répond à son désir passionné. Ce qu'il obtient, il le considère plus comme aboutissement de son propre désir que comme don de l'autre ; l'autre n'est pour lui qu'un simple intermédiaire entre soi et soi-même. La luxure ainsi emprisonne l'homme dans son moi, plus précisément et restrictivement dans le monde confiné et clos de sa sexualité charnelle, de ses instincts et de ses fantasmes, et le ferme totalement aux mondes infinis de l'amour et de l'esprit.

" Lorsque la luxure est jouissance d'une représentation imaginaire de l'autre, celui-ci n'existe pas comme personne ou comme prochain, mais comme objet fantasmatique, conçu par projection des désirs du passionné. Une telle vision de l'autre ne peut manquer d'avoir quelque incidence sur la façon dont le passionné pourra considérer dans la réalité les êtres concrets qui correspondent à sa passion. Il y aura inévitablement une superposition de l'imaginaire sur le réel, opérant une vision de celui-ci modifiée par celui-là [...] " Lorsque la passion s'exerce dans une relation directe à une personne concrète et présente, elle opère une réduction de cette dernière. L'autre, dans la luxure, n'est pas rencontré comme une personne, n'est pas saisi dans sa dimension spirituelle, dans sa réalité fondamentale de créature à l'image de Dieu : il se trouve réduit à ce qui, dans son apparence extérieure est susceptible de répondre au désir de jouissance du passionné : il devient pour celui-ci un simple instrument de plaisir, un objet. Dans certains cas même, son intériorité est niée ainsi que toute la dimension de son être qui transcende le plan sexuel, celle notamment de la conscience, de l'affectivité supérieure et de la volonté. Le passionné d'autre part ignore la liberté de l'autre dans la mesure où il n'a en vue que la satisfaction de son propre désir, laquelle se présente le plus souvent à lui comme une nécessité absolue qui ignore le désir de l'autre. L'autre, en conséquence de tout cela, n'est plus reconnu, ni respecté dans son altérité ni dans le caractère unique de sa réalité personnelle, lesquels ne peuvent se révéler que dans l'expression de sa liberté et la manifestation des sphères supérieures de son être, car réduits par la luxure à la dimension générique et animale d'une sexualité charnelle, les être humains deviennent pratiquement interchangeables comme des objets.

" Il apparaît ainsi que sous l'effet de la luxure, l'homme voit le prochain tel qu'il n'est pas et ne le voit pas tel qu'il est. Autrement dit, il acquiert une vision délirante de ceux que sa passion lui fait rencontrer. Dès lors, tous ses rapports avec eux se trouvent complètement pervertis" . (J.C. Larchet, p. 174-175)

Vision délirante de la personne objet de ses désirs, la dépendance sexuelle est en même temps une aliénation de soi-même, de sorte qu'elle est toute entière une sorte de folie. Car, sous son emprise, " l'homme ne voit plus le centre de son être dans l'image de Dieu dont il est porteur mais dans ses fonctions sexuelles. Il se réduit en quelque sorte à celles-ci, tout comme celui qui est dominé par la passion de la gourmandise se réduit lui-même à ses fonctions gustatives et digestives. L'homme se trouve ainsi décentré et vit en dehors de lui-même : il est aliéné. N'étant pas, comme il se devrait, subordonnée à l'amour spirituel, la fonction sexuelle vient à occuper en l'homme une place démesurée, voire exclusive, et substitue à l'amour le désir brut et instinctif. L'homme met ainsi, comme le fait remarquer saint Basile d'Ancyre, son âme à la traîne de son corps : " Les corps en quête de plaisir, tout à leur affaire, unissent les âmes qui sont en eux pour les mettre au service de la passion qui les agite, et les âmes vont ainsi à la remorque des vices de la chair" (in Traité de la virginité, 38).

La dépendance sexuelle se caractérise donc par l'enfermement en soi-même, l'égoïsme qui ne pense qu'à satisfaire ses propres désirs, la négation de sa propre dimension spirituelle et de celle d'autrui, et par suite la négation de son identité et de sa dignité personnelle, comme de l'identité et de la dignité d'autrui, tout cela se scellant dans un mépris souverain de la liberté de l'autre et de son épanouissement.

Par rapport à Dieu, la dépendance sexuelle signifie la négation de toute relation filiale et de toute soumission à l'ordre établi par Lui. Elle est oubli de Dieu, source de l'amour, et refus de lui reporter comme à sa fin l'amour humain dans son expression à la fois spirituelle et corporelle, comme l'exigerait l'exercice normal et naturel de la faculté sexuelle. Elle est une sorte d'adoration de la chair : de sa propre chair et de la chair d'autrui. C'est la raison pour laquelle les Pères considèrent la luxure comme une idolâtrie. J.C. Larchet résume ainsi la doctrine de S. Maxime le Confesseur sur la luxure-idolâtrie :

" Le désir exclusif de plaisir sexuel qui caractérise la luxure mobilise la puissance désirante de l'homme et la détourne de Dieu, qui devrait constituer son but essentiel. Obnubilé par la jouissance sensible que sa passion lui procure, l'homme se prive de la jouissance spirituelle des biens du Royaume, La luxure opère un renversement des valeurs au plan le plus élevé : elle fait passer Dieu au second plan, l'oublie et le nie en mettant à sa place le plaisir charnel. Elle fait passer d'une manière générale dans l'existence du passionné la chair avant l'esprit" .

Plus qu'une espèce particulière de luxure, la dépendance sexuelle en est l'aboutissement. En elle, peuvent se rencontrer pratiquement toutes les formes de la luxure, même les plus aberrantes.

II. Les espèces de luxure

L'usage désordonné de la faculté sexuelle qu'est la luxure donne lieu à plusieurs espèces de fautes contre la chasteté. Si l'on conserve la perspective selon laquelle les Pères considèrent la luxure, ces fautes contre la chasteté, qui relève de la tempérance, portent aussi atteinte à plusieurs autres vertus, dont la foi, la charité, la sagesse, la justice. Car la luxure suppose toujours un mépris de Dieu, un mépris du prochain et un mépris de soi-même : elle est oubli de Dieu et exaltation de la chair au détriment de l'esprit.

1) Les fautes intérieures

Il faut d'abord souligner les fautes intérieures de luxure : les imaginations, les désirs directement voulus ou provoqués par des lectures, des regards, des modes vestimentaires contraires à la pureté ou à la décence. Les fautes intérieures contre la chasteté sont très importantes, car tout le mal de la luxure vient du désir, comme Notre-Seigneur nous en avertit dans l'Évangile : " Celui qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l'adultère avec elle dans son coeur" (Mt. 5, 27). " C'est du coeur que viennent pensées mauvaises, meurtres, adultères, fornications, vols, faux témoignages, blasphèmes" (Mt. 15, 19). Aussi Philoxène de Mabboug, dans ses homélies sur la luxure, insiste-t-il sur les pensées et les désirs d'ordre sexuel, qui sont la source des péchés extérieurs. Assimilant la luxure à la fornication, il affirme : " Il y a la fornication du corps, la fornication de l'âme et la fornication de l'esprit. Et il y a le commerce du corps, le commerce de l'âme et le commerce de l'esprit. La fornication du corps, c'est l'adultère qui a lieu en dehors de la loi avec une étrangère ; la fornication de l'âme, c'est la participation secrète de ses pensées au désir de la fornication, même lorsque l'action n'est pas faite extérieurement ; et la fornication de l'esprit, c'est le commerce de l'âme avec les démons ou son accord avec des doctrines étrangères... Ayons à coeur de nous affranchir de la fornication des pensées, qui est la fornication de l'âme, et nous serons affranchis de la fornication du corps aussi, recommande-t-il.

De même que le corps se prostitue en actes, remarquent d'autres Pères, notre âme se prostitue en pensées et en images. "Le démon agit surtout au moyen de l'imagination et des pensées pour enténébrer notre intellect ".

Les Pères pensent que la convoitise du coeur apparaît comme contenant déjà en germe toute la passion de luxure et même comme exprimant déjà pleinement celle-ci. " S'il est vrai qu'en certains cas le désir peut être suscité dans l'âme par des impulsions corporelles (par exemple la gourmandise), on peut considérer que c'est l'âme là encore qui conserve l'initiative, dans la mesure où elle dispose d'un pouvoir d'accepter que ces impulsions se développent ou de refuser au contraire de leur donner suite. En tout état de cause, il faut souligner que la passion de luxure peut s'exercer en pensées, par la jouissance de représentations, plus précisément d'images" (Larchet).

Il n'y a pas de doute que les sens extérieurs, principalement les yeux, et les sens intérieurs, c'est-à-dire la mémoire et l'imagination, jouent un rôle déterminant dans la luxure. Cette maladie entre habituellement dans l'esprit par la porte des sens. Évagre le Pontique a noté que " lorsque les représentations d'ordre sexuel ne sont pas fournies par les sens ou la mémoire, elles peuvent être forgées de toutes pièces par l'imagination sous la poussée du désir et que cela peut même donner lieu par la force d'un désir particulièrement puissant, mais aussi par une inspiration directe du démon, à de véritable hallucinations" . Selon ce Père, il y a un démon de la luxure qui travaille sur l'imagination, lui présentant des images impures et dont l'action peut en arriver jusqu'à l'obsession et même aux hallucinations. C'est ainsi que ce démon de la luxure fait dire à l'âme certaines paroles et en entendre d'autres en réponse, tout comme si l'objet était visible et présent" . (Traité pratique, 8). De son côté saint Jean Chrysostome dira que " la luxure fait ainsi vivre celui qu'elle habite dans un monde de fantômes et de fantasmes, le plonge dans un univers irréel, le livre au délire et aux forces démoniaques." (Commentaire sur S. Mat. 17.2)

2) Les fautes extérieures

Les fautes extérieures de luxure se classent en deux genres, par rapport à la nature même de l'union sexuelle. Lorsque l'acte sexuel n'est pas déformé en lui-même mais est posé en dehors du mariage, on parle de fornication simple ou qualifiée.

a) la fornication simple est l'acte conjugal, consommé volontairement en dehors du mariage par des personnes libres et sans lien de parenté. Une seule circonstance manque alors pour que l'acte puisse être moralement bon : le lien conjugal. Même si l'acte conjugal y est fait selon la nature, la fornication simple est sans aucun doute un péché grave, comme en témoigne S. Thomas d'Aquin (II, q. 154 a.2)

b) la fornication qualifiée est celle à laquelle se joint une circonstance qui aggrave sa culpabilité ou en change même la nature. Dans cette catégorie rentrent l'adultère, le viol, l'inceste, le rapt, le sacrilège, la prostitution, le concubinage.

L'adultère désigne l'infidélité conjugale. " Lorsque deux partenaires, dont l'un au moins est marié, nouent entre eux une relation sexuelle, même éphémère, ils commettent un adultère. Clairement condamné par N.S. Jésus-Christ (Mt. 5, 27-28), l'adultère est une grave injustice. Car " celui qui le commet manque à ses engagements. Il blesse le signe de l'alliance qu'est le lien matrimonial, il lèse le droit de l'autre conjoint et porte atteinte à l'institution du mariage, en violant le contrat sacramentel qui le fonde" (CEC 2380-2381)

Le viol est une faute commise avec une femme contre son gré. En plus de la faute de luxure (fornication) le viol contient une grave injustice qui exige réparation. Car " il blesse profondément le droit de chacun au respect, à la liberté, à l'intégrité physique et morale. Il crée un préjudice grave qui peut marquer la victime sa vie durant. Il est toujours un acte intrinsèquement mauvais" (CEC 2356).

L'inceste désigne des relations intimes entre parents ou alliés à un degré qui interdit entre eux le mariage. Semblables à l'inceste et participant à sa malice particulière sont les abus sexuels perpétrés par des adultes sur des enfants ou adolescents confiés à leur garde. La faute se double alors d'une atteinte scandaleuse portée à l'intégrité physique et morale des jeunes qui en resteront marqués toute leur vie et aussi d'une violation de la responsabilité éducative (CEC 2388-2389).

Le rapt en tant que péché de luxure, est un enlèvement violent d'une personne, homme, femme ou enfant, pour commettre avec elle un péché de luxure.

Le sacrilège, à proprement parler, est une faute contre la religion. Le sacrilège qu'il se rapporte à une personne, à un lieu ou à un objet, peut s'ajouter à une faute de luxure qu'il aggrave évidemment.

La prostitution est une véritable forme d'esclavage. La personne qui s'y livre vend, à prix d'argent, le plaisir qu'un autre peut retirer de son corps. La prostitution porte une grave atteinte à la dignité de la personne humaine. Elle profane le corps consacré à Dieu par le baptême et devenu alors le temple de l'Esprit Saint.

Le concubinage est une fornication organisée pour durer plus ou moins longtemps. Sont concubinaires des personnes qui vivent maritalement en dehors du mariage. A la fornication s'ajoute alors une circonstance aggravante.

Outre ces fautes de luxure, où l'acte sexuel, en principe, n'est pas déformé en lui-même mais est posé en dehors du mariage, il y a aussi des fautes contre nature, où le plaisir sexuel est recherché d'une façon qui n'est pas conforme à l'exercice naturel de la fonction sexuelle. Parmi ces fautes, il y a la masturbation, les atteintes volontaires à la fécondité de l'acte conjugal, la sodomie, la bestialité.

Dans la masturbation, " la jouissance sexuelle est recherchée en dehors de la relation sexuelle requise par l'ordre moral, celle qui réalise, dans le contexte d'un amour vrai, le sens intégral de la donation mutuelle et de la procréation humaine" (CEC 2352). La masturbation est, par suite, un acte en lui-même gravement désordonné. Cependant, pour un jugement équitable sur la responsabilité morale de ceux qui le commettent, il faut " tenir compte de l'immaturité affective, de la force des habitudes contractées, de l'état d'angoisse et des autres facteurs psychiques ou sociaux qui amoindrissent voire exténuent la responsabilité morale" (CEC 2352).

Au sujet de la masturbation, il faut remarquer qu'elle existe parfois chez de très jeunes enfants. Innocente au point de vue moral, cette masturbation peut devenir dangereuse par l'habitude qu'elle peut créer. Il faut donc y porter le remède convenable, d'ordre hygiénique ou chirurgical. Chez les enfants et les adolescents des deux sexes, la masturbation est souvent provoquée par le mauvais exemple et l'instinct d'imitation. Cette mauvaise habitude peut parfois devancer de beaucoup la puberté et cependant correspondre à de véritables excitations érotiques et sexuelles, bien que les fautes puissent alors n'avoir qu'une culpabilité morale atténuée.

Chez les personnes en pleine possession de leurs facultés, lorsque la masturbation est directement provoquée ou consentie, en dehors de la relation conjugale normale, elle est de sa nature une faute grave.

La masturbation est pathologique lorsqu'elle se produit comme spontanément et irrésistiblement à la suite d'une prédisposition maladive. La culpabilité en est alors considérablement diminuée sinon nulle. Lorsqu'il y a masturbation mutuelle - entièrement détachée d'une relation conjugale normale - il y a certes une circonstance aggravante, qui occasionne une plus grande culpabilité morale.

Les atteintes volontaires à la fécondité de l'acte conjugal constituent des fautes de luxure dans la mesure où le plaisir charnel est recherché sans lien avec les fins naturelles de la fonction sexuelle. Toutefois la limitation des naissances, qui serait justifiée par des raisons sérieuses, peut se pratiquer par le recours à des méthodes naturelles, c'est-à-dire qui respectent la structure naturelle de l'acte conjugal.

La sodomie - avec une personne de même sexe ou de sexe différent - est la pratique du coït anal. C'est un vice contre-nature, dont le nom même est d'origine biblique (Gen. 19, 5), et que saint Paul énumère parmi les fautes qui excluent du royaume des cieux : " Ne vous y trompez point. Ni les impudiques, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni ceux qui se livrent à la sodomie, ni les voleurs, ni les cupides, ni les ivrognes, ni les insulteurs, ni les brigands n'hériteront le royaume de Dieu" (I Cor. 6, 9-11).

La bestialité est l'usage de la faculté sexuelle avec une bête. Elle est en soi le plus grave des péchés de luxure.

Toutes ces fautes s'opposent de diverses manières directement à la vertu de chasteté et indirectement à plusieurs autres vertus. Se rattachent à la luxure les fautes commises contre la pudeur, qui est la vertu qui a pour rôle de protéger la chasteté. Les fautes contre la pudeur par baisers, embrassements, regards, lectures, paroles, chansons sont plus ou moins graves dans la mesure qu'elles proviennent d'une intention impure - ce qui n'est pas toujours le cas - et dans la mesure qu'elles constituent un danger prochain ou éloigné de provoquer le plaisir charnel ou le danger d'y consentir ou de faire naître de mauvais désirs.

Quant à la pornographie, dont l'intention est toujours mauvaise, et qui constitue une attaque ouverte contre la chasteté et la pudeur - une attaque qui sait parfois se couvrir d'une couleur artistique - elle constitue un fléau social. Parce qu'elle corrompt les bonnes moeurs, les autorités civiles ne devraient manifester à l'égard de tous ceux qui l'exploitent, aucune tolérance, comme l'affirme le Catéchisme de l'Église Catholique au no. 2354. La pornographie est particulièrement intolérable lorsqu'elle met odieusement en cause des enfants et des adolescents.

Les perversions sexuelles

Il existe plusieurs types de perversions sexuelles, où à l'usage désordonné de la sexualité se joignent des déséquilibres psychologiques et psychiques, parfois extrêmement graves. C'est le cas, quoiqu'on en dise, du comportement homosexuel, qui définit l'homosexualité. Les tendances homosexuelles, qui ne s'identifient pas à l'homosexualité, peuvent être traitées et guéries lorsqu'elles sont reconnues, tandis que l'homosexualité proposée et défendue comme un comportement sexuel normal et socialement acceptable, est une véritable perversion, incurable dans la mesure qu'on n'y voit aucun mal.

Il n'y a pas de doute possible que dans le comportement homosexuel, l'exercice de la faculté sexuelle se fait contre nature, contre la raison, contre l'ordre voulu de Dieu. C'est pourquoi le comportement homosexuel est gravement immoral, plongeant ceux qui le pratiquent dans une vie dégradante de luxure, destructrice de la dignité humaine, destructrice aussi du bien commun de la société en faussant totalement l'usage de la sexualité, ordonné par le Créateur au mariage et à la famille. Par ailleurs, les personnes homosexuelles doivent être traitées avec compréhension et compassion : ce qui n'implique nullement une approbation quelconque de leur comportement. Elles sont en réalité malades d'une maladie morale contagieuse qui, en tant que telle, comporte un danger - plus important qu'on ne pourrait le croire - de corruption morale compromettant sérieusement l'ordre social. Malades moralement, les personnes homosexuelles le sont aussi psychologiquement et psychiquement, aggravant inévitablement leur dépendance affective et sexuelle, avec tout ce que cela peut signifier d'avilissement moral et d'obsessions mentales. Alors que l'usage naturel et normal de la sexualité est ordonné à la vie, l'usage pervers de la sexualité est un chemin de mort physique et spirituelle.

Comme perversion sexuelle, il y a par ailleurs la paresthésie sexuelle, où l'érotisme est excité par des réalités qui, à première vue, peuvent sembler entièrement étrangères à toute activité sexuelle. Cette perversion peut se trouver à tous les degrés, et certaines impressions passagères de ce genre peuvent même se rencontrer chez des personnes chastes et normales. Il convient donc de connaître l'existence de ces anomalies pour en tenir compte en cas de besoin. Mentionnons seulement en passant, ces formes plus graves de paresthésie sexuelle que sont le sadisme, le masochisme, le fétichisme et l'exhibitionnisme. Ce sont de sérieuses maladies morales et mentales qui laissent habituellement aux personnes qui en sont affectées, la responsabilité morale de leurs actes. Le traitement en est nullement impossible avec la grâce de Dieu.

III La gravité morale des fautes de luxure

Parce qu'elles constituent une inversion de l'ordre naturel et normal concernant l'usage de la sexualité, en soumettant l'esprit à la chair, en préférant les désirs et les plaisirs charnels au désir et à la jouissance de Dieu, les fautes de luxure sont de leur nature graves, et d'autant plus qu'elles éloignent davantage de Dieu et blessent davantage la dignité de la personne humaine créée à son image. La matière de ces fautes est grave, mais toutefois, elles sont moins graves de par leur objet que les péchés spirituels comme l'orgueil, le blasphème, la révolte contre Dieu.

Que les péchés de luxure soient objectivement graves, cela signifie-t-il qu'ils sont toujours des péchés mortels? Non, car il y a assez souvent du côté du sujet défaut de connaissance et de consentement. Le défaut de consentement peut provenir non seulement des défauts de connaissance ou d'advertance, mais encore dans certains cas de la véhémence spontanée de la passion avec une surexcitation du système nerveux tel que celui qui en est affecté est entraîné comme nécessairement à l'acte coupable en soi. Ces cas particuliers ne doivent pas être généralisés de manière à exempter de toute responsabilité les personnes qui peuvent être atteintes d'une sensibilité sexuelle maladive. Il y a des degrés dans cette sorte de déséquilibre qui demeure assez complexe : le déséquilibre atténue sûrement la responsabilité mais ne l'annule pas toujours. La lutte persévérante contre leurs tendances, fondée sur le recours aux moyens surnaturels peut amener ces personnes à triompher de leurs tentations, car Dieu continue à faire des merveilles pour les âmes de bonne volonté qui mettent leur confiance en Lui.

IV Les causes de la luxure

La luxure, qui s'exprime en différentes espèces de désordres sexuels et trouve son aboutissement dans la dépendance sexuelle a des causes intérieures et extérieures :

A - Les causes intérieures

1) Le péché originel

La cause intérieure fondamentale de l'usage désordonné de la faculté sexuelle est la concupiscence de la chair, qui est en nous une conséquence du péché originel. Au sujet de l'influence du péché originel sur la sexualité, un théologien gardant l'anonymat, dans un texte manuscrit, écrit très justement :

" Le péché originel a brisé l'harmonie admirable que Dieu avait établie entre les facultés humaines. Par suite de ce péché, la sexualité est devenue le siège du plus grand désordre psychologique... Sans doute, le matériel instinctuel est foncièrement bon, mais il est une force qui tend seulement vers l'équilibre dans une lutte difficile et parfois même dramatique. C'est le registre de l'activité humaine où s'éprouve le plus cruellement la perte de la maîtrise de la volonté et donc la conséquence la plus palpable de la chute initiale.

" Les plaisirs sexuels sont naturels chez l'homme et ils sont les plus véhéments, mais aussi les plus perturbés par le péché originel : c'est pourquoi ils sont particulièrement difficiles à ordonner selon les exigences de la raison" ...

Pour rétablir l'ordre en nous, brisé par le péché originel, et que tend sans cesse à compromettre la concupiscence qui en est la conséquence, la grâce du Christ est absolument nécessaire. C'est seulement de la grâce du Christ que nous pouvons attendre la parfaite guérison, à la fois morale et psychologique, de notre sexualité blessée.

2) La gourmandise

Après le péché originel, c'est-à-dire la concupiscence de la chair qui en est issue, plusieurs Pères voient dans la gourmandise ou la dépendance à la nourriture et à la boisson, la cause principale de la luxure. Ainsi, après saint Basile et saint Dorothée de Gaza, Philoxène de Mabboug affirme : " La cause qui fait naître et grandir la passion mauvaise de la fornication est l'amour du ventre (la gourmandise). Il sera facile de la vaincre lorsque sa cause première aura été vaincue. Car cette passion de la fornication se fortifie et s'enflamme dans nos membres par la nourriture et la boisson, et outre cela, par les entretiens relâchés, par la conversation humaine, par le souvenir de visages aux beaux yeux qui se gravent dans notre âme, par le récit d'histoires libidineuses lorsqu'elles sont dites et racontées avec plaisir, par le regard continuel jeté sur les visages par les âmes relâchées captives de la passion de les voir. Car lorsque le désir du ventre a fait grandir le feu de la fornication dans le corps, les entretiens corrupteurs viennent l'exciter.

3) Les attitudes négatives

La paresse, l'oisiveté, la mollesse, la nonchalance, l'ennui, la tristesse, la désolation et tous les sentiments négatifs prédisposent à la recherche désordonnée des plaisirs de la chair.

4) Les facteurs héréditaires

Il est certain que les facteurs héréditaires jouent un rôle non négligeable dans les dispositions intérieures à la luxure. Une fois qu'on en a pris conscience, on est en mesure d'en vaincre les impulsions par le combat spirituel.

B) Les causes extérieures

1) Causes venant du milieu familial

Les premières causes extérieures qui favorisent la luxure viennent de la famille. Ce peut être de mauvais exemples donnés par les parents ou les aînés. Ce peut être des relations tendues entre les parents, jetant les enfants dans l'insécurité. " Ainsi, remarquent Alphonse et Rachel Goettmann, privé de l'amour maternel ou terrorisé par la crainte d'une séparation entre ses parents, un enfant se sécurise souvent en se raccrochant à ses organes génitaux ; déjà les prémices de la passion peuvent s'installer" . Ce peut être encore, notent les mêmes auteurs, la déception des parents par rapport au sexe de l'enfant. Ils désiraient un garçon, ils ont une fille ou inversement. Ainsi " l'enfant essaie de correspondre à celui ou celle que ses parents désiraient et il développe un aspect de sa personnalité au détriment d'un autre et c'est le point de départ qui permet l'engrenage de la luxure. Un garçon rêvera d'être une jeune fille et la fille glissera dans des fantasmes de héros très viril... alors comment assurer sa sexualité? Ce peut être aussi des blessures subies de la part des parents qui engendrent chez un enfant colère, haine, et une sorte de vengeance en se repliant sur soi pour se livrer aux plaisirs des sens. L'enfant avide d'affection pourra la chercher dans des relations avec une personne du même sexe, dans laquelle il essaiera de trouver une compensation à son père ou sa mère..

L'entrée dans le triste univers de la luxure vient très souvent d'une éducation sexuelle déficiente. L'éducation en matière de sexualité devrait être une éducation à l'émerveillement devant le don de la vie, une éducation au respect du corps, à la maîtrise de soi, au véritable amour. Elle devrait être donnée dans la famille, parce qu'elle exige beaucoup de délicatesse. L'éducation sexuelle, telle qu'elle est habituellement donnée dans les écoles aujourd'hui est responsable d'innombrables fautes et souvent d'un viol des consciences.

2) Causes venant de l'entourage, du milieu social

Les enfants sont vite jetés dans la société. Ils lient amitié avec d'autres enfants, qui ne sont pas toujours de bonnes moeurs et qui pourront les entraîner à l'impureté. Ils ont besoin d'être avertis et protégés de leur inexpérience. Ils doivent apprendre à choisir leurs amis.

3) L'immodestie dans le vêtement

Les façons indécentes de se vêtir sont à l'origine de beaucoup de péchés de luxure. Les jeunes filles et les femmes mal vêtues ne se rendent pas compte des mauvais désirs qu'elles peuvent provoquer chez les hommes, et dont elles portent une bonne part de responsabilité. Il n'y a pas que les vêtements trop courts ou trop décolletés qui sont indécents : les vêtements serrés qui moulent les formes du corps peuvent être encore plus indécents.

4) Les danses et les spectacles

Les danses lascives, les spectacles chargés de sensualité - ce n'est un secret pour personne - incitent à la luxure.

5) Les nourritures impures des yeux et de l'imagination

Les images, les rêveries malsaines, les lectures immorales, les revues et les films pornographiques nourrissent fortement les tendances à la luxure.

6) Le scandale

Les conduites scandaleuses dont on peut être témoin allument souvent dans les coeurs non vigilants le feu de la luxure. Notre-Seigneur Jésus-Christ, en tant que Divin Roi, auquel Dieu le Père a remis le jugement final devant décider du sort éternel de chaque homme en particulier, a averti de manière solennelle les fauteurs de scandales - surtout ceux qui scandalisent les petits enfants - des très graves châtiments pesant sur leur tête : " Celui qui scandalise l'un de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui avoir une meule d'âne suspendue au cou et être précipité au fond de la mer. Malheur au monde pour ses scandales ! Il est nécessaire qu'il y ait des scandales, mais malheur à celui par qui le scandale arrive". (Mat. 18, 6-7).

7) Les habitudes de la vie mondaine

Outre " le désir du ventre" ou gourmandise, qui est une disposition intérieure, Philoxène de Mabboug énumère comme auxiliaires du " désir du corps" , c'est-à-dire de la luxure : les plaisirs, le jeu, le luxe des vêtements, la conversation sur les convoitises, le récit des actes de fornication, l'attention à la beauté des visages ou à la beauté du corps, la rêverie de l'esprit, le souvenir de tout cela.

8) Le démon

Le grand agent extérieur qui pousse à la luxure est le démon. Il se sert de tous les moyens imaginables, personnes, objets, situations pour suggérer l'impudicité et la luxure. Les Pères ne doutaient pas de son action particulière constante sur l'imagination.

V Les conséquences ou les filles de la luxure

À la suite de saint Grégoire le Grand, saint Thomas d'Aquin énumère huit filles ou conséquences de la luxure. Ce sont, du côté de l'intelligence : l'aveuglement de l'esprit, l'inconsidération, la précipitation et l'inconstance. Du côté de la volonté, ce sont : l'amour de soi, la haine de Dieu, l'attachement à la vie présente et l'horreur de la vie future.

1) L'aveuglement de l'esprit

La luxure, surtout dans la dépendance sexuelle, aveugle l'esprit, c'est-à-dire qu'elle empêche l'intelligence de percevoir la fin de la vie comme étant la participation à la joie infinie de Dieu. C'est à l'aveuglement de l'esprit, causé par la luxure, que se réfèrent ces paroles du prophète Daniel aux deux vieillards qui brûlaient de passion pour la chaste Suzanne: " La beauté vous a séduits et la concupiscence vous a perverti le coeur" (Dan. XIII, 56).

2) L'inconsidération

Après la perception de la fin, l'intelligence doit considérer ce que l'on doit faire pour arriver à la fin. On appelle cet acte de l'intelligence, le conseil. Or cet acte est aussi empêché par la concupiscence de la luxure. C'est pourquoi, l'auteur latin Térence dit en parlant de l'amour passionné : " C'est une chose qui n'a en elle ni conseil, ni mesure, et vous ne pouvez la régir par de bons avis.

3) La précipitation

L'inconsidération s'accompagne inévitablement de précipitation dans le jugement de l'intelligence. Lorsque le conseil est absent, l'intelligence ne juge plus objectivement de la valeur des choses : les passions, en l'occurrence la passion de luxure, l'emportent sur la raison. D'où la précipitation du jugement.

4) L'inconstance

Après avoir jugé, la raison doit normalement commander ce qu'il faut faire. L'acte de commandement de la raison est aussi empêché par la luxure, en ce sens que l'impétuosité de la concupiscence empêche l'homme d'exécuter ce qu'il a résolu de faire, et c'est pour ce motif que la luxure produit l'inconstance.

5) L'amour de soi

Du côté de la volonté, la luxure engendre l'amour désordonné de soi-même. Le luxurieux ne connaît que soi-même; il ne cherche que la satisfaction de sa passion. Il devient froid et indifférent envers ceux qui l'entourent. Même l'amour charnel qu'il prodigue, comme nous l'avons dit, n'est qu'un égoïsme raffiné.

6) La haine de Dieu

Dieu qui, par sa loi morale, lui interdit les satisfactions coupables de sa passion devient pour le dépendant sexuel objet de dégoût et même de haine.

7) L'attachement à la vie présente

Ayant noyé dans les plaisirs charnels tout goût pour la vertu, le dépendant sexuel ne vit que pour les biens et les plaisirs de cette terre. Sa passion le détournant de Dieu, il est complètement tourné vers la vie présente, à laquelle son coeur est attaché par-dessus tout.

8) L'horreur de la vie future

En raison de son attachement exclusif à la vie présente, il a la vie future en horreur, parce que dans son aveuglement il pense que cette vie future le privera de tous ses plaisirs qui sont devenus sa raison d'être. Il voit la vie future comme une source de malheur ; voilà pourquoi il la déteste, il l'a en horreur. Il a aussi en horreur le renoncement par lequel seul nous pouvons obtenir les jouissances spirituelles pour lesquels il n'a que du dégoût, et qu'il s'interdit donc de désirer.

N'espérant pas le bonheur éternel promis par Dieu dans l'au-delà, il craint la mort comme le mal suprême et sans remède. Cependant, plongé dans une grande souffrance qui contredit sa passion, dans son désespoir il verra alors la mort comme un moindre mal car il ne veut surtout pas souffrir ; ce qui peut le conduire au suicide.

Enfin, les funestes conséquences qu'entraîne la luxure, surtout dans la dépendance sexuelle, pour la santé, pour la vie familiale et pour la société humaine en général sont bien connues. Car du désordre de la vie sexuelle ne peuvent naître que d'autres désordres qui compromettent le bonheur de chacun, l'harmonie et la fécondité de la famille, l'équilibre et la solidité de l'édifice social. Par ailleurs, il n'est pas vrai que la continence et la chasteté comportent de graves inconvénients pour la santé. À partir de leurs observations et de conclusions vraiment scientifiques, plusieurs médecins célèbres affirment juste le contraire.

Les Remèdes à la Luxure

1. L'attention portée sur les causes

La luxure, bien que relative à une recherche déréglée du plaisir charnel, est une maladie spirituelle, particulièrement difficile à guérir. La thérapie de cette maladie, pour être efficace suppose la connaissance précise de ses causes, comme les Pères en font fréquemment la remarque. Ainsi, saint Jean Climaque écrit :

″ Le premier point du traitement est de connaître la cause de la maladie ; quand celle-ci aura été trouvée, en effet, les malades recevront de la Providence de Dieu et de leurs médecins spirituels le remède efficace″ . (L'Échelle VIII, 35)

Philoxène de Mabboug insiste, à plusieurs reprises dans ses oeuvres, sur la nécessité de bien cerner les causes de nos maladies spirituelles pour être en mesure de leur appliquer les remèdes appropriés. Précisément, à propos de la luxure, il écrit :

″ Les médecins sages qui veulent s'approcher avec science du traitement des maladies du corps, commencent par étudier leurs causes et les enlever : alors ils apportent sans peine les remèdes aux maladies, parce que, lorsqu'a été enlevée la cause par laquelle elles ont germé, avec la cause sont arrachées les maladies qu'elle a fait naître. Il est impossible, en effet, que demeurent les rameaux ou les fruits, lorsque la racine qui les fait grandir est enlevée de terre ; et s'il arrive que des plantes restent vertes un peu de temps à cause de l'humidité de leur nature, cependant elles ne tardent pas à se dessécher, une fois leurs racines secouées et enlevées de terre ; de même aussi les douleurs et les maladies du corps, lorsque les médecins ont commencé par enlever les causes qui les font naître, disparaissent peu à peu et s'évanouissent une fois leur cause retranchée du corps.

″ C'est ainsi qu'il faut procéder à l'égard des passions coupables qui naissent soit du corps soit de l'âme : il faut d'abord enlever les causes qui les font naître pour conserver notre vie dans une sainteté exempte du mal et pour que ce soit notre personne qui la règle librement et sans iniquité. Que l'homme qui veut être libre en Dieu s'affranchisse d'abord des convoitises qui se meuvent en lui, et qu'il s'approche alors de la règle de la liberté du Christ, parce que la région de la liberté ne le reçoit même pas et ne le laisse pas entrer tant que le signe honteux de la servitude se voit sur lui″ (12o homélie - contre les passions de la fornication - éd, du Cerf 1950, p. 441).

En matière de pureté, il y a donc pour toute personne une conquête à faire : celle de la liberté intérieure vis-à-vis des convoitises charnelles qui, si elles ne sont pas combattues, font de nous des esclaves. Toutes nos maladies spirituelles sont autant de formes de servitude. Malades et esclaves au plan spirituel : tels sommes-nous au point de départ. Nous ne pouvons pas ne pas aspirer à la santé, c'est-à-dire à la liberté spirituelle, source de la joie de vivre. Cette aspiration profonde à la santé de notre âme doit être notre première motivation dans le combat que nous devons soutenir pour devenir vraiment libres.

2. Les dispositions fondamentales au combat : foi et confiance en Dieu

Nous avons donc à combattre, pour triompher de l'esclavage de la luxure, et acquérir en regard de la soif désordonnée des plaisirs charnels, cette liberté intérieure que procure la vertu de chasteté. Mais nous sommes des combattants extrêmement fragiles et faibles. De notre faiblesse congénitale, ayant pour cause première la blessure infligée à notre nature par la faute originelle, nous ne devons jamais perdre conscience, sous peine de ne jamais pouvoir vaincre les ennemis intérieurs et extérieurs de notre liberté. En d'autres termes, la cause fondamentale de tous les dérèglements de la sexualité est notre nature d'hommes pécheurs, d'hommes profondément blessés par le péché originel. La faiblesse affectant tout notre être à la suite de ce péché nous rend incapables de mener quelque combat spirituel que ce soit, si nous sommes laissés à nous-mêmes. La conscience de cette faiblesse s'appelle l'humilité. Elle nous rappelle sans cesse que nous avons absolument besoin d'un puissant secours venant d'En-Haut, c'est-à-dire de la grâce de Dieu pour entreprendre le grand combat de la chasteté. Ce combat est grand parce qu'il exige de grands efforts, mais ces efforts ne sont possibles que sous l'impulsion et l'influence constante de la grâce de Dieu. La luxure jette l'âme dans de profondes ténèbres : elle ne peut en sortir que si la lumière de Dieu l‘effleure, par manière d'appel, et si elle permet à cette douce lumière de pénétrer de plus en plus en elle.

3. La place de la prière

Cette permission que l'âme impure donne à la lumière divine d'entrer en elle - tant Dieu respecte sa liberté - se fait par les gémissements de la prière. De sorte que la prière est le premier remède à la luxure, à tous les vices qu'elle engendre et à toutes ses conséquences par rapport à Dieu, au prochain et à soi-même. La prière ouvre l'âme à la médecine de Dieu. Elle la met en contact avec le divin Médecin, Jésus-Christ, sans l'action duquel aucune âme souffrant de la maladie de l'impureté ne pourra jamais être parfaitement guérie. La luxure replie l'âme sur elle-même, elle l'enferme dans un triste et stérile égoïsme, elle l'empêche d'aimer. Jésus seul, qui est l'Amour incarné et pour les âmes source du divin amour, peut corriger l'inversion spirituelle causée par la luxure et rendre à une âme fermée sur elle-même, la capacité de s'ouvrir à l'amour. La charité que le Coeur miséricordieux de Jésus communique à l'âme qui se tourne vers lui pour être guérie de son impureté est un divin remède à la luxure. Lorsqu'une âme a goûté à l‘amour de Jésus, qu'elle se laisse brûler par son feu, comment peut-elle encore soupirer après de fausses amours, qui engendrent remords, souffrance intérieure, dégoût de soi-même? Telle fut l'expérience de sainte Marie-Madeleine, dont le Seigneur a dit : ″ Ses nombreux péchés lui sont pardonnés, parce qu'elle a beaucoup aimé″ . (Luc 7, 47). Avant de rencontrer Jésus, Marie-Madeleine, qui avait eu plusieurs amants, n'avait pas encore aimé, elle ne savait pas ce que c'était que d'aimer vraiment, parce qu'elle ne recherchait que les jouissances charnelles qui, lorsqu'elles sont recherchées pour elles-mêmes, sont un obstacle à l'amour. Le Seigneur Jésus, en purifiant son ardent désir d'amour véritable et en brûlant son coeur du feu de son amour, l'a rendue capable d'aimer et de beaucoup aimer. Ainsi la pureté dont Jésus revêt l'âme, en la faisant accéder à la liberté de la chasteté, la rend capable d'aimer. En ce sens, les Pères disent que la chasteté est la porte de la charité. Sans cette vertu, qui doit être cultivée par tous, célibataires et gens mariés, il n'y a pas de charité.

- La prière du coeur et la prière du corps

La prière qui met l'âme en contact avec Jésus doit tendre à devenir continuelle, comme le murmure d'une source vive : murmure d'un coeur soulevé par le désir d'aimer Dieu. Les Pères, en particulier saint Jean Climaque, appellent cette prière du coeur ″ monologique″ indissociable de la garde du coeur, dont nous parlerons (cf. l'Échelle XV, 10). Le même maître spirituel recommande pour acquérir la chasteté et s'y maintenir, de recourir à ″ la prière du corps″ qu'il explique ainsi : ″ Ceux qui n'ont pas encore obtenu la vraie prière du coeur trouveront de l'aide dans l'effort douloureux de la prière corporelle; je veux dire : étendre les mains, se frapper la poitrine, lever vers le ciel un regard limpide, gémir profondément, faire sans répit des ″ métanies″ (gestes d'adoration). Parmi les autres formes de prière, la psalmodie, affirme S. Maxime le confesseur, est très efficace contre la luxure.

La nécessité absolue de la prière pour être guéri de la maladie de la luxure - guérison qui suppose un dur combat - manifeste que la chasteté est une grâce que l'on reçoit de Dieu. Personne ne peut l'acquérir par ses propres forces, témoigne saint Jean Climaque : ″ Que nul de ceux qui se sont exercés avec succès à la chasteté n'estime l'avoir acquise par ses propres forces. Car c'est chose impossible que de vaincre sa propre nature. Quand la nature est vaincue, on doit y reconnaître la présence de Celui qui est au-dessus de la nature″ (l'Échelle, XV, 79).

S. Jean Cassien parle dans le même sens : ″ Si nous avons à coeur… de combattre dans les règles du combat spirituel, concentrons tout notre effort à dominer cet esprit impur en mettant notre confiance non pas dans nos forces - car l'activité humaine n'en serait jamais capable - mais dans l'aide du Seigneur. Car l'âme sera nécessairement attaquée par ce vice aussi longtemps qu'elle ne reconnaîtra pas qu'elle mène une guerre au-dessus de ses forces et que sa peine et son application à elle, ne peuvent obtenir la victoire si le Seigneur ne lui vient en aide et ne la protège″ . (Institutions Cénobitiques VI, 5)

- La dévotion à la Vierge Marie

Notre prière s'adresse toujours à Dieu-Amour infini : grâce à l'esprit d'adoption filiale que son Esprit a répandu sur nous, en tant qu'enfants qu'Il a adoptés et incorporés à son Fils unique, nous osons l'appeler Notre Père, et comme de petits enfants, lui crier notre confiance et notre amour. Nous lui manifestons ainsi nos besoins, nous l'appelons constamment à notre secours par Jésus-Christ, son Fils bien-aimé, qui s'est fait notre frère. Notre prière au Père passe par le Coeur de son Fils Jésus notre Sauveur. L'efficacité de notre prière dépend de notre degré de foi, d'humilité et de confiance et de la pureté de nos intentions. Un secret pour entrer dans le Coeur de Jésus, dans son humilité et sa douceur, et ainsi toucher infailliblement le Coeur du Père, c'est au témoignage de plusieurs saints, de passer par le Coeur immaculé de Marie, surtout pour obtenir la pureté. Le pape Pie XII écrivait à ce sujet, dans l'encyclique Sacra virginitas : ″ pour garder la chasteté pure et la perfectionner, il existe un moyen dont l'efficacité merveilleuse est confirmée par l'expérience des siècles, à savoir une dévotion solide et très ardente envers la Vierge Mère de Dieu, qui, selon saint Ambroise, est ″ la maîtresse de la virginité″ .

4. Le rôle des sacrements

Si la prière nous met en contact avec Jésus, ouvre notre coeur aux influences de sa grâce purificatrice et libératrice, c'est surtout par ses sacrements que notre divin Médecin agit directement dans notre âme. Ainsi les sacrements de pénitence et d'eucharistie sont indispensables comme divins remèdes à la terrible maladie de l'impureté. Aux âmes surprises par quelque faute contre la pureté, Laurent Scupoli, dans son traité Le combat spirituel, prescrit de recourir sans délai au sacrement de pénitence.

″ Quand vous avez eu le malheur ou la malice de commettre quelque faute contraire à la vertu de pureté, si vous voulez éviter d'accumuler fautes sur fautes, il faut bien vite, et sans autre examen de conscience, recourir au sacrement de pénitence. Là, mettant de côté toute prudence humaine, vous direz bien franchement tous vos péchés; et vous accepterez tous les remèdes que l'on vous indiquera, tous les avis que l'on vous donnera, quelque amers et quelque durs qu'ils vous paraissent.

Qu'il n'y ait pour vous, ni raison, ni prétexte de retarder cette démarche : en pareille matière, le retard amène de nouvelles chutes; ces rechutes, ensuite, conduisent elles-mêmes à de nouveaux délais ; vous passez des années entières sans vous confesser, avec une conscience chargée d'une multitude de péchés″ .

Saint François de Sales, dont le livre de chevet était justement Le combat spirituel de Laurent Scupoli, fait écho à sa doctrine, lorsqu'il écrit : ″ Confessez-vous plus souvent que de coutume et communiez″ . L'union à Jésus-Christ commencée dans la prière et s'accomplissant par une prière sincère se consomme dans la sainte communion, le plus divin remède à l'impureté : ″ Tenez-vous toujours proche de Jésus-Christ crucifié, et spirituellement par la méditation, et réellement par la sainte communion. Car tout ainsi que ceux qui couchent sur l'herbe nommée agnus castus deviennent chastes et pudiques : de même reposant votre coeur sur Notre-Seigneur qui est le vrai Agneau chaste et immaculé, vous verrez que bientôt votre âme et votre coeur se trouveront purifiés de toutes souillures et lubricités″ (Introd. à la vie dévote, 3o partie, ch. XIII).

5. La vigilance

Le commandement que le Seigneur nous fait dans l'Évangile ″ Veillez et priez″ s'applique particulièrement à la lutte qu'il faut mener contre la luxure, avec le secours de sa grâce. La prière serait inutile sans une vigilance continuelle, c'est-à-dire une attention délicate à tout ce qui se passe en nous et à l'extérieur de nous et risque de porter atteinte à la vertu de chasteté.

1) la fuite des occasions

La vigilance, qui est une expression de la vertu de prudence, nous invite d'abord à fuir les occasions de péché : saint François de Sales nous conseille de fuir ces occasions promptement. Laurent Scupoli, l'un de ses auteurs préférés, explique pourquoi il faut fuir les dangers menaçant réellement la pureté et il nous dit ensuite ce qu'il faut fuir.

- Pourquoi il faut fuir les occasions

″ On triomphe de toutes les autres passions en les attaquant de front, remarque-t-il, et quand même on en aurait reçu quelques blessures, il faudrait les provoquer encore à de nouveaux combats, jusqu'à ce qu'on les eût réduites dans leurs derniers retranchements. Mais pour cette passion contraire à la vertu de pureté, non seulement il ne faut point la provoquer, mais il faut encore s'éloigner soigneusement de tout ce qui pourrait l'exciter. C'est donc par la fuite, et non par le combat, qu'on triomphe des tentations de la chair et qu'on mortifie les passions sensuelles. Ainsi, celui-là sera plus certainement vainqueur, qui prendra plus rapidement la fuite et qui s'éloignera plus loin des occasions″ (Le combat spirituel, éd. Fides, Montréal, 1946, p. 294). Ce langage est clair et il est fondé sur l'expérience. En matière de lutte contre la luxure, c'est-à-dire de combat pour acquérir et affermir la chasteté, le courage ne consiste pas à résister à des tentations auxquelles on s'exposerait mais plutôt à fuir ce qu'on sait par l'expérience être une source de tentations. Il y a un grand danger à présumer de ses forces, et à penser qu'on est suffisamment aguerri, suffisamment vertueux de sorte qu'on peut se permettre de fréquenter n'importe qui et n'importe quel endroit, de regarder n'importe quel spectacle et n'importe quelle image, d'écouter n'importe quel discours ou n'importe quelle chanson. Le courage consiste plutôt dans un renoncement radical aux diverses sources de plaisir malsain.

Scupoli répond ainsi aux personnes qui objectent qu'elles sont autant capables de s'exposer aux tentations que tant d'autres qui s'y sont exposées toute leur vie et n'ont pas succombé : ″ Laissez ces imprudences au jugement de Dieu. Et d'ailleurs, il ne faut pas toujours juger selon les apparences… Fuyez donc quant à vous, soyez docile aux avis et aux exemples que Dieu vous donne dans la sainte Écriture, dans la vie de tant de saints illustres, et, chaque jour encore, par tout ce que vous voyez autour de vous. Fuyez, fuyez sans vous retourner pour voir l'objet dont vous vous éloignez, ni pour y réfléchir ; un seul regard en arrière est un danger en pareille circonstance″ (ibid).

- Ce qu'il faut fuir

Il ne s'agit pas de fuir ses responsabilités. Il ne s'agit pas non plus de fuir certaines personnes et certains endroits qu'on doit fréquenter par devoir d'état, bien qu'en toute circonstance où la vertu de pureté est plus ou moins blessée, la vigilance s'impose. Voilà ce qu'il faut fuir, selon Scupoli :

″ La première et principale fuite, c'est celle des personnes qui nous exposent à un danger certain. La seconde est la fuite des autres personnes que nous ne sommes pas obligés de fréquenter et qui pourraient aussi nous mettre dans quelque péril. La troisième est la fuite des visites, des correspondances, des présents, et même des amitiés vagues : car ce genre d'affection est susceptible de dégénérer facilement en amitié dangereuse. La quatrième est la fuite des entretiens passionnés, des concerts, des chants et des lectures qui peuvent exalter les mauvaises passions. La cinquième, c'est la fuite de la satisfaction générale que l'on recherche instinctivement dans les créatures : ainsi, par exemple, la satisfaction qui se trouve dans les vêtements, dans l'ameublement, dans la nourriture, et dans mille autres choses″ Cette dernière fuite de la satisfaction générale recherchée dans les créatures signifie que la victoire à remporter sur la luxure, et donc sur tous les désordres sexuels, suppose un certain esprit évangélique de sacrifice, rendant capable de renoncer à bien des plaisirs légitimes. Lorsqu'une personne a toujours été assoiffée du maximum possible de plaisirs légitimes, comment peut-elle être disposée à renoncer à des plaisirs illicites ?

2) La garde des sens

Au remède de la vigilance se rattache ce que les Pères et les auteurs spirituels appellent ″ la garde des sens″ . Nos sens extérieurs et intérieurs nous mettent en relation avec le monde sensible des formes, des corps, des couleurs, des sons, des odeurs, dont nous conservons intérieurement les images et les sensations par la mémoire et l'imagination. Les sollicitations aux plaisirs désordonnés de la luxure entrent très facilement en nous par la porte des sens. Voilà pourquoi il faut veiller constamment sur eux. ″ La chasteté, écrit saint François de Sales, dépend du coeur, comme de son origine, mais elle regarde le corps comme sa matière. C'est pourquoi elle se perd par tous les sens extérieurs du corps, et par les cogitations (les pensées) et les désirs du coeur. C'est impudicité de regarder, d'ouïr (écouter), de parler, odorer (sentir), de toucher des choses déshonnêtes, quand le coeur s'y amuse et y prend plaisir. Saint Paul dit tout court, que la fornication ne soit pas mêmement nommée entre vous. Les abeilles non seulement ne veulent pas toucher les charognes, mais fuient et haïssent extrêmement toutes sortes de puanteurs qui en proviennent. L'Épouse sacrée, au Cantique des Cantiques, a ses mains qui distillent la myrrhe, liqueur préservative de la corruption. Ses lèvres sont bandées d'un ruban vermeil, marque de la pudeur des paroles ; ses yeux sont de colombe, à raison de leur netteté ; ses oreilles sont des pendants d'or, enseigne de pureté, son nez est parmi les cèdres du Liban, bois incorruptible : telle doit être l'âme dévote, chaste, nette, et honnête, de mains, de lèvres, d'oreilles, d'yeux et de tout son corps″ (Introd. à la vie dévote, 3o partie, ch. XIII).

Comme le corps est la matière de la chasteté, il importe de respecter son propre corps, de ″ ne jamais se laisser toucher d'une façon déshonnête″ , et aussi d'avoir un respect absolu pour le corps d'autrui. Cultiver ce respect du corps est un remède préventif de la luxure.

3) L'ascèse corporelle

Mais il faut aussi, avec la grâce de Dieu, maîtriser les mouvements désordonnés de la chair, l'impétuosité des sens échappant au joug de la raison. Cela se fait par une ascèse corporelle, à laquelle conduit la vigilance. Ce sont les Pères du désert qui ont développé les pratiques de cette ascèse corporelle, qui comporte principalement le travail, les veilles et le jeûne. Ces trois moyens sont des remèdes à des causes fréquentes de luxure. Ainsi, le travail corporel a pour but d'éviter l'oisiveté qui favorise la naissance de pensées passionnées et de fantasmes. Les veilles ont pour but de réduire le sommeil dont l'excès favorise la luxure. Le jeûne occupe la place essentielle dans l'ascèse corporelle, dans la mesure où l'excès de nourriture apparaît comme l'un des principaux facteurs favorisant la luxure. Pour Philoxène de Mabboug, la gourmandise est la cause physique principale de la luxure. C'était aussi l'avis de Jean Cassien et de plusieurs Pères. D'où leur insistance sur le remède du jeûne. Saint François de Sales connaissait parfaitement le bien-fondé de ces pratiques ascétiques, mais pour ne pas trop affaiblir le corps, au risque de le rendre incapable de travailler, il ne voulait pas que le jeûne fût rigoureux, et il préférait plutôt mettre l'accent sur la fidélité au travail. ″ Le jeûne et le travail matent et abattent la chair. Si le travail que vous ferez vous est nécessaire et fort utile à la gloire de Dieu, j'aime mieux que vous souffriez la peine du travail que celle du jeûne. C'est le sentiment de l'Église, laquelle pour les travaux utiles au service de Dieu et du prochain, décharge ceux qui les font, du jeûne même commandé″ (Introd. à la vie dévote, 3o partie, ch. XXIII).

4) la garde du coeur

Comme le siège de la fonction sexuelle est autant, sinon plus, dans l'âme que dans le corps, les moyens de l'ascèse corporelle sont insuffisants pour la maîtriser. C'est pourquoi il faut combattre la luxure au plan de l'âme autant sinon plus qu'au plan du corps. ″ L'Ennemi, note saint Jean Cassien, nous attaque sur un double front. Il faut donc aussi y résister sur deux fronts : et de même qu'il tire sa force ou sa faiblesse et du corps et de l'âme, de même ne peut-il être débouté que par ceux qui combattent à la fois sur les deux plans″ . (Institutions cénobitiques VI, 1).

Tous les Pères insistent sur le fait que la chasteté ne consiste pas seulement ni principalement dans la continence corporelle et que celle-ci est inutile si l'âme reste habité de désirs et d'imaginations impures. Parce que ″ la convoitise qui s'accomplit par le corps ne vient pas du corps″ , le principe de la chasteté est dans l'âme essentiellement et c'est principalement dans ″ l'intégrité du coeur″ qu'elle consiste, précise saint Jean Cassien (Instit. cénobit. VI, 19). Parce que les désirs, les pensées passionnées, les imaginations et les fantasmes naissent du coeur (Mt 15, 19), c'est dans la garde du coeur que consiste la thérapeutique principale de la luxure. ″ Il faut en premier lieu porter remède à ce d'où l'on sait que découle la source de la vie et de la mort, comme le dit Salomon "garde ton coeur avec grande attention, car c'est de là que jaillit la vie" (Pr. 4, 23). En effet, la chair obéit à la décision et au commandement du coeur (ibid).

La garde du coeur, qui suppose le discernement et la vigilance-sobriété spirituelle, consiste à rejeter les pensées, souvenirs et imaginations mauvaises dès qu'elles surgissent, alors qu'elles ne sont que des suggestions, afin d'éviter d'y consentir et d'en jouir et de faire ainsi place à la passion dans l'âme puis dans le corps. (Jean Climaque, l'Échelle, XV, 6; Jean Cassien, Instit. cénob. VI, 9). Dans le combat contre cette passion particulièrement, en raison de sa grande force, il convient de préférer le refus immédiat des suggestions à la réfutation des pensées, comme l'enseigne saint Jean Climaque : ″ N'espère pas repousser le démon de la luxure par la discussion et la contradiction, car, ayant pour arme la nature, il trouvera de bonnes raisons″ (L'Échelle XV, 22). En d'autres termes, si des pensées et imaginations impures t'envahissent, ne les regarde pas, ne les examine pas, ne les analyse pas, n'essaie pas de voir si tu as consenti, ne reviens pas sur elles, mais n'y porte aucune attention, méprise-les totalement en portant ton attention sur un autre objet. Laurent Scupoli, ayant visiblement bien assimilé l'enseignement de saint Jean Climaque, donne ce conseil :

″ Quand la tentation des plaisirs sensuels tourmente l'esprit plus vivement, certains livres conseillent, pour en obtenir la délivrance, de s'appliquer à la méditation de la turpitude de ce vice, de son insatiabilité, de ses dégoûts, des amertumes qui en sont la conséquence, des dangers et de la ruine auxquels il expose les intérêts, la vie et l'honneur : j'avoue que je ne suis pas de cet avis.

″ Ce moyen n'est pas toujours sûr pour vaincre la tentation, et même il peut parfois devenir dangereux. Il est bien vrai qu'il a pour but de chasser les mauvaises pensées, mais il offre aussi l'occasion et le péril d'y prendre plaisir et de consentir à cette délectation. C'est pourquoi le meilleur moyen est de fuir entièrement, non pas seulement ces mauvaises pensées, mais aussi toutes celles qui pourraient nous les rappeler, alors même qu'elles se présenteraient sous l'apparence de la vertu contraire″ . (Le combat spirituel, ch. XIX).

6. la lecture et la méditation attentive de la Parole de Dieu

S'il ne convient pas de porter attention aux désirs et pensées impures, si ce n'est pour les rejeter immédiatement et totalement, c'est-à-dire de ne faire aucun retour sur elles, il convient par contre souverainement de remplir sa pensée et son coeur de la Parole de Dieu et surtout du souvenir des paroles et gestes merveilleux d'amour accomplis par Jésus pour notre salut. Une mémoire pleine de l'amour de Jésus, qui demeure sans cesse émerveillée devant les expressions suprêmes de son amour - la sainte Eucharistie et la Croix - rejette instinctivement toute pensée et tout désir impurs.

7. le souvenir de nos fins dernières

La luxure produit un aveuglement tel dans l'âme, qu'elle en vient à oublier le sens même de la vie : nous venons de Dieu qui nous a faits à son image et nous allons vers Lui. Le temps que nous passons sur la terre est très bref. Bientôt nous serons projetés dans l'éternité. L'instant de notre mort doit être pour nous le plus heureux de notre vie. Pour que notre mort soit cet heureux passage, il faut en cultiver le souvenir. "Souviens-toi que tu es mortel" (memento mori). S. Jean Climaque considère cette mémoire de la mort comme l'un des meilleurs auxiliaires thérapeutiques de la luxure aux côtés de la prière du coeur. (L'Échelle, XV, 52).

8. l'obéissance au Père spirituel et l'ouverture du coeur

L'obéissance au Père spirituel et l'ouverture du coeur sont encore considérées comme des moyens de venir à bout de la passion de luxure et d'acquérir la chasteté. L'ouverture du coeur en toute simplicité au confesseur est un remède à l'inquiétude et éventuellement au scrupule. À ce sujet, Laurent Scupoli recommande : ″ Évitez de vous préoccuper de vos tentations sous prétexte de savoir si vous y avez consenti ou non. Il y a un piège du démon sous cette apparence trompeuse : il cherche à vous inquiéter et à vous rendre défiant et pusillanime ; ou bien encore, en vous entretenant dans ces préoccupations, il espère vous faire tomber dans le consentement de quelque délectation coupable. Aussi, à moins que votre consentement ne soit bien certain, il faut, en pareille matière, vous contenter de déclarer brièvement à votre confesseur ce que vous en savez. Après cela, vous vous en rapporterez à son avis, et vous demeurerez tranquille sans y penser davantage. Mais soyez fidèle à découvrir à votre père spirituel toutes vos pensées et que jamais la crainte ou la honte ne vous retienne″ (Le combat spirituel, ch. XIX).

9. la thérapie de la luxure ne saurait se dissocier de celle des autres vices

Les vices se donnent la main les uns les autres comme les vertus. Certains vices favorisent davantage la luxure ; ce sont d'abord la gourmandise, comme nous l'avons dit, l'oisiveté et la paresse, mais par-dessus tout l'orgueil et la colère. C'est pourquoi l'acquisition de la chasteté ne peut qu'aller de pair avec la pratique des autres vertus, en commençant par celles qui lui sont directement liées, c'est-à-dire l'humilité, la patience et la douceur. À propos de l'humilité, les Anciens déclarent que ″ l'on ne peut posséder la chasteté si l'on n'a d'abord placé dans son coeur comme un fondement solide l'humilité″ . De son côté, Laurent Scupoli remarque : ″ s'il est vrai que l'humilité nous soit nécessaire pour vaincre tous nos autres ennemis, évidemment c'est ici surtout qu'il faut nous humilier, puisqu'il s'agit d'un vice qui est presque toujours le châtiment de l'orgueil″ (Le combat spirituel, ch. XIX). Saint Jean Cassien soutient que la patience et la douceur sont également fondamentales pour ne pas verser dans quelque désordre sexuel : ″ Plus on grandit dans la douceur et la patience, affirme-t-il, plus on profite dans la pureté du corps″ (Conférences XII, 6). La colère, directement opposée à la patience et à la douceur, déclenche souvent dans l'âme une telle tempête qui rejaillit sur le corps, que le corps sera facilement enclin à l'apaiser par la luxure.

10. la chasteté conjugale

La luxure, qui comporte toujours un désir désordonné des plaisirs liés à l'usage de la fonction sexuelle, ne reçoit pas du mariage le permis de s'exercer librement. Le mariage, qui est certes un remède à la luxure, ne l'autorise pas cependant. La soif des plaisirs sexuels recherchés pour eux-mêmes ne saurait être le motif d'un véritable mariage, c'est-à-dire du mariage tel qu'institué par Dieu, mais plutôt l'amour et un amour qui trouve son modèle dans l'amour mutuel du Christ et de l'Église. Beaucoup de personnes, beaucoup trop, pensent qu'en fait de plaisirs sexuels, tout est permis dans le mariage. La vertu de chasteté qui règle l'usage de la fonction sexuelle en la soumettant à sa finalité naturelle et normale, y a une place essentielle pour que les époux réalisent la volonté de Dieu et se sanctifient. Sans la chasteté qui implique réserve, modération, respect mutuel, recherche des valeurs spirituelles, les époux ne peuvent s'aimer d'un amour de charité, et surtout ne peuvent aimer vraiment Dieu. La chasteté dans le mariage ne signifie pas l'abstinence des relations sexuelles comme pour les célibataires, mais une retenue qui fait qu'on évite tout excès, et tout comportement où la sexualité est détachée de son aspect spirituel et de sa finalité naturelle. Il y a luxure dans le mariage, lorsque cette finalité naturelle n'est pas respectée, c'est-à-dire lorsque le plaisir sensible de la sexualité devient le but premier de son exercice. Voilà pourquoi, comme l'enseigne Maxime le Confesseur, ″ le premier principe de la chasteté conjugale est, pour les époux, de ne pas s'unir en vue du plaisir sensible, de ne pas faire de la volupté le but et l'objet de leur union″ (Centuries sur la charité, II, 17). Cela ne signifie pas l'exclusion du plaisir naturellement lié à l'union sexuelle mais le détachement à son égard, le refus d'en faire un absolu. Ce qui requiert la maîtrise de soi, et un certain esprit de continence qui permet de modérer les désirs excessifs de la chair et de s'abstenir de toute pensée ou imagination pouvant leur être liées.

Maître en matière de chasteté, saint Grégoire de Nysse recommande aux époux d'user du mariage ″ avec modération et mesure, avec ménagement et retenue″ (Traité de la virginité, VII, 3). Cette modération de la chasteté est indispensable pour que soient respectées la personne et la liberté du conjoint. Elle est aussi indispensable pour que la primauté soit accordée au spirituel. ″ Le danger n'est pas mince, note saint Grégoire de Nysse, que l'homme, trompé par l'expérience de la volupté, n'estime plus aucun bien, hormis celui que l'on goûte par la chair avec un certain attachement passionnel, et qu'il ne devienne tout entier charnel pour avoir complètement détourné son esprit du désir des biens incorporels, en faisant la chasse de toutes manières à ce que ces choses offrent d'agréable, au point d'être plus ami du plaisir que de Dieu″ (2 Tim. 3,4). (Traité de la virginité, ch. VIII).

La dépendance sexuelle avec son cortège de déceptions et frustrations, de tristesse née de l'esclavage des sens, peut se vérifier autant dans le mariage qu'en dehors du mariage. On ne pourra jamais y remédier que par la chasteté. Ainsi, l'on peut comprendre que la thérapeutique de la luxure par la chasteté s'opère par une conversion profonde du désir, de telle sorte que l'amour spirituel prenne la place de l'amour charnel, c'est-à-dire ait la première place. Car alors que dans la luxure, et spécialement dans la dépendance sexuelle, le désir se désinvestit complètement de Dieu et des réalités spirituelles et s'investit dans les réalités charnelles pour rechercher avant tout le plaisir sensible, l'un des buts essentiels de la continence et de la chasteté est de lui permettre de retrouver son investissement normal et naturel en Dieu.

J.C. Larchet résume ainsi l'enseignement des Pères sur la chasteté conjugale, qui suppose, bien entendu tout ce que nous avons dit sur la vigilance, notamment sur la garde des sens et la garde du coeur : ″ Dans la vie conjugale, alors que la luxure implique un amour de l'autre en dehors de Dieu, un amour purement charnel, c'est-à-dire opaque aux énergies divines, la chasteté implique au contraire un amour de l'autre en Dieu et un amour de Dieu en l'autre. La chasteté réalise une transfiguration de l'amour, le fait accéder au plan spirituel où il devient entièrement transparent à Dieu, lui donne un sens mystique lui permettant de réaliser analogiquement le mystère de l'amour du Christ et de l'Église, dont parle Saint Paul dans l'Épître aux Ephésiens : ″ Maris, que chacun aime sa femme, comme le Christ a aimé l'Église″ (Ephes. 5, 25). (J.C. Larchet, Thérapeutique des maladies spirituelles, éd. Du Cerf, Paris, 2000, p. 587-588).

Le mystère d'amour du Christ pour l'Église

Le mariage est un grand sacrement, dit saint Paul, parce qu'il représente l'union d'amour du Christ et de l'Église. La profondeur et la beauté de ce mystère, dont le mariage chrétien est la figure, trouvent leur prolongement ici-bas dans la consécration à Dieu par le voeu de chasteté. Ce voeu, par lequel ceux que Dieu y appelle se mettent corps et âme à son service exclusif, les assimile au Christ en les faisant participer intimement à son amour total et indissoluble pour son Église.

Ceux qui font le voeu de chasteté parfaite pour prolonger d'une façon visible dans leur vie le mystère d'amour du Christ pour l'Église, s'engagent dans une voie difficile, certes, mais nullement impossible, si la seule grande préoccupation qu'ils ont est de demeurer intimement unis au Christ, et de ne jamais s'éloigner du foyer ardent de son amour, c'est-à-dire de son Coeur. La fécondité spirituelle absolument merveilleuse du sacerdoce catholique, comme on le voit en saint Jean-Marie Vianney et dans une multitude de saints prêtres, ne saurait avoir d'autre raison que leur consécration totale à Dieu par le voeu de chasteté. Sans ce voeu de chasteté fidèlement vécu, il n'y aurait jamais eu de saint curé d'Ars, modèle de tous les prêtres.

Les malheureux écarts de certains prêtres à leur voeu de chasteté ne peuvent avoir pour remède l'abolition du célibat sacerdotal, car les gens mariés sont de toute évidence beaucoup plus nombreux à commettre des fautes, et parfois très graves, contre la chasteté propre à leur état : licence sexuelle, graves indécences, infidélités, viols, incestes, pornographie etc. Le mariage ne dispense personne du combat spirituel exigé par la vertu de pureté. Les remèdes aux désordres sexuels sont les mêmes pour tous les hommes : une véritable et sincère conversion, une authentique thérapie spirituelle fondée sur la foi en Jésus-Christ, la prière habituelle, la pratique de la pénitence telle qu'enseignée depuis ses débuts par l'Église. Le Magistère de l'Église a toujours condamné, quels qu'en soient les acteurs, tous les désordres sexuels et moraux, dont l'homosexualité active, que les sociétés d'aujourd'hui se font hypocritement une gloire de légaliser. Le monde occidental a été civilisé principalement par le rayonnement apostolique de l'Église et de ses prêtres. Le monde d'aujourd'hui plongé dans une épouvantable décadence morale, qui atteint malheureusement certains membres du clergé, a plus que jamais besoin pour être relevé de sa déchéance de l'action sanctificatrice de Jésus-Christ que prolonge le sacerdoce catholique.

J.-Réal Bleau, ptre.

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