www.lumenc.org DUCCIO di Buoninsegna, Guérison de l'aveugle / Healing of the Blind Man, 1308-11, Detail, Tempera on wood, 43 x 45 cm, National Gallery, London
  Les maladies de l'âme

Qu'entend-on par "maladies de l'âme"

Introduction aux maladies de l'âme

L'art médical spirituel selon Philoxène de Mabboug

L'orgueil

L'Ennui ou la dépression spirituelle (l'acédie)

La Tristesse

La Colère

L'Inquiétude

La Jalousie

Le Mensonge

L'Angoisse

La Gourmandise

La Cupidité ou l'avarice

Les Désordres de Nature Sexuelle ou La Luxure

La dépendance affective

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L'art médical spirituel selon Philoxène de Mabboug

1. Le devoir de soigner son âme

Les soins que nous rendons à notre corps nous sollicitent beaucoup, tant nous jugeons important, et avec raison, notre bien-être physique. Cependant nous nous soucions beaucoup moins de la santé de notre âme, qui est incomparablement plus précieuse que notre corps, puisque c'est elle qui le fait vivre et qui détermine son comportement. De même qu'il y a des maladies physiques qui réclament souvent des soins urgents et prolongés, il y a aussi des maladies de l'âme dont les conséquences ne peuvent être que désastreuses pour nous et pour la société, si nous n'en cherchons pas les remèdes. Les anciens maîtres spirituels avaient ce réalisme. En grands connaisseurs de l'âme humaine, ils inculquaient à leurs disciples l'art médical spirituel, afin qu'ils puissent devenir les uns pour les autres des médecins capables de guérir, avec la grâce de Dieu, les diverses maladies de l'âme. Parmi ces maîtres de l'antiquité chrétienne, Philoxène de Mabboug (+ 523) jouissait d'une très grande autorité.

La médecine spirituelle de Philoxène a pour fondement la foi en Jésus-Christ, notre divin Sauveur. "Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, écrit-il, nous a invités dans son Évangile vivant à poser comme il faut dans notre âme le fondement de sa discipline pour que la construction de nos règles de guérison monte d'aplomb".

L'Évangile est le premier principe de la parfaite guérison de l'âme, c'est-à-dire de son salut. Pour Philoxène, l'âme est morte, lorsqu'elle a perdu le souvenir de Dieu. Ce qu'il appelle le souvenir de Dieu, ce n'est pas le souvenir de Dieu dont on a seulement entendu parler, mais de Dieu connu personnellement, senti expérimentalement. La santé de l'âme suppose d'abord et avant tout la rencontre personnelle du Christ-Jésus, la connaissance expérimentale de son amour infini.

Il s'ensuit que la voie à suivre pour guérir en profondeur les maladies de l'âme, que sont ses passions désordonnées, se situe dans l'ordre spirituel, dans l'ordre de la grâce de Jésus-Christ. Il ne s'agit nullement d'ignorer la nature et les moyens naturels, mais celui qui reste dans l'ordre de la nature, pense-t-il, n'aura jamais que la victoire d'une convoitise sur une autre. En d'autres termes, il restera toujours malade dans quelque domaine, la parfaite santé exigeant une régénération complète de tout notre être, une nouvelle naissance, la communication d'une vie vraiment nouvelle, qui est celle de Jésus-Christ en nous. C'est Jésus seul qui peut faire de tout homme, fût-il le plus misérable parmi les misérables, un homme complètement nouveau. L'homme en parfaite santé spirituelle est l'homme entièrement renouvelé qui peut dire : "Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi" (Gal. 2,20).

2. Comment soigner les maladies de l'âme

Dans la première d'une série de treize homélies qu'il a publiées, Philoxène de Mabboug sert à ses auditeurs un véritable petit traité de médecine spirituelle. En voici un extrait substantiel qui peut sûrement être utile à tous ceux et celles qui ont le souci de la santé de leur âme.

Il nous faut être des médecins pour nous-mêmes et les uns pour les autres. Il n'y a pas de médecin, s'il est malade, qui ne se soigne lui-même, avant de soigner les autres; mais si ce sont les autres qui sont malades, la loi de la médecine lui demande de courir à leur soulagement.

Il nous faut savoir d'abord, comme des médecins, les causes des maladies, et ensuite appliquer des remèdes qui n'augmentent pas le mal. Car nous avons reçu une âme et un corps quand Dieu nous a créés, et il est exigé de nous d'avoir soin des deux. Pour les maladies et les souffrances corporelles, la nature du corps réclame elle-même sa nourriture et sa boisson et son vêtement, et ses besoins naturels nous entraînent eux-mêmes à nous soucier d'elle : nous ne pouvons donc pas la négliger, même si nous le voulions, et nous sommes contraints de satisfaire ses nécessités. Mais pour notre âme, c'est le commandement de Dieu qui nous oblige à soigner ses maladies, à soulager ses souffrances, à rassasier sa faim de la nourriture spirituelle, à lui donner le breuvage de la connaissance de Dieu, à la revêtir du vêtement de la foi, à la chausser de la préparation de l'espérance, à l'élever dans les bonnes habitudes, dans la pratique des bonnes actions, et dans l'obéissance aux commandements de Dieu. Et quand nos actions intérieures sont saintes et nos actions extérieures pures nous sommes des vases préparés pour l'Esprit de Dieu et où il habite purement et saintement ; c'est alors que nous guérissons les maladies qui arrivent en nous, avec science et avec sagesse et que nous réparons de nous-mêmes les blessures du péché.

Il n'y a pas de maladie de l'âme à laquelle la parole de Dieu n'ait donné de remède, et de même qu'il y a des remèdes mélangés et composés par les médecins pour les maladies corporelles, il y a des remèdes préparés et composés par l'Esprit de Dieu contre les passions du péché, pour que celui qui se sent malade trouve un remède à côté de lui et se donne immédiatement une aide à lui-même. Toutes les maladies se guérissent par leur contraire, celles qui viennent du froid, par les plantes chaudes, celles qui viennent de la chaleur, par des plantes rafraîchissantes, celles qui viennent de l'humidité, par des plantes asséchantes. Prends donc exemple de là, ô sage qui veux guérir les maladies de l'âme, et fais pour ton âme ce que fait l'art de la médecine pour le corps. Car les choses de l'ordre extérieur sont posées devant nos yeux comme un modèle pour les choses de l'ordre intérieur, et pour que nous guérissions l'âme de la manière que le corps est guéri.

Préparons donc contre chacune des passions le remède qui lui est contraire : contre le doute, la foi; contre l'erreur, la vérité; contre le soupçon, la certitude; contre le mensonge, la franchise; contre la fourberie, la simplicité; contre la dureté, la douceur; contre la cruauté, la bénignité; contre le désir corporel, le désir spirituel; contre la joie mondaine, la joie du Christ; contre l'intempérance, le jeûne; contre la volupté des pensées charnelles, la volupté des pensées spirituelles; contre la mollesse, l'énergie; contre le dégoût de l'esprit, la constance; contre la malice, la miséricorde; contre la méchanceté d'esprit, la bonté d'âme; contre l'esprit possessif, le renoncement; contre l'inimitié, la paix; contre la haine, l'amour; contre la colère, la réconciliation; contre la fureur, le calme; contre la jalousie, l'amour du bien d'autrui; contre la tristesse, la joie; contre la présomption de nous-mêmes, l'espérance confiante en Dieu; contre l'attachement excessif à notre famille humaine, l'attachement à notre famille céleste; etc. (Philoxène énumère beaucoup d'autres désordres, sources de malheur pour nous et pour les autres).

Toutes ces maladies et de semblables sont donc guéries et soulagées par leur contraire, celui qui désire les choses spirituelles devant renoncer aux choses corporelles. Car le désir de l'un ne vit pas en nous avant la mort de l'autre, c'est-à-dire que le désir de l'Esprit ne vit pas dans nos pensées avant la mort du désir charnel ; la mort de l'un fait vivre l'autre. Lorsque le corps est vivant en nous avec toutes ses convoitises, l'âme est morte avec tous ses désirs; et lorsque l'âme a part à la vie de l'Esprit et que tous ses membres, c'est-à-dire ses pensées, vivent avec elle, l'homme ressuscite d'entre les morts et vit de la vie nouvelle du monde nouveau. Nous ne pouvons pas revêtir l'homme nouveau qui est spirituel, avant de nous être dépouillés de l'homme ancien qui est charnel; et bien que nous ayons revêtu l'homme nouveau par le baptême, nous ne le sentons pas. Toutes les maladies étant guéries par ces remèdes, il appartient à chacun de connaître sa maladie, de devenir son propre médecin, et de prendre les remèdes contraires. À côté de la maladie, est posée la plante qui la soulage, à côté de l'ulcère, le pansement qui le guérit. Si tu désires guérir tes maladies, leur remède n'est pas loin; seulement, sens-les, tes maladies, et acquiers la connaissance des plantes qui les guérissent.

Par le plan sommaire que je t'ai tracé, comprends le reste par ta propre diligence. Car l'enseignement ne t'apprend pas tout, de peur que tu ne deviennes endormi et inerte. Et si tu estimes au-dessus de tes forces ce qui a été dit ou qui va être dit, appelle Dieu à ton aide, et tu recevras de lui la grâce qui t'aidera. Nous-mêmes, c'est avec l'aide de Dieu que nous nous sommes mis à écrire autant qu'il était en notre pouvoir, c'est-à-dire autant que le dispensait la grâce, pour notre aide personnelle et pour l'utilité des autres. Nous montrons d'abord par où le disciple doit commencer, puis comment il progressera et montera tous les degrés des règles, jusqu'à ce qu'il parvienne enfin au degré supérieur de l'amour, et de là au degré de la perfection. C'est alors que l'accueillera le pays spirituel de la joie du Christ, et lorsqu'il y sera, il sera affranchi des passions et délivré des convoitises, et il aura foulé aux pieds tous ses ennemis. C'est alors que l'homme dit avec assurance la parole de l'Apôtre : Ce n'est plus moi qui vis, mais c'est le Christ qui vit en moi. (Gal. 2,20 ). A lui la gloire pour toujours!

3. Les maladies de l'âme ont besoin d'un traitement méthodique

Dans sa douzième homélie, Philoxène insiste sur la nécessité de traiter méthodiquement les maladies de l'âme. Il faut employer pour les maladies de l'âme la même méthode que pour les maladies du corps, et d'abord chercher à découvrir leurs causes, qui sont souvent secrètes. Cette méthode conserve son entière valeur. Il est indispensable de l'utiliser en vue de la guérison spirituelle.

Les médecins sages qui veulent s'approcher avec science du traitement des maladies du corps, commencent par étudier leurs causes et les enlever : alors ils apportent sans peine les remèdes aux maladies, parce que, lorsqu'a été enlevée la cause par laquelle elles ont germé, avec la cause sont arrachées les maladies qu'elle a fait naître. Il est impossible, en effet, que demeurent les rameaux ou les fruits, lorsque la racine qui les fait grandir est enlevée de terre; et s'il arrive que des plantes restent vertes un peu de temps à cause de l'humidité de leur nature, cependant elles ne tardent pas à se dessécher, une fois leurs racines secouées et enlevées de terre; de même aussi les douleurs et les maladies du corps, lorsque les médecins ont commencé par enlever les causes qui les font naître, disparaissent peu à peu et s'évanouissent une fois leur cause retranchée du corps.

C'est ainsi qu'il faut procéder à l'égard des passions coupables qui naissent soit du corps soit de l'âme : il faut d'abord enlever les causes qui les font naître pour conserver notre vie dans une sainteté exempte du mal et pour que ce soit notre personne qui la règle librement et sans iniquité. Que l'homme qui veut être libre en Dieu s'affranchisse d'abord des convoitises qui se meuvent en lui, et qu'il s'approche alors de la règle de la liberté du Christ, parce que la région de la liberté ne le reçoit même pas et ne le laisse pas entrer tant que le signe honteux de la servitude se voit sur lui. ... Apprenons d'abord les causes des passions coupables qui tourmentent continuellement notre vie par leurs excitations, afin que nous trouvions sans peine la guérison de notre âme, en prenant exemple pour le traitement de notre âme du traitement de la nature qui guérit les corps humains ; comme des médecins, regardons d'abord les causes qui font naître les excitations coupables contre notre vie, afin de parvenir à la guérison spirituelle.

Particulièrement dans cette douzième homélie, Philoxène examine les causes cachées de la passion mauvaise de fornication, qui est une maladie de l'âme ayant pour effet de l'empêcher de contempler les beautés de Dieu. Aussitôt que germe la fornication, écrit-il, elle est pour la vue de l'intelligence comme une épine pour l'oeil : elle l'empêche de regarder Dieu. Ce désir n'obscurcit pas seulement la vue de ceux qui n'ont jamais vu les beautés de Dieu, mais aussi la vue de ceux qui les ont longtemps vues : s'ils s'enferment dans cette passion, leurs mouvements sont aveuglés ; elle est comme un voile devant eux ; elle leur interdit de voir la noble beauté du Christ. Dans l'étude spécifique de la maladie de l'impureté, Philoxène apporte des éléments qui mériteraient aujourd'hui d'être considérés attentivement par tous ceux qui s'intéressent aux maladies de l'âme.

Source : Philoxène de Mabboug, Homélies, in Sources chrétiennes, éd. du Cerf, Paris 1956.

J.R.B.

YT Source http://www.lumenc.org/yt/malamspmax.html

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