www.lumenc.org DUCCIO di Buoninsegna, Guérison de l'aveugle / Healing of the Blind Man, 1308-11, Detail, Tempera on wood, 43 x 45 cm, National Gallery, London
  Les maladies de l'âme

Qu'entend-on par "maladies de l'âme"

Introduction aux maladies de l'âme

L'art médical spirituel selon Philoxène de Mabboug

L'orgueil

L'Ennui ou la dépression spirituelle (l'acédie)

La Tristesse

La Colère

L'Inquiétude

La Jalousie

Le Mensonge

L'Angoisse

La Gourmandise

La Cupidité ou l'avarice

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L'Angoisse

Un phénomène social

Avec l'angoisse, grande soeur de l'anxiété, nous abordons un sujet particulièrement vaste et complexe. Il convient de s'y intéresser, en raison du rôle primordial qu'elle joue dans les maladies émotives, et aussi de sa présence en germe en toute personne humaine qui doit faire face, un jour ou l'autre, à des situations difficiles.

D'après l'énorme quantité de médicaments tranquillisants, prescrits pour soulager l'anxiété surtout dans nos pays occidentaux, au prix de plusieurs milliards de dollars, il semble que l'angoisse soit devenue un phénomène social tout à fait préoccupant. Le nombre de personnes dont la vie et l'activité sont affectées par l'angoisse est incalculable. Cette situation, qui signifie une détérioration évidente de la santé publique, nous invite à réfléchir d'abord sur la nature de l'angoisse et ses manifestations, comme point de départ d'une analyse morale du sentiment de crainte, dont elle est une espèce. Si nous comprenons mieux le mécanisme intérieur de la crainte, nous serons ensuite en mesure d'en discerner, dans ses diverses expressions, les plus puissants remèdes.

La nature de l'angoisse et ses manifestations

On emploie habituellement les termes angoisse et anxiété pour désigner le même trouble. Cependant, ce n'est pas tout à fait la même chose, l'angoisse comportant toujours une intensité que toute anxiété ne possède pas nécessairement. Car il existe chez tout homme une certaine anxiété qui est normale. Tous les degrés d'anxiété sont possibles depuis l'inquiétude légère jusqu'à l'angoisse extrême. L'angoisse est faite d'anxiété, mais d'une anxiété qui s'accompagne d'un désarroi pouvant aller jusqu'à la panique. De l'angoisse, le dictionnaire Robert donne, en effet, cette définition : elle est "un malaise psychique et physique, né du sentiment de l'imminence d'un danger; ce malaise est caractérisé par une crainte diffuse pouvant aller de l'inquiétude à la panique et par des sensations pénibles de constriction épigastrique ou laryngée ". Le mot angoisse vient du latin "angustia", qui veut dire resserrement. Il en est bien ainsi.

Dans l'angoisse, sous l'effet de la peur, il se produit une contraction musculaire, souvent douloureusement ressentie au niveau du coeur, du creux l'estomac et de la gorge. La personne angoissée peut éprouver des symptômes qui ressemblent étrangément à une crise cardiaque, à une crise d'asthme, ou encore à des problèmes digestifs ou urinaires. Il arrive que ces symptômes font courir les personnes qui les éprouvent de médecin en médecin, avec la conviction d'avoir un cancer, un ulcère, d'être devenues asthmatiques ou cardiaques. Ce sont des symptômes trompeurs, car il existe effectivement une angoisse physique, causée surtout par les maladies de coeur et l'asthme, ainsi que par des troubles de l'appareil digestif. Lorsque ces symptômes proviennent uniquement de l'angoisse, la recherche médicale ne découvre aucune lésion organique; le médecin, alors, pourra être tenté de traiter son patient comme un malade imaginaire. Pourtant, la réalité des troubles que la personne angoissée éprouve ne saurait être contestée. De fait, les symptômes apparents sont des signes corporels non de maladies organiques mais plutôt d'un déséquilibre émotif. Les personnes hyperémotives sont plus enclines que les autres à faire de l'angoisse. Les crises fréquentes d'angoisse reposent toujours sur un fond durable d'anxiété.

L'angoisse, naissant de l'anxiété, se nourrit de toutes sortes de peurs, jusqu'à cette peur paralysante qui consiste à avoir peur de tout. Certaines peurs sont, certes, justifiées, parce qu'elles sont des réactions naturelles à des dangers imminents objectivement menaçants. L'angoisse aggrave ces peurs et en imagine une infinité d'autres, qui sont entièrement déraisonnables Ce sont les phobies, soit de situation, comme l'agoraphobie et la claustrophobie; soit d'objets, comme la peur d'objets tranchants, ou d'animaux (zoophobie); soit d'impulsion, par exemple la peur de commettre un acte dangereux ou nuisible, comme de se jeter en bas d'un pont ou de tuer quelqu'un et encore la peur de la lumière ou photophobie et la crainte excessive de rougir (l'éreuthophobie). Les personnes angoissées vivent dans la peur : la peur d'être malades, la peur de mourir, la peur de la moindre difficulté, la peur de l'échec, la peur de l'engagement, la peur du rejet, la peur d'être méprisées et ridiculisées, la peur d'être jugées et d'être condamnées, la peur d'être victimes de complot, la peur d'être épiées, surveillées, poursuivies, la peur de perdre son emploi, ses amis, son argent, la peur de ne pouvoir jamais réussir, la peur de se tromper dans tout ce qu'on fait, la peur de prendre des décisions, surtout si elles doivent être irrévocables, la peur de l'obscurité liée à des imagineries menaçantes, la peur de l'autorité, la peur de toujours être coupables, la peur ou méfiance des autres, etc. Toutes ces peurs ou phobies, dans la mesure qu'elles durent et influencent la conduite, gênent considérablement la liberté des personnes angoissées. Elles ne proviennent pas essentiellement de causes extérieures mais principalement de leur fond d'anxiété ou d'insécurité. Lorsqu'il y a une cause extérieure, l'angoisse la déforme et d'inoffensive la rend parfois menaçante.

L'angoisse, expression ultime de la crainte

La crainte est cette passion de l'âme qui a pour objet un mal futur et difficile à vaincre, au point qu'on puisse à peine lui résister. La crainte est ce sentiment qui s'empare de l'âme qui se sent menacée par un mal futur, en ce sens qu'il est prêt à fondre sur elle: un mal qui lui apparaît comme un danger imminent. L'âme se sent menaçée en raison de sa faiblesse, d'une sorte d'impuissance qu'elle éprouve mais qui n'est toutefois pas radicale, car elle ne lui enlève pas absolument la capacité de résister et même de passer à l'attaque. Voilà pourquoi la crainte en elle-même, est ouverte à l'espoir, qui a lui, pour objet le bien futur, difficile, mais possible à atteindre. L'espérance de vaincre le mal par le bien désiré permet à la crainte d'être surmontée et libérée de toute négativité par la vertu de force.

La crainte portant sur le mal tout proche et ardu à vaincre, on ne craint jamais le bien. Lorsque le bien est présent, on l'aime et on se réjouit. Si le mal est présent, l'âme réagit par la haine et la tristesse. Si l'âme n‘a pu se défendre d'être atteinte par un mal nullement mérité, en raison de cette blessure qu'elle perçoit comme une injustice, elle éprouve un sentiment de colère, qui fait naître en elle un désir de vengeance. Si l'âme se voit privée de toute capacité de réaction contre le mal qui l'afflige, c'est le désespoir: l'âme désespère quand elle estime qu'il n'y a rien à faire contre le mal qui l'opprime. La crainte est un mouvement de l'âme intermédiaire entre l'espoir et le désespoir. L'espoir ouvre à l'âme craintive une voie de salut, propre à calmer ses craintes. Mais dans les craintes terrifiantes, l'âme sera plus facilement portée à désespérer qu'à espérer. Elle doit alors lutter contre le découragement profond du désespoir, pour ne pas y sombrer, car le désespoir ne peut que la conduire à une ruine complète.

La crainte, dans ses différents degrés, apparaît comme un signal intérieur d'un danger extérieur menaçant. Elle est normale lorsque le danger extérieur existe et qu'elle demeure raisonnable; mais elle devient anormale, c'est-à-dire maladive, lorsque ce danger n'existe pas. Autant la crainte normale est utile à la conservation de notre vie et de tous les biens qui nous sont nécessaires pour mener une vie humainement digne, autant la crainte maladive est nuisible à notre équilibre psychique et physique. La crainte normale est utile, parce qu'elle nous avertit soit de la nécessité de fuir un danger grave et inévitable, soit de voir à se procurer les moyens pour y faire face. Il est donc normal de craindre les périls réels qui mettent notre vie en danger; une personne qui ne craindrait pas les dangers de mort au point de s'y exposer sans raison serait stupide. Pour les personnes qui seraient tentées de s'exposer à des dangers extrêmes par fausse bravoure, la crainte, si elles veulent bien y faire attention, agit comme un appel intérieur à une conduite raisonnable, qui s'enracine à la fois dans l'humilité et la prudence. C'est l'humilité qui nous fait reconnaître nos limites devant la gravité du danger, et c'est la prudence qui fait discerner dans quelles conditions il faut fuir un danger imminent, et dans quelles conditions il faut être prêt à y résister ou à l'affronter, dans l'espoir de le vaincre.

Le mal ardu qui se dresse contre nous et suscite en nous une réaction naturelle de crainte, nous met donc dans une position de combat. Dans une telle situation, il est parfaitement raisonnable de fuir un ennemi plus fort que nous si entrer en guerre contre lui signifie de courir à une défaite certaine. Le mouvement propre de la crainte est la fuite. Tantôt ce mouvement de retrait est tout à fait justifié, tantôt il ne l'est nullement. Comme l'angoisse est l'expression ultime de la crainte, elle accentue le mouvement intérieur de fuite qui lui est propre de sorte que la personne habituellement angoissée est en fuite perpétuelle. L'angoisse la fait fuir de tous côtés sans qu'elle puisse mettre un terme à sa fuite. Cette fuite, beaucoup plus à l'intérieur d'elle-même où elle tente de s'enfermer, étant chargée d'une très grande souffrance ne peut que troubler son jugement. Et lorsque le jugement est affolé par l'angoisse, il est absolument incapable de bien saisir la réalité et de prendre quelque décision qui soit éclairée par la prudence. C'est pourquoi une telle angoisse, qui détermine de mauvaises décisions par-dessus d'autres mauvaises décisions, jette l'âme au bord du désespoir. Il est certain qu'une grave tentation de désespoir, qui dure tant qu'elle ne trouve pas de remède, fait partie de l'angoisse.

Les espèces de crainte

Plusieurs Docteurs de l'Église et grands maîtres spirituels, à la suite de saint Jean Damascène, parlent de six formes ou espèces de crainte, dont l'angoisse est la dernière. Ce sont : la paresse, la pudeur, la honte, l'étonnement, la stupeur et finalement l'angoisse. Disons un mot de chacune.

La paresse est une sorte de crainte qui a pour objet le travail qui pèse à la nature. Le paresseux se refuse à agir par crainte de l'effort à faire.

La pudeur, très proche du sentiment de l'honneur, est une sorte de crainte qui fait rougir dans l'appréhension de quelque faute que l'on pourrait commettre et qui porterait atteinte à notre réputation. La pudeur est une crainte qui protège la pureté de l'âme: c'est une délicatesse de conscience dans les choses sexuelles et qui est pour cela intimement liée à la vertu de chasteté. À la pudeur excessive se rattache le scrupule qui est une crainte naissant de l'incertitude de la conscience en regard du mal d'une action à faire ou déjà faite. Certaines formes de scrupule sont angoissantes. Elles peuvent et doivent être soignées.

La honte ou la confusion est une crainte consécutive à quelque action mauvaise qui peut nous diminuer dans l'opinion des autres.

Quant à l'étonnement devant le mal, dont il s'agit ici, car il y a aussi un étonnement devant le bien, c'est l'espèce de crainte qui saisit l'âme lorsqu'elle envisage quelque grand malheur dont elle ne peut voir toutes les suites. Ce qui spécifie l'étonnement (en latin admiratio), c'est la grandeur du mal imminent.

La stupeur est l'espèce de crainte qui monte dans l'âme à la vue d'un mal tout proche, inhabituel, insolite, apparaissant subitement.

L'angoisse, comme nous l'avons dit, est l'espèce de crainte qui resserre l'âme se sentant impuissante à résister aux malheurs futurs, c'est-à-dire tout proches, qu'elle redoute. Devant un mal qui s'annonce et l'inconnu de ses conséquences, dont on ne voit pas comment les surmonter, l'âme est plongée dans une insécurité profonde; vidée de toute force, elle est à l'extrémité. L'angoisse, à différents degrés, est présente dans la plupart des névroses et psychoses. Il n'y a pas de doute qu'au plan moral et spirituel, l'état déplorable des grands angoissés peut être considérablement amélioré.

Les causes morales ou intérieures de la crainte

Les diverses espèces de crainte, et spécialement l'angoisse, ont deux causes intérieures principales; la première se rapporte à la vulnérabilité du sujet, et la seconde à la passion fondamentale dont dépendent toutes les autres.

La première cause de la crainte est notre faiblesse naturelle, l'impuissance que nous ressentons devant les maux futurs qui nous menaçent. On craint parce qu'on ne se sent pas capable de résister à ces maux, qui nous font courir un danger réel ou perçu comme tel. Notre faiblesse est un motif de crainte, et d'autant plus qu'elle tend davantage à multiplier et à grossir les obstacles. L'hyperémotivité qui projette dans l'imagination tous les dangers possibles et imaginables dessert la faiblesse de résistance au mal des tempéraments timides, et pour cela plus vulnérables.

Comme forme de faiblesse ou plutôt de disposition qui engendre ou augmente la faiblesse, il y a l'abus conscient de ses forces : par exemple quand on ne respecte pas ses limites au travail. Par ambition, on veut "performer" au-delà de ce qu'on peut. Sans qu'il y ait nécessité, on entre alors et on s'enferme dans un système de compétition qui nous cause un "stress" excessif et une anxiété continuelle. Tout autre serait le cas d'une personne anxieuse dans tout son agir, en raison certes de sa faiblesse, mais non en raison d'une dépense d'énergie qui vient s'y surajouter, sans que cela soit nécessaire.

Comme autre forme de faiblesse, il y a celle de la solitude - solitude morale beaucoup plus que physique - où est vivement ressentie l'absence d'aide et de support dont l'âme en raison de ses limites et de ses misères, a réellement besoin pour vaincre ses peurs. Sans réconfort moral, sans la possibilité de s'appuyer sur une personne amie qui l'accompagne et l'encourage, l'âme consciente de son extrême faiblesse, éprouve habituellement le sentiment d'un vide extérieur et intérieur qui augmente son angoisse.

L'ignorance et la pauvreté qui mettent les personnes en situation d'infériorité devant ceux qui, par leur savoir et leur avoir, exercent sur elles un pouvoir de domination, sont d'autres formes de faiblesse, inspiratrices de crainte. La crainte des petits devant les grands n'est malheureusement que trop justifiée, car les plus savants, les mieux nantis et les plus puissants exploitent fréquemment les ignorants et les plus démunis. Reliés à l'ignorance sont les préjugés et les superstitions, responsables de beaucoup de peurs non fondées.

La seconde grande cause intérieure de la crainte est l'amour. L'amour, qui est la passion la plus fondamentale de l'âme, serait, selon saint Augustin, la seule cause véritable de toute crainte. Si l'on craint, explique saint Augustin, c'est parce qu'on aime. Car on craint de perdre ou de ne pas atteindre ce qu'on aime. L'amour fait que le coeur poursuit le bien qu'il désire ou ce qui lui apparaît comme un bien. La crainte de perdre ce qui est vraiment bien, comme la pureté du coeur et l'intégrité physique, ne comporte pas de piège ; elle est ordonnée à la conservation de la vertu et de la vie. Mais combien d'amours, combien d'attachements sont en eux-mêmes désordonnés et, par suite, jettent l'âme dans les liens aliénants de mauvaises peurs et parfois d'une réelle angoisse! C'est ainsi que la cupidité ou avarice, c'est-à-dire l'amour excessif de l'argent et des bien matériels engendre la peur de les perdre De même, dans tous les domaines, j'ai peur de perdre ce que j'aime excessivement. Ce peut être une personne, une activité, une situation ; ce peut être aussi un bien intérieur, comme ma tranquillité, l'amour de mes aises, qui ferait que je craindrais constamment d'être dérangé.

Les causes extérieures

- Les causes humaines et temporelles

Outre ces causes intérieures principales, que sont la faiblesse et l'amour, la crainte, notamment l'angoisse, a aussi des causes, cela va de soi, extérieures. Ces causes peuvent être des bouleversements sociaux, des guerres, de graves accidents, les influences néfastes de certaines erreurs en éducation, au foyer, à l'école, des expériences traumatisantes qui peuvent remonter à la naissance, le conditionnement d'un milieu de croissance où l'enfant se sent agressé, rejeté, méprisé dans son identité et sa dignité, traité comme s'il était bon à rien et perpétuellement condamné à l'insuccès. Les enfants, victimes de violence, ou essuyant la colère habituelle de leurs parents et qui, par suite, grandissent dans la peur, sont des sujets prédisposés à toutes sortes de peurs, dont l'angoisse. Il est évident que la violence, physique ou verbale, provoque la peur, laquelle, à son tour, engendre facilement la violence. Les jeunes abusés ou bafoués sont potentiellement violents et apprennent vite à manipuler les autres par la peur. Par ailleurs, la domination excessive et surprotectrice des parents qui les porte à "couver" leurs enfants, tuant en eux tout esprit d'initiative, même si cette domination ne procède d'aucune mauvaise volonté, produit des êtres faibles, craintifs, qui auront peur de s'affirmer par des choix personnels, et qui auront tendance à demeurer dépendants.

- Les causes spirituelles d'origine diabolique

Il y a aussi des peurs, des angoisses d'origine diabolique. Les causes de ces peurs, ce sont les démons, les mauvais esprits qui cherchent à éloigner les âmes de Dieu, du divin Sauveur Jésus-Christ et de les entraîner dans la voie de la perdition. Cacher cette vérité fait beaucoup de tort aux âmes que le Malin essaie de contrôler par la peur. Car si Satan est le père du mensonge, il est aussi le maître universel de la peur, le champion du terrorisme. Bien qu'il soit lui-même un peureux, il s'applique sans cesse à faire peur. Du reste, ce sont souvent les peureux qui font le plus peur aux autres. Connaissant parfaitement la nature humaine, le diable sait comment effrayer les hommes qui ont une nature inférieure à la sienne ; il sait comment jouer sur leurs émotions, comment les intimider, comment exercer sur eux des pressions terribles pour les empêcher de faire le bien ou de lutter contre le mal. Il est capable de leur inspirer la peur du bien et même la peur du Souverain Bien qui est Dieu, et la peur de la vertu : ce qui est un non-sens, parce que tout ce qui est bien et vertueux, de soi, ne peut causer de peur à personne. Par ses mensonges, il réussit ce tour de force de présenter le bien comme un mal, de rendre la vertu odieuse et le vice aimable. Il insinue dans les esprits une image détestable de Dieu, de Jésus-Christ, de la religion, qu'il rend responsable de tous les maux. Il amène ainsi une multitude de personnes, ignorantes de ses tactiques et inconscientes de leur faiblesse, à agir à l'encontre de leur conscience pour ne pas se distinguer des autres et ne pas encourir la honte du mépris général.

Les peurs d'origine diabolique expliquent pour une bonne part le progrès du mal dans la société. Car les ennemis de Dieu, qui sont en même temps ennemis de la nature humaine, sont forts de la faiblesse des bons. Saint-Pierre était, avec saint Jean, le plus ardent disciple de Jésus-Christ. C'est par la peur que Satan est parvenu à le faire renier son maître bien-aimé. Quand des chrétiens de toute catégorie ont visiblement peur de défendre les vérités de la foi et les exigences de la morale chrétienne, ou encore sont prêts à faire des compromis avec des doctrines étrangères pour paraître larges d'esprit et ouverts au monde, c'est qu'ils sont certainement victimes de manipulations d'origine diabolique. Il importe de le savoir pour être en mesure de répondre fidèlement aux appels de Dieu, toujours contrariés par Satan qui, dans son arsenal de combat, utilise toutes sortes de peurs comme autant d'armes privilégiées. Il faut être au courant de la fréquence des peurs d'origine diabolique, et être conscients que leur céder est un signe de lâcheté morale et surtout un grand manque de foi et d'amour de Dieu.

Les effets de la crainte

Nous avons déjà , au cours de notre exposé, signalé les principaux effets de la crainte, et notamment de l'angoisse. Résumons et précisons.

La crainte qui a quelque importance paraît toujours à l'extérieur. On ne peut la cacher. En plus des phénomènes déjà mentionnés au niveau du coeur, de la respiration et de la digestion, elle entraîne des changements physiologiques tels que des resserrements dans la gorge et la poitrine, des tremblements dans tout le corps mais spécialement des mains et des genoux, la pâleur du visage, la sueur, la diminution et la perte de la voix, la soif, et quelquefois une paralysie momentanée des membres. Les craintes graves peuvent produire des effets tout à fait contraires. Devant la menace soudaine d'un danger, certains réagiront en fuyant à toute allure, les jambes pendues au cou, pour trouver quelque part un refuge. La crainte est alors pour eux source d'énergie tout à fait inhabituelle. On peut l'observer chez les animaux pris en chasse par des prédateurs, par exemple la gazelle fuyant le léopard, et chez les humains alertés par les signes annonciateurs d'une catastrophe, fuyant éperdument, s'il y a encore une possibilité de salut, vers un espace sécuritaire. Devant des dangers similaires, d'autres individus resteront figés, interdits, paralysés, totalement incapables de se mouvoir. C'est pourquoi, d'après leurs effets, on parle de craintes actives, qui stimulent l'activité, et de craintes passives, qui la réduisent et l'empêchent.

Saint Thomas d'Aquin a noté (dans la prima secundae de la Somme théologique, à la question 44), qu'il y a une relation entre les effets physiques de la crainte et ses effets physiologiques. Le corps absorbe et calque, en quelque sorte, les mouvements de l'âme, ce qu'elle souffre et les efforts de délivrance du danger qu'elle arrive ou non à faire. La crainte exerce dans l'âme tantôt une excitation violente de toutes ses forces pour parer au danger, tantôt la paralyse, en agissant sur ses facultés comme une force passive d'inhibition. Généralement, l'âme en proie à l'angoisse, est profondément bouleversée, perd largement sa capacité de réflexion, et par suite sa liberté de décision et d'action. Elle est alors comme prise dans un étau qui l'étouffe et dont elle ne sait comment se déprendre. Même s'il n'y avait pas de sueur ni de tremblements physiques, l'âme, elle, dans ses facultés, sue et tremble, et vidée de son énergie, ressent une faiblesse extrême qui paralyse ses opérations. Les effets psychologiques de la crainte ne sont donc pas toujours les mêmes, et dans ces effets parfois opposés, il y a place pour bien des degrés d'intensité.

La crainte, surtout l'angoisse, a tellement d'effets négatifs sur l'organisme qu'on peut se demander s'il est possible qu'elle ait parfois de bonnes conséquences psychologiques. En réalité, elle ne peut en avoir que lorsqu'elle demeure soumise à la raison et à la volonté, du moins qu'elle ne soit pas telle à priver la personne de son pouvoir de réflexion. Ne dépassant pas ces bornes, la crainte favorise la prudence, en faisant sentir la difficulté des entreprises. La conscience des difficultés à vaincre engage la raison à prendre conseil comme le remarque saint Thomas (à l'article 2 de la question 44 de la prima secundae); ce qui est un élément important de la vertu de prudence. Si la crainte n'est pas soumise à la raison, elle trouble inévitablement le jugement, le fausse, et peut même supprimer temporairement la faculté de juger et nous mettre, par suite, dans l'impossibilité de poser un acte moral.

À ce point de vue moral, la crainte grave qui laisse l'usage de la raison mais diminue nécessairement la volonté, est comptée parmi les motifs qui excusent de l'observation, non de la loi divine, mais des lois humaines, ecclésiastiques ou civiles, sauf dans le cas de péril pour la religion ou la société. Accompagnée de violence ou non, la crainte grave sera un motif de nullité de certains actes, comme les voeux, les mariages, les contrats.

Cependant, toutes les fois que la crainte grave ne supprime pas le volontaire en nous, elle ne peut excuser du péché qui serait commis sous son empire. Si donc, pour éviter un mal temporel, comme la mort, des blessures, la perte de sa fortune, on commet un acte défendu par la loi divine, c'est un péché. Le péché, certes, sera plus ou moins coupable, selon le degré d'irresponsabilité qui pourrait provenir de la crainte. En ce qui concerne la culpabilité de fautes commises sous l'influence de la crainte, on doit toujours retenir ce principe que la crainte grave n'enlève pas de soi le volontaire, mais le diminue; tandis que la crainte légère n'enlève ni ne diminue le volontaire.

Conclusion

Nous avons dit que la crainte nous met dans une position de combat. C'est vrai non seulement au plan physique et psychologique, mais surtout au plan moral. Dans l'ordre de notre vie morale et spirituelle, nous avons tous le devoir strict de combattre les peurs qui habitent en nous, surtout les craintes suggérées par le démon (que les Pères appellent aussi craintes mondaines), et les craintes qui proviennent de notre orgueil, de notre égoisme et de tous nos attachements. Pour quelle raison? Parce que toutes ces peurs constituent de très sérieux obstacles en nous à l'exercice de plusieurs vertus, par lesquelles seules il nous sera possible d'atteindre notre véritable identité c'est-à-dire de réaliser l'être que Dieu veut que nous soyons à l'image du Christ-Jésus. Car, comme le dit saint Paul aux Éphésiens (I, 4), "c'est en Lui qu'Il nous a élus dès avant la création du monde pour être saints et immaculés en sa présence dans l'amour".

J.R.B.

* * *

Annexe I

A) l'origine de la crainte

La crainte-passion est causée par la faiblesse

"La crainte est l'effroi de la faiblesse humaine qui redoute de souffrir des accidents dont elle ne veut pas. Elle naît et elle s'ébranle en nous du fait de la culpabilité de notre conscience, du droit d'un plus puissant, de l'assaut d'un ennemi mieux armé, d'une cause de maladie, de la rencontre d'une bête sauvage, bref la crainte naît de tout ce qui peut nous apporter de la souffrance, Une telle crainte ne s'enseigne donc pas : elle naît naturellement de notre faiblesse. Nous n'apprenons pas quels sont les maux à craindre, mais d'eux-mêmes ces maux nous inspirent de la crainte".

La crainte de Dieu : une disposition à apprendre

"Au contraire, au sujet de la crainte du Seigneur, il est écrit ceci : « Venez, mes fils, écoutez-moi : la crainte du Seigneur, je vous l'enseignerai ». Il faut donc apprendre la crainte de Dieu, puisqu'elle est enseignée. En effet, elle n'est pas dans la terreur, elle est dans la logique de l'enseignement. Elle ne vient pas du tremblement de la nature, mais de l'observance du précepte ; elle doit commencer par l'activité d'une vie innocente et par la connaissance de la vérité.

La crainte de Dieu est causée par l'amour

"Pour nous, la crainte de Dieu est tout entière dans l'amour, et la charité parfaite mène à son achèvement la peur qui est en elle. La fonction propre de notre amour envers lui est de se soumettre aux avertissements, d'obéir aux décisions, de se fier aux promesses. Écoutons donc l'Écriture qui nous dit : «Et maintenant, Israël, qu'est-ce que le Seigneur te demande? Sinon que tu craignes le Seigneur ton Dieu, que tu marches sur tous ses chemins, que tu l'aimes et que tu observes, de tout ton coeur et de toute ton âme, les commandements qu'il t'a donnés pour ton bonheur».

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S. Hilaire, commentaire sur le psaume 127.

Au temps de l'angoisse regarder vers le Seigneur

Magnifiez avec moi le Seigneur,
exaltons tous ensemble son nom.
Je cherche le Seigneur, il me répond :
de toutes mes frayeurs, il me délivre.
Qui regarde vers lui resplendira,
sans ombre ni trouble au visage.
Un pauvre crie ; le Seigneur entend :
il le sauve de toutes ses angoisses.
L'ange du Seigneur campe à l'entour
pour libérer ceux qui le craignent.
Goûtez et voyez : le Seigneur est bon !
Heureux qui trouve en lui son refuge !
Saints du Seigneur, adorez-le :
rien ne manque à ceux qui le craignent.
Des riches on tout perdu, ils ont faim ;
qui cherche le Seigneur ne manquera d'aucun bien.
Le Seigneur entend ceux qui l'appellent :
de toutes leurs angoisses, il les délivre.
Il est proche du coeur brisé,
il sauve l'esprit abattu.

(versets du Psaume 33)

Les Remèdes à l'Angoisse

Comme nous l'avons dit, l'angoisse naît de l'anxiété et se nourrit de toutes sortes de peurs.

Pour combattre l'angoisse, il importe d'abord d'identifier les peurs qui la provoquent et la nourissent. Il est des peurs qui sont totalement justifiées, d'autres partiellement, d'autres pas du tout.

Les peurs totalement justifiées

Les peurs totalement justifiées sot relatives aux dangers objectivement fondés de malheurs imminents. Parmi ceux-ci, certains ne laissent aucun espoir humain d'y échapper ; d'autres permettent d'espérer qu'avec de l'aide extérieure ces dangers soient surmontés.

Il va de soi que les dangers les plus redoutables que nous puissions affronter sont les dangers de mort. Lorsqu'il est humainement impossible d'y échapper, comme dans le cas d'un désastre naturel, ou bien dans le cas d'une agression à laquelle on ne peut résister, ou encore dans le cas d'une maladie évoluant inexorablement vers la mort, ou encore d'une persécution sanglante qu'on ne peut fuir, et dans tous les autres cas où, sans aucun secours humain possible, il faut faire face à la mort, le seul remède pouvant calmer l'angoisse devant la mort et établir l'âme dans une grande paix est la foi et la confiance en Dieu.

Par la foi et la confiance en Dieu, l'âme, tout en sentant sa faiblesse extrême, cherche dans le seul Nom du Seigneur le secours qui ne saurait lui manquer. La confiance en Dieu naît de la foi en son amour tout-puissant et comporte la ferme assurance de son aide et de sa protection. La foi, comme nous en assure l'apôtre saint Jean ( I Jean 5, 4 ) est la seule force capable de vaincre le monde, c'est-à-dire tout ce qui peut exister ici-bas de puissance qui se dresse contre Dieu. C'est ainsi que saint Paul, au chapitre II de l'épître aux Hébreux fait l'éloge de la foi des Patriarches et des Prophètes de l'Ancien Testament qui, par la foi, se sont concilié l'amitié de Dieu et, sans craindre la mort, ont surmonté les plus cruelles épreuves, espérant fermement, sans l'obtenir de leur vivant, en l'accomplissement de la promesse qui leur avait été faite : ... "Par la foi, ils ont soumis les royaumes, écrit-il, ils ont pratiqué la justice, obtenu les promesses, fermé la gueule des lions, éteint la violence du feu, échappé au tranchant du glaive, triomphé de la maladie, fait preuve de vaillance à la guerre, mis en fuite les armées ennemies, rendu aux femmes leurs morts ressuscités. Les uns ont péri dans les tortures, refusant la délivrance dans l'espoir d'une résurrection meilleure ; d'autres ont enduré les moqueries et les fouets, les chaînes et les prisons ; ils ont été lapidés, torturés, sciés, passés au fil de l'épée ; ils ont mené une vie errante, couverts de peaux de brebis et de chèvres, dénués de tout, persécutés, maltraités : eux, dont le monde n'était pas digne, ils ont erré dans les déserts, les montagnes, les cavernes et les antres de la terre. Et cependant eux tous, que leur foi rendait si recommandables, ils sont restés sans obtenir la promesse, parce que Dieu, par une providence plus miséricordieuse pour nous, n'a pas voulu qu'ils arrivassent sans nous à la perfection finale..."

Si par la foi et leur espérance en Dieu, les Pères de l'Ancien Testament ont mérité de tels éloges, exaltant leur force d'âme victorieuse de la mort, que dire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des apôtres, de saint Paul, des martyrs et de tous les saints du Nouveau Testament, qui ont vaincu la peur de la mort et toute autre peur, pour accomplir fidèlement, coûte que coûte, la volonté de Dieu ?

"Mon Père", priait Jésus dans l'angoisse de son agonie, "si c'est possible que ce calice passe loin de moi ! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux" (Matth. 26,39). "Tout angoissé, remarque saint Luc (22, 44) il priait plus instamment, et sa sueur devint comme des globules de sang qui tombaient à terre". Nul coeur humain n'aura été bouleversé par une telle angoisse devant les affres de la mort comme l'a été le coeur de Jésus. Broyé sous le poids écrasant de tous les crimes de l'humanité, c'est en tant qu'homme passible qu'il a souffert sa Passion, sans aucun réconfort humain, et comme abnadonné de Dieu. Sa force héroïque, manifestée par sa patience inaltérable au sein des plus cruelles souffrances, avait sa source dans sa confiance inébranlable et sa piété filiale sans bornes, le faisant adhérer inconditionnellement à la volonté du Père.

C'est en ayant constamment devant les yeux Jésus et Jésus crucifié que les apôtres ont reçu du Seigneur la force de souffrir et de mourir pour Lui et avec Lui. Par leur foi, leur confiance et leur amour ils ont tous traversé victorieusement l'angoisse du martyre, refusant toute autre consolation si ce n'est celle d'imiter leur Maître et Seigneur Jésus-Christ et de lui être trouvés conformes au jour du jugement. Ils se sont souvenus personnellement et ont enseigné aux premiers fidèles la maxime du Sauveur : "ne craignez pas ceux qui tuent le corps et ne peuvent rien faire de plus ; craignez plutôt celui qui peut perdre le corps et l'âme dans la géhenne" (Mt 10, 28).

"Et qui vous ferait du mal, argumente saint Pierre dans sa première épître, si vous êtes adonnés au bien ? alors même que vous souffririez, si c'était pour la justice, heureux seriez-vous ! N'ayez d'eux aucune crainte et ne vous troublez pas, mais dans vos coeurs traitez saintement le Christ Seigneur, vous tenant toujours prêts à répondre à quiconque vous demande raison de l'espérance qui est en vous"... (1 Pierre 3, 13).

Pour affronter la mort et tous genres de souffrances pour et avec Jésus-Christ, il faut être forts. Forts de la force que donne la foi. Et d'une façon toute particulière forts de la force que nous apporte, par la confiance qui lui est attachée, l'espérance chrétienne. C'était l'exhortation fréquente de saint Paul à ses fidèles : "Ainsi donc, mes frères, puisque nous avons libre accès au sanctuaire grâce au sang de Jésus, en suivant la voie nouvelle et vivante qu'il a inaugurée pour nous à travers le voile, c'est-à-dire à travers sa chair, et que nous avons un grand prêtre établi sur la maison de Dieu, approchons-nous d'un coeur sincère avec une foi parfaite, le coeur purifié de tout le mal dont nous aurions conscience, le corps lavé dans une eau pure. Restons inébranlablement attachés à l'espérance dont nous faisons profession, car celui qui a promis est fidèle". (Heb 10, 19-28).

La force nécessaire pour vaincre non seulement la crainte de la mort mais toute autre peur nous faisant fuir notre devoir, saint Thomas d'Aquin la relie intimement à la confiance qui affermit la vertu d'espérance. Il fait même de la confiance assimilée à la magnanimité, une partie intégrante de la vertu de force. La confiance, en effet, s'épanouit en magnanimité, qui ne craint pas de se lancer dans de grandes entreprises où seul l'honneur venant de la vertu est pourvuivi. La magnanimité chrétienne puise sa force dans la confiance en Dieu, qui rend capable d'accomplir de grandes choses pour l'honneur de Dieu. Or, rien n'est plus grand que de donner sa vie - avec Jésus-Christ - pour la gloire de Dieu et pour l'amour des hommes.

La force d'âme ou magnanimité, nourrie par la confiance en Dieu, est la vertu qui a fait les grands saints, même s'ils étaient de faible constitution, comme la petite sainte Agnès dont saint Ambroise a tracé un magnifique portrait (voir en annexe). Il n'y a pas de doute que les personnes les plus magnanimes, les plus grandes âmes qui ont passé sur la terre, celles qui ont manifesté le plus de force d'âme devant la mort et les périls de toutes sortes sont les saints et saintes qui demeurent devant l'histoire les glorieux trophées de la victoire remportée par le Christ sur la croix.

La force, par laquelle la mort a été pour ainsi dire vaincue chez les martyrs et les saints, fut en eux le fruit de leur foi et de leur confiance en Dieu, et aussi de l'ardeur de leur amour. La confiance et l'amour surnaturels sont les remèdes les plus puissants aux sentiments de crainte, qui étouffent les plus nobles désirs de l'âme et paralysent son action. La confiance, affermissant l'espérance du bien difficile à conquérir, est la vertu des combattants : elle rend l'âme forte par la certitude qu'elle contient de recevoir l'aide toute puissante de Dieu pour vaincre le mal. Par ailleurs, l'amour de Dieu brûlant dans un coeur le fortifie en l'unissant directement à la source même de la force. L'amour, en effet, a la propriété d'unir l'amant à l'aimé, et si cet amour est très ardent et souverain, il détache le coeur de tout autre amour qui s'opposerait à lui. Et l'on comprend que lorsqu'une personne aime Dieu passionnément comme sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, son coeur est détaché de tout le reste et n'éprouve plus aucune peur de perdre quoi que ce soit, la vie même, pourvu qu'il ne perde pas son unique trésor, Dieu.

Le coeur qui aime Dieu parfaitement s'abandonne à Lui comme un petit enfant dans les bras de son Père. C'est pourquoi, se sentant dans les pires dangers en totale sécurité dans les bras tout-puissants de Dieu, aucune crainte, bien que ressentie dans la sensibilité ne peut l'ébranler. En réalité, la confiance en Dieu, poussée jusqu'à l'abandon complet entre ses mains, est l'expression ultime de la vertu et du don de force. Tel fut le secret de celle que nous nous plaisons à appeler la "petite" Thérèse, devenue si grande par son humilité et si puissante par sa confiance et son abandon à Dieu. Deux mois avant sa mort, elle écrivait à l'abbé Bellière: "Le bon Dieu veut que je m'abandonne comme un tout-petit enfant qui ne s'inquiète pas de ce qu'on fera de lui. Quand je serai au port, je vous enseignerai... comment vous devez naviguer sur la mer orageuse du monde: avec l'abandon et l'amour d'un enfant qui sait que son Père le chérit et ne saurait le laisser seul à l'heure du danger". Elle écrit encore: "Jésus se plaît à me montrer l'unique chemin qui conduit à cette fournaise divine ; ce chemin, c'est l'abandon du petit enfant qui s'endort sans crainte dans les bras de son Père". C'est dans de telles dispositions que se réalise cette parole que l'Esprit-Saint a inspiré à l'apôtre saint Jean : "L'amour parfait bannit la crainte". (I Jean 4, 18).

Ainsi, la foi, l'espérance et la charité, couronnées par le total abandon de l'âme à Dieu, sont les remèdes les plus puissants aux dangers extérieurs imminents et aux menaces réelles des maux les plus graves, alors qu'il n'y a aucun espoir humain d'y échapper. Or, ces vertus qui, néanmoins son extrême faiblesse naturelle, font participer l'âme à la toute-puissance de Dieu, s'exercent d'abord dans la prière.

- La force de la prière

La prière est le premier de tous les remèdes contre la peur naturelle de perdre la vie gravement et directement menacée et, à plus forte raison, contre les peurs inférieures à celles que causent les dangers de mort humainement impossibles à éviter. Le Dr. Alexis Carrel, sur la base des observations qu'il a faites lui-même sur de très grands malades condamnés par la médecine, a pu témoigner que la prière est la source d'énergie la plus puissante qu'il y ait dans l'univers. "La prière, affirme-t-il, est non seulement un acte d'adoration, elle est encore une émanation invisible de l'esprit d'adoration, c'est-à-dire la forme d'énergie la plus puissante que l'on puisse susciter. L'influence de la prière sur l'esprit et le corps humains est aussi aisément démontrable que la sécrétion des glandes. Ses résultats se mesurent à un accroissement d'énergie physique, de vigueur intellectuelle et de force morale, à une compréhension plus profonde des réalités fondamentales". "La prière, nous assure-t-il, est une force aussi réelle que la gravitation universelle. En qualité de médecin j'ai vu des hommes, alors que toute thérapeutique avait échoué, soulevés hors de la maladie et de la dépression par l'effort serein de la prière. C'est la seule force au monde qui paraisse vaincre ce qu'on nomme « les lois de la nature » et l'on a appelé « miracles » les occasions où la prière a dramatiquement démontré son pouvoir".

- La force des sacrements

Aujourd'hui encore, la prière est capable d'obtenir les plus grands miracles, surtout si elle est jointe aux sacrements, où se fait une rencontre personnelle avec Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, vainqueur de la mort et maître absolu de la vie. Le sacrement de pénitence libère l'âme de ses plus profonds motifs de crainte, la rétablit dans la sérénité et la confiance, la dispose à rester en paix au milieu des épreuves. Le sacrement de l'Eucharistie, qui fait demeurer Jésus dans l'âme et l'âme en Jésus, a toujours été chanté comme le Pain des forts, la nourriture divine qui donne force et consolation aux pauvres voyageurs que nous sommes en route vers la Patrie célese. Dans les dangers les plus terribles et en toute occasion "si Dieu est avec nous, qui peut être contre nous?" demande saint Paul (Rm 8, 31).

Nous nous sommes attardés sur le chapitre des dangers imminents de mort qui nous inspirent naturellement les craintes les plus redoutables, surtout lorsqu'il n'y a aucun espoir humain d'y échapper, pour mettre en évidence que lorsqu'on ne peut trouver de salut, ou de soulagement à nos angoisses, en aucun moyen humain ou temporel, il y a toujours Dieu, vers lequel nous pouvons et devons nous tourner : un Dieu qui nous aime, un Dieu qui est vraiment notre Père infiniment sage et tout-puissant. Les dispositions qui nous tournent vers Lui demeureront toujours les remèdes les plus fondamentaux aux plus graves formes de l'anxiété et de l'angoisse, comme, à plus forte raison, à leurs formes plus légères.

Les dangers de mort auxquels il est possible d'échapper

Se trouve-t-on maintenant devant des dangers de mort laissant quelque espoir humain de les surmonter, il faut d'abord compter sur l'aide de Dieu, tout en recourant aux moyens naturels à notre portée. Dans les dangers qui menacent notre vie, on craint de mourir parce qu'on se sent impuissant à en triompher par nos propres forces. Dans la mesure que nous pouvons obtenir l'aide qui augmentera nos forces et nous rendra capables d'affronter le danger et de soutenir la lutte, nous devons tout faire pour aller la chercher : du côté de protecteurs, de défenseurs, d'amis plus puissants que nous, d'intervenants qui peuvent nous apporter le concours de leur expérience, de leur science et de leur habileté, selon la source d'où vient le danger de mort pour nous. Les vertus qui doivent régler notre conduite dans de tels cas sont l'humilité, la confiance, la prudence, la patience et la persévérance. L'humilité nous met dans la vérité en ce qui concerne à la fois le danger et les forces que nous avons pour y résister. La confiance nous pousse à recourir au pouvoir des autres. La prudence nous éclaire sur les moyens les plus aptes à chercher et à prendre pour survivre, puisque notre vie est en danger. La patience est l'expression de la force d'âme plongée dans la souffrance. La persévérance, qui perfectionne la patience, est la condition de la victoire dans les luttes les plus difficiles où la souffrance et la peine nous suggèrent à certains moments de tout abandonner.

Certes, il peut y avoir des peurs objectivement justifiées et qui ne comportent pas de danger de mort. Par exemple, la peur justifiée de perdre ses biens, de perdre sa réputation, c'est-à-dire d'être diffamé, de perdre sa liberté et sa sécurité en étant soumis à une autorité tyrannique. Dans ces cas, tous les remèdes à la fois surnaturels et naturels déjà mentionnés pour les angoisses entraînées par des maux encore plus redoutables, conservent toute leur valeur. S'il faut mettre l'accent sur quelque disposition intérieure pour vaincre des peurs objectivement justifiées sans qu'il y ait danger de mort, ce devra être sur le détachement des biens de ce monde, et de soi-même. Un tel détachement qui, pour être parfait, exige l'amour surnaturel de Dieu par-dessus tout, a déjà été pratiqué, d'une façon remarquable, par des philosophes païens, et il leur a donné d'acquérir une grande liberté intérieure, en n'étant plus dominés par les peurs venant de l'ambition, de l'orgueil et des différents vices d'autres hommes.

Les peurs partiellement justifiées

Il existe un autre ordre de peurs, qui peuvent causer de l'angoisse, mais qui ne reposent que partiellement sur un fondement objectif. Dans ces peurs, l'imagination joue un rôle plus ou moins grand. Par exemple, une personne demeure dans un milieu perturbé, où elle ne se sent pas en sécurité ; ou bien elle a été elle-même victime d'une expérience traumatisante dans le passé et elle a jusqu'à un certain point raison de craindre son milieu de vie. Mais en même temps, elle est hyperémotive et son système nerveux est tellement ébranlé que la peur la domine continuellement. Elle a tendance à s'imaginer que les pires malheurs vont lui arriver. Le motif de la peur qui l'obsède est fondé autant sinon davantage sur les représentations de son imagination que sur la réalité objective des dangers reliés à son milieu de vie.

Dans des cas semblables, les erreurs de jugement sur la ou les causes des peurs sont fréquentes. L'angoisse trouble le jugement et empêche de voir clair. Toute la responsabilité des peurs éprouvées est rejetée sur des causes extérieures, et on ne se rend pas compte de l'importance du rôle qu'y joue l'imagination.

Pour toutes les peurs relatives à un milieu de vie plus ou moins pénible, en raison des désordres qui s'y manifestent, il importe, certes, de discerner dans quelle mesure les menaces à la sécurité personnelle venant du milieu sont réelles, et dans quelle mesure elles sont imaginaires, avant de prendre la décision de changer de milieu. Si les dangers extérieurs venant du milieu s'avéraient beaucoup plus imaginés que réels, changer de mileu ne serait pas un remède à l'angoisse et pourrait même l'augmenter, car l'imagination continuerait son jeu dans un autre milieu et serait capable d'inventer de nouveaux dangers peut-être plus graves. On doit toujours se défier de soi-même et se poser des questions sur son propre équilibre émotif. C'est le discernement fondé sur l'humilité, condition de la véritable connaissance de soi-même, qui doit dicter l'attitude à prendre. La prière est nécessaire à ce discernement. Comme l'a découvert Alexis Carrel, l'homme qui prie "se voit tel qu'il est. Il découvre son égoïsme, son orgueil stupide, ses craintes, ses cupidités, ses erreurs. Il développe en lui-même le sens de ses obligations morales et l'humilité intellectuelle".

D'autre part, pour les peurs relatives au comportement hostile ou négatif de certaines personnes qui influenceraient notre milieu de vie habituel ou professionel, avant de prendre la décision de s'en retirer, il faut voir si l'application de certains remèdes préventifs ne serait non seulement possible mais pacifierait totalement la situation. Ces remèdes préventifs consistent en l'audace de faire du bien à nos ennemis actuels ou potentiels, en leur manifestant toujours un esprit positif de bienveillance, de compréhension et de charité. Par ces dispositions, qui supposent une bonne dose de renoncement et notamment de patience, d'ennemis on peut se faire des amis, tant l'amour du prochain enseigné par Jésus-Christ est fort et peut éteindre les grands et petits foyers de guerre, qui sèment partout peurs, angoisse et terreur.

Les peurs nullement justifiées

Il y a enfin, des peurs non justifiées objectivement. Ces peurs responsables de beaucoup d'angoisse sont à combattre absolument. Elles naissent soit de désordres moraux ou de déséquilibres psychologiques.

- Les peurs venant de désordres moraux

Comme désordres moraux, les attachements désordonnés et l'orgueil causent d'innombrables peurs, qui deviennent le champ d'action privilégié du démon. Parce qu'on est attaché à l'argent, on a peur de le perdre, et cette peur peut déterminer une profonde anxiété. Si je suis attaché à une personne d'une façon désordonnée, j'aurai peur d'être privé de son affection ; la solitude va alors m'effrayer d'une façon exagérée. De même, la perspective d'être privé de plaisirs et du confort auxquels je suis attaché peut engendrer en moi la peur d'être incapable de vivre sans ces plaisirs et ce confort et me déprimer totalement. Et encore, si je suis attaché à ma situation, à mon emploi d'une façon désordonnée, la possibilité de perdre les avantages que je possède au plan social va m'angoisser.

L'orgueil entraîne avec lui une multitude de peurs: la peur d'être humilié, méprisé, calomnié, rebuté, oublié, la peur d'être ridiculisé, injurié, soupçonné, mal jugé, désapprouvé, rejeté, condamné, etc.

Au plan du témoignage que nous devons rendre aux vérités les plus hautes, l'orgueil engendre le respect humain, qui est la crainte d'affirmer notre foi dans un milieu qui lui est hostile. L'orgueil, dans son expression de vaine gloire, serait aussi, selon saint Jean Climaque, la source première de la timidité, qui est la servitude de l'âme à une crainte puérile.

De toutes ces peurs, dues à nos passions déréglées, le démon se sert pour nous angoisser, nous faire craindre l'opinion des autres, et finalement nous empêcher de faire la volonté de Dieu. Les remèdes à ces peurs sont dans le discernement de leurs sources empoisonnées et le combat spirituel qu'il nous faut mener pour être libérés de nos vices et acquérir les vertus contraires. Les Pères du désert et les maîtres spirituels des premiers siècles chrétiens, dont, entre autres, saint Ignace de Loyola et Saint-François de Sales ont recueilli l'héritage, sont d'excellents guides pour la grande entreprise du combat spirituel, qui a pour but la délivrance de l'âme de toutes ses affections désordonnées, et par suite la guérison de ses peurs maladives. Le combat spirituel ne requiert pas moins de lumière et de force pour en sortir pleinement victorieux, que la fidélité absolue à Dieu devant les menaces de mort.

- Les peurs venant de désordres psychologiques

Beaucoup de peurs sont relatives à un déséquilibre émotionnel ou encore à une fausse perception des personnes, des lieux, des événements, des situations, des signes extérieurs. Telle personne sera perçue comme menaçante, alors qu'elle ne l'est nullement. Tel lieu sera perçu, sans raison, comme dangereux et inspirera même la panique. Tel événement sera perçu comme négatif et nuisible, contrairement à la réalité. Telle situation apparaîtra comme le fruit d'une coalition de personnes mal intentionnées, comme le résultat d'un complot. Tel signe, tel geste seront interprétés comme chargés d'un vouloir et même d'un pouvoir de destruction. Outre le cas où il s'agirait de superstitions, les peurs de ce genre appartiennent au vaste domaine des phobies, s'enracinant dans des désordres des sentiments et des pensées, qui affectent négativement le comportement. Les désordres émotionnels sont en grande part responsable de l'angoisse et de la panique.

La guérison de ces peurs exige des remèdes à la fois naturels et surnaturels. Des remèdes naturels en soumettant en autant que possible ces peurs au contrôle de la raison, en les affrontant progressivement de manière à aller de petites victoires en victoires plus importantes, et en recourant dans la mesure nécessaire à une thérapie adaptée.

Soumettre ses peurs au contrôle de la raison ne signifie pas d'en devenir exempts, ou de ne plus les ressentir. Car les émotions précèdent l'agir rationnel, en ce sens qu'avant d'avoir eu le temps de réfléchir, elles ont déjà agi sur le corps en y provoquant des changements physiologiques. Soumettre ses peurs à la raison - ou à ce qu'on appelle aujourd'hui l'intelligence cognitive - signifie de ne pas se laisser dominer par elles, de s'interdire d'agir ou de ne pas agir sous leur impulsion, même si on les ressent vivement. Une personne angoissée entre dans le chemin de la guérison de sa maladie émotive, lorsque par la conscience qu'elle en prend et l'effort qu'elle fait contre leur mouvement irrationnel, elle ne se laisse plus vaincre et entraîner par ses peurs. La guérison ne peut être que progressive. C'est très important de le comprendre. Les réactions physiques causées par l'angoisse s'atténuent dans la mesure du contrôle progressif de la raison sur les peurs. Il sera donc possible d'avoir encore des réactions physiques de peurs tout en ne se laissant pas conduire par elles, et donc après avoir fait un immense progrès au plan de la liberté intérieure.

Parce qu'il y a une interaction entre les émotions et le corps, les émotions agissant directement sur le corps et les dispositions corporelles ayant un effet sur l'équilibre émotif, plus d'un psychiatre aujourd'ui privilégie une approche corporelle pour guérir les désordres émotionnels.

C'est ainsi que le Dr. R.J. Callahan, psychiatre américain, selon qu'il en témoigne dans ses livres "The Rapid treatment of panic, Agoraphobia and Anxiety" et "The Anxiety-Addiction Connection", a mis au point des techniques de traitement des désordres émotionnels, en intégrant, par de légères pressions sur des centres précis du corps, des éléments de la médecine traditionnelle chinoise à la psycho-thérapie. Par sa méthode qu'il appelle "Thérapie du Champ mental" (en anglais, Thought Field Therapy), et qui comporte trois niveaux, où le but de la santé spirituelle n'est pas absent, il aurait obtenu de bons résultats.

Par ailleurs, le Dr. David Servan-Schreiber, paychiatre français, par ses recherches et son expérience clinique, a fait la découverte d'une nouvelle médecine des émotions sans médicaments ni psychothérapies interminables. Pour "Guérir le stress, l'anxiété et la dépression sans médicaments ni psychanalyse" (titre de son livre - éd. Robert Laffont, Paris, 2003), il propose sept méthodes qu'il croit particulièrement efficaces : l'intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires (EMDR), la régularisation du rythme cardiaque pour contrôler les émotions, la synchronisation des horloges biologiques, l'acupuncture, l'exercice physique, l'apport d'acides gras (méga-3), les techniques de communication affective.

Ces méthodes qui visent toutes à l'amélioration de l'équilibre organique, condition de l'équilibre émotionnel, peuvent sûrement contribuer d'une façon notable à la guérison de l'angoisse ; elles ont le grand avantage d'éviter à l'organisme d'être agressé, souvent d'une façon dangereuse, par les effets secondaires négatifs des médicaments psychotropes, qui gèlent les émotions au lieu de les maîtriser. Mais on n'en peut espérer des remèdes adéquats aux causes les plus profondes des désordres émotionnels, car ces causes sont beaucoup plus intérieures à chaque personne qu'elles ne lui sont extérieures. Ce n'est pas seulement le corps et ses facultés sensibles qui sont malades, mais c'est par-dessus tout l'âme, dans la mesure qu'elle est dominée par des passions déréglées. Cette âme certes est intimement liée au corps et elle en dépend dans toutes ses relations au monde extérieur, mais sa santé propre dépend de sa vie intérieure qui, en raison du péché originel, a besoin pour atteindre sa plénitude de la grâce du Christ, le divin Médecin "envoyé par le Père, comme l'écrit J.C. Larchet dans "Thérapeutiques des maladies mentales" (Paris, Cerf, 1997, p. 287) pour guérir les hommes malades à cause du péché originel et obtenir que la nature humaine recouvre sa santé originelle".

Annexe II

La Force des Martyrs

Saint Ambroise célèbre ainsi la force d'âme de la petite sainte Agnès qui la fait triompher de toutes les menaces et de la peur de la mort :

"On rapporte qu'elle avait treize ans quand elle souffrit le martyre. Cruauté détestable du tyran qui n'épargne pas un âge si tendre; mais, plus encore, merveilleuse puissance de la foi, qui trouve des témoins à cet âge ! Y avait-il place en un si petit corps pour les blessures ? À peine l'épée trouvait-elle sur cette enfant un lieu où frapper; et cependant Agnès avait en elle de quoi vaincre l'épée.

À cet âge, la jeune fille tremble au regard irrité de sa mère ; une piqûre d'aiguille lui arrache des larmes, comme ferait une blessure. Agnès, intrépide entre les mains sanglantes des bourreaux, se tient immobile sous le fracas de lourdes chaînes qui l'écrasent; ignorante encore de la mort, mais prête à mourir, elle présente tout son corps à la pointe du glaive d'un soldat furieux. La traîne-t-on malgré elle aux autels, elle tend les bras au Christ à travers les feux du sacrifice, et sa main forme, jusque sur les flammes sacrilèges, ce signe qui est le trophée du Seigneur victorieux. Son cou, ses deux mains, elle les passe dans les fers qu'on lui présente ; mais on n'en trouve pas qui puissent serrer des membres encore si petits.

Nouveau genre de martyre ! la vierge n'a pas l'âge du supplice, et déjà elle est mûre pour la victoire ; elle n'est pas mûre pour le combat et déjà elle est maîtresse en fait de courage. L'épouse ne marche pas vers le lit nuptial avec autant d'empressement que cette vierge qui s'avance, pleine de joie, d'un pas dégagé, vers le lieu de son supplice, parée non d'une chevelure artificieusement disposée, mais du Christ ; couronnée non de fleurs, mais de pureté.

Tous étaient en pleurs ; elle seule ne pleure pas. On s'étonne qu'elle prodigue si volontiers une vie qu'elle n'a pas encore goûtée ; qu'elle la sacrifie, comme si elle l'eût épuisée. Tous admirent qu'elle soit déjà le témoin de la divinité, à un âge où elle ne pourrait encore disposer d'elle-même. Sa parole n'aurait pas valeur dans la cause d'un mortel ; on la croit aujourd'hui dans le témoignage qu'elle rend à Dieu. Et en effet, une force qui est au-dessus de la nature ne saurait venir que de l'auteur de la nature.

Quelles terreurs n'employe pas le juge pour l'intimider ! Que de caresses pour la gagner ! Combien d'hommes la demandèrent pour épouse ! Elle s'écrie : "La fiancée fait injure à l'époux si elle se fait attendre. Celui-là m'aura seul, qui le premier m'a choisie. Que tardes-tu, bourreau ? Périsse ce corps que peuvent aimer des yeux que je n'agrée pas !"

Elle se présente, elle prie, elle courbe la tête. Vous eussiez vu trembler le bourreau comme si lui-même eût été condamné; sa main était agitée, son visage était pâle sur le danger d'un autre, pendant que la jeune fille voyait sans crainte son propre péril. Voici dans une seule victime, un double martyre : l'un de chasteté, l'autre de religion. Agnès demeura vierge, et elle obtint le martyre".

Prière de confiance

J'aime ! car Dieu écoute
le cri de ma prière ;
il penche vers moi son oreille,
le jour où j'appelle.
les lacets de la mort m"enserraient,
les filets des enfers ;
l'angoisse et l'ennui me tenaient,
j'appelai le nom de Dieu.
Seigneur, délivre mon âme !
Le Seigneur est justice et pitié,
notre Dieu est tendresse ;
Le Seigneur défend les petits,
j'étais faible, il m'a sauvé.
Retourne mon âme à ton repos,
car le Seigneur t'a fait du bien ;
Il a gardé mon âme de la mort,
mes yeux des larmes
et mes pieds du faux pas,
Je marcherai en présence du Seigneur
sur la terre des vivants.

(Psaume 114)

YT Source http://www.lumenc.org/yt/malangoisse.html

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