www.lumenc.org DUCCIO di Buoninsegna, Guérison de l'aveugle / Healing of the Blind Man, 1308-11, Detail, Tempera on wood, 43 x 45 cm, National Gallery, London
  Les maladies de l'âme

Qu'entend-on par "maladies de l'âme"

Introduction aux maladies de l'âme

L'art médical spirituel selon Philoxène de Mabboug

L'orgueil

L'Ennui ou la dépression spirituelle (l'acédie)

La Tristesse

La Colère

L'Inquiétude

La Jalousie

Le Mensonge

L'Angoisse

La Gourmandise

La Cupidité ou l'avarice

Les Désordres de Nature Sexuelle ou La Luxure

La dépendance affective

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La Jalousie

De la jalousie, nous exposerons d'abord la nature, puis ce qui en fait une maladie spirituelle, le caractère diabolique de cette maladie, ses effets néfastes sur l'âme et sur le corps, et enfin ses remèdes.

1. La nature de la jalousie

Saint Thomas d'Aquin a fait une analyse très fine de la jalousie et de son lien existentiel avec l'envie. L'envie est essentiellement une tristesse ; c'est la tristesse du bien d'autrui. Le langage courant associe à ce point jalousie et envie qu'il les confond, mais en réalité ce sont deux sentiments distincts.

L'envie désigne le mauvais oeil qui ne peut voir le bien d'autrui sans s'en attrister, tandis que la jalousie est un amour passionné qui n'admet pas de partage. M. de La Rochefoucauld, dans ses Maximes, a bien saisi la différence entre jalousie et envie : "La jalousie, écrit-il, tend à conserver un bien qui nous appartient ou que nous croyons nous appartenir, au lieu que l'envie est une fureur qui ne peut souffrir le bien des autres" (Maximes, éd. Firmin-Diderot, p. 153). La distinction de la jalousie et de l'envie n'est pas difficile à comprendre; dans la pratique cependant, la jalousie est habituellement si pénétrée d'envie qu'elle en épouse la tristesse et la fureur. Avec saint Thomas, on peut dire plus précisément que la jalousie est une espèce d'envie: c'est l'envie qui naît de l'émulation et du zèle. Les autres espèces d'envie, selon Maître Thomas, sont celle qui naît de la crainte, celle qui naît de l'indignation, et celle qui naît de l'orgueil. Dans l'envie, qui naît de l'émulation ou du zèle, et qui est à proprement parler la jalousie, la tristesse du bien d'autrui que ressent la personne jalouse vient d'un amour si vif et si intense qu'il ne peut tolérer rien de ce qui lui répugne ou le contrarie.

La personne jalouse devient triste à la pensée, qui naît du soupçon, qu'elle n'a pas tout le coeur de son bien-aimé ou de sa bien-aimée. Cette tristesse torture tellement l'âme que la personne jalouse vit dans une inquiétude perpétuelle, une méfiance qui la pousse à surveiller la personne qu'elle dit aimer ­ dans ses paroles, dans ses attitudes, dans ses actes, dans ses allées et venues ­ essayant d'y trouver quelque justification à ses soupçons. Elle a tôt fait de conclure dans le sens de ses appréhensions. D'où le mensonge qui s'insère de plus en plus dans son esprit ; et ce mensonge consiste dans une fausse certitude qu'elle se fabrique à partir de son imagination. Oui, mon mari me trompe, pense la femme jalouse, parce qu'avec moi il n'a pas les mêmes prévenances, les mêmes gentillesses qu'avec telle ou telle autre dame. Oui, ma femme me trompe, dira un mari jaloux, parce qu'elle aime trop le monde, elle aime trop s'évader de la maison. Devant tel ou tel monsieur, elle semble séduite; ses yeux deviennent brillants, alors que depuis bien longtemps elle ne me regarde plus ainsi. C'est certain qu'elle m'est infidèle, soupire-t-il. En réalité, lorsqu'il y a jalousie, il ne peut pas ne pas y avoir de la tristesse non seulement dans la personne jalouse, mais aussi dans la personne victime de la jalousie. La tristesse que la personne jalouse remarque, pour se justifier, chez la personne qu'elle voudrait posséder toute entière est un effet de sa propre jalousie. C'est ainsi que la jalousie engendre chez les autres la tristesse dont elle se nourrit elle-même.

2. La jalousie-vertu et la jalousie-maladie

Nous avons vu que la tristesse est une grave maladie de l'âme, mais cependant pas toujours. Car il peut y avoir une bonne tristesse, celle qui s'origine dans la prise de conscience du mal dont nous sommes responsables, et qui engendre la contrition conduisant l'âme à la conversion. Toute tristesse qui n'est pas orientée vers le bien de l'âme, ou encore s'inscrirait dans la poursuite d'un bien temporel avec des sentiments contraires à l'amour de Dieu ou du prochain, sera toujours une maladie très nuisible à l'âme. Il en va ainsi pour l'envie qui naît de l'émulation ou du zèle, c'est-à-dire la jalousie. Si une personne aime Dieu d'un amour ardent, qui s'attriste de le voir offensé, son amour jaloux de Dieu est vertueux. De même, si quelqu'un s'attriste de la prospérité des méchants, parce qu'il souffre de la haine qu'ils ont envers Dieu et du mal qu'ils répandent dans la société, son zèle est évidemment vertueux. Ainsi saint Thomas d'Aquin n'hésite pas à affirmer qu'il peut exister une jalousie vertueuse, si elle a pour objet les biens spirituels et nous stimule à égaler et même à surpasser en matière de perfection des rivaux. Ce zèle peut être louable encore, dit-il, lorsqu'il est appliqué à la poursuite de biens terrestres, pourvu qu'il ne comporte rien de déshonnête et ne soit pas inspiré par l'égoïsme et l'orgueil.

La jalousie, maladie de l'âme, est toujours inspirée par un égoïsme exclusif, qui veut être seul à jouir d'un bien et qui ne souffre aucun concurrent. Elle manifeste donc un amour égoïste, passionné, radicalement ouvert à une haine, pouvant être féroce, envers quiconque pourrait menacer la possession du bien auquel le coeur est attaché d'une façon désordonnée. C'est que la personne jalouse est une personne dont l'amour pour une autre n'est nullement un amour d'amitié ­ qui ne peut pas exister sans gratuité et désintéressement ­ mais reste au niveau d'un amour de convoitise. La jalousie, alors, dans la mesure où aucun remède efficace ne lui est appliqué, est en réalité ennemie de l'amitié à la façon d'une force aveugle qui la détruit. Elle s'oppose donc à cette amitié surnaturelle qu'est la charité. La personne jalouse, incapable d'aimer vraiment, est toujours inquiète, anxieuse, au sujet de l'objet de son attachement ; son esprit est vite envahi de soupçons, qui la portent à de fréquents jugements téméraires et à des accusations injustes d'infidélité. Elle craint constamment qu'une rivale lui soit préférée. Elle considère que l'être qu'elle aime, ou une fonction honorable qu'elle occupe elle-même, lui appartient, qu'elle en est la propriétaire. Sa passion la rend ombrageuse, intransigeante et toujours prête à se dresser contre tout ce qu'elle pense être un obstacle à ce qu'elle estime son droit exclusif de possession. La personne jalouse est incapable d'être magnanime; elle est pusillanime, remarque saint Thomas, comme les petits enfants qui n'ont pas encore appris à partager, ou encore comme les vieillards aigris qui ne veulent pas être supplantés par des jeunes. Son attachement désordonné, avant d'être une cause de souffrances pour les autres, la fait terriblement souffrir ; il est pour elle-même la souce empoisonnée d'un profond malheur.

On voit ainsi combien de sentiments négatifs entrent dans la jalousie : l'inquiétude, la crainte de perdre le bien qui veut être possédé exclusivement, la tristesse de voir ou même d'imaginer ce bien partagé et éventuellement possédé par d'autres, l'orgueil, la colère, le mensonge qui ne s'arrête pas devant de graves injustices comme la ruine de la réputation du prochain, la haine pouvant être mortelle. L'orgueil, en effet, est le sentiment exagéré de sa propre excellence, s'accompagnant d'un certain mépris à l'égard des autres, surtout des personnes jugées comme rivales. Car s'il arrive qu'une rivale soit préférée à la personne jalouse, dans l'exercice d'une fonction par exemple, l'amour-propre réagit d'une façon très désagréable. À mesure que la passion de jalousie s'empare de l'âme, monte en elle l'indignation et la colère, source d'agressivité intérieure et extérieure. Le mensonge fait partie de la jalousie dans sa genèse et dans son fruit. D'abord dans la genèse de la jalousie, tout est à base de mensonge, en raison d'une fausse perception de la réalité qui est crue par la personne jalouse comme une vérité indiscutable. Croyant fermement au mensonge que son imagination impose à son intelligence, la personne jalouse peut devenir extrêmement injuste et méchante à l'égard de personnes faussement perçues comme infidèles ou rivales. Comme le mensonge engendre le mensonge, que peut-il sortir de la bouche d'une personne jalouse sinon cette forme odieuse de mensonge qu'est la calomnie? La jalousie enfonce l'âme dans des péchés si détestables et la plonge finalement dans une haine si violente que les Pères de l'Église l'ont qualifiée de vice diabolique par excellence.

3. Le caractère diabolique de la jalousie

Parmi les Pères, saint Cyprien, dans son Instruction pastorale sur la jalousie et l'envie (De Zelo et livore), a insisté particulièrement sur son caractère diabolique, en raison de son origine, de ses effets, du nombre et de la gravité des vices qui lui sont affiliés.

L'origine de la jalousie, en tant qu'elle participe à la malice de l'envie, saint Cyprien l'établit dans les anges rebelles. Car c'est par jalousie des dons de Dieu dans l'homme, écrit-il, que Satan a tenté et fait tomber nos premiers parents. Le péché a donc fait son entrée dans le monde par la jalousie du démon. La Sainte Écriture, affirme-t-il, manifeste en plusieurs endroits les effets désastreux de la jalousie. C'est la jalousie qui a fait dresser Caïn contre Abel. C'est sous l'empire de la jalousie qu'Esaü a formé contre Jacob des projets homicides. C'est par jalousie que Joseph a été vendu par ses frères. C'est par jalousie que David fut persécuté par Saül. Et n'est-ce pas la jalousie qui a allumé dans le coeur des Juifs une haine mortelle contre Notre-Seigneur Jésus-Christ ?

Concernant spécifiquement la progéniture de l'envie, qui habite toujours à différents degrés la jalousie-maladie spirituelle, saint Cyprien écrit:

"L'envie est la racine de tous les maux ; elle est une source de désastres, une pépinière de péchés, une matière à fautes. De là découle la haine, de là procède l'animosité. C'est l'envie qui enflamme la cupidité ; cet homme ne sait plus se contenter de ce qu'il possède parce qu'il en voit un autre plus riche que lui. C'est l'envie qui allume l'ambition à l'aspect d'un rival plus élevé en honneurs. C'est l'envie qui, aveuglant notre intelligence et tenant notre âme sous le joug, nous fait mépriser la crainte de Dieu, négliger les enseignements du Christ et oublier le jour du jugement. Par elle, l'orgueil s'enfle, la cruauté s'emporte, la perfidie prévarique, l'impatience s'agite, la discorde sévit, la colère bouillonne. Une fois asservi à cette domination étrangère, l'homme n'est plus capable de se contenir ni de se gouverner. On brise dès lors le lien de la paix du Seigneur ; on viole tous les devoirs de la charité fraternelle ; on corrompt la vérité par un mélange adultère ; on déchire l'unité ; on se précipite dans l'hérésie et dans le schisme, en décriant les prêtres, en jalousant les évêques... ou bien en refusant d'obéir à un chef. De là les oppositions, les révoltes : l'envie va se transformer en orgueil ; elle fait d'un rival un pervers; et ce que l'on poursuit dans les autres, c'est moins la personne que sa fonction" (De Zelo et livore, VI).

De son côté, saint Grégoire le Grand cité par saint Thomas d'Aquin énumère ainsi les filles ou rejetons de la jalousie : «De la jalousie naissent la haine, le murmure malveillant, le dénigrement, la satisfaction de voir le prochain en difficulté, et la déception de le voir prospérer ». (Moral.,31, cap. 45).

Massillon, dans un sermon célèbre sur la jalousie, affirme que "de toutes les passions qui les opposent à la vérité, la jalousie est la plus dangereuse, parce qu'elle est la plus difficile à guérir; c'est un vice qui mène à tout, parce qu'on se le déguise à soi-même".

4. Les effets de la jalousie sur l'âme et le corps

Les effets de la jalousie sont d'abord d'ordre moral. Elle fait perdre à l'âme la grâce de Dieu et la paix et la remplit d'amertume. Elle plonge l'âme dans une profonde tristesse. Elle la replie sur elle-même et lui fait broyer du noir. Elle la rend toute négative. Elle nourrit en elle une colère qui la dessèche. Elle allume au fond du coeur de bas sentiments de rancune, de haine, de vengeance, qui ne s'assouvissent qu'en détruisant la réputation d'autrui et parfois aboutissent à une inimitié mortelle.

Comme toute tristesse prolongée, la jalousie exerce aussi sur la santé corporelle une funeste influence. Elle est certes une cause de dépression. Elle nuit au bon fonctionnement de l'organisme, notamment des organes de la digestion. Elle est comme un feu intérieur qui consume l'énergie physique. Elle flétrit la beauté du visage en lui enlevant son rayonnement naturel et sa sérénité. Elle assombrit les traits extérieurs. L'expérience vérifie pleinement ce que dit l'Esprit-Saint au livre de Job: Rien ne fait plus de tort à la santé du corps que l'envie et la colère. (Job.5,2).

Sainte Hildegarde est convaincue de l'action négative de la jalousie particulièrement sur le coeur, augmentant de ce fait le risque de maladies cardio-vasculaires. Le Dr. Gottfried Hertzka, dans son livre "Manuel de la médecine de Sainte Hildegarde" écrit à ce sujet : "La jalousie fait du coeur de l'homme une caverne de voleur, et elle est donc l'un des facteurs décisifs de risque pour le coeur et la circulation. On peut donc aussi «blémir de jalousie» car celle-ci amène les vaisseaux à se crisper et à provoquer une mauvaise circulation. Hildegarde écrit que la jalousie chasse de l'homme la dernière force de vie. Dès que la jalousie s'allie à la haine, sa soeur cadette, elle met en mouvement toutes les forces psychiques et séduit les masses humaines. Comme elle dispose d'une plus grande science que toutes les autres, la jalousie abuse de son savoir et de la science pour faire clandestinement de grands torts aux hommes. Qui ne pense pas là aux grands révolutionnaires qu'une opposition provoquée par la jalousie entraîne à mettre le monde en pièces pour le changer. Comme l'envieux n'a que mépris pour le bien qui est dans l'homme, il empêche le développement personnel de ses propres semblables et fait obstacle ainsi au bien de l'humanité. Aussi est-il combattu par l'amour du prochain. (Manuel de la Médecine de Sainte Hildegarde, éd. Résiac, 1988, p. 100).

L'histoire du monde témoigne concrètement jusqu'à quel point la jalousie a porté atteinte au bien de l'humanité. Que de calomnies, de rapports malicieux, d'injustes persécutions dont elle a été la cause sans parler des oeuvres qu'elle a entravées ou qu'elle a fait supprimer ! C'est pourquoi elle a toujours été considérée comme un des pires ennemis de la religion et de la société.

5. Les remèdes à la jalousie

Voici les principaux remèdes à la jalousie :

­ La charité à l'égard du prochain

La jalousie, profondément enracinée dans l'égoïsme, blesse premièrement et directement la charité à l'égard du prochain. Elle ne peut être guérie que par la renaissance de l'âme à une authentique charité, qui exige, comme nous l'avons dit, gratuité et désintéressement. Ce véritable amour, qui cherche le bien du prochain, requiert le renoncement à tout attachement désordonné, et donc à sortir de son égoïsme. Il demande donc de mortifier en soi la volonté de posséder une autre personne, qui n'est plus traitée comme un sujet libre mais comme un objet qu'on utilise selon son intérêt. Ce principe de détachement affectif qui, seul, permet le respect de la liberté d'autrui, doit être appliqué au vaste domaine des relations interpersonnelles, c'est-à-dire dans les relations conjugales et familiales, les relations amicales, les relations de travail. Les personnes qui souffrent de cette douloureuse maladie qu'est la jalousie, doivent apprendre avant tout à aimer; à aimer vraiment, sans mesquinerie, mais d'une façon magnanime, avec un grand coeur, qui, au lieu de s'attrister, se réjouit du bonheur et des avantages du prochain, fût-il perçu d'abord comme un rival. Cette vraie charité est la voie nécessaire de la sanctification. Comment peut-on se sanctifier si l'on garde dans son coeur des sentiments de jalousie, si contraires à la charité évangélique ?

Mais comment pratiquer une telle charité qui réclame l'oubli de soi pouvant aller jusqu'à un effacement très délicat, dans un monde où la première valeur est l'affirmation de soi, l'autre dût-il en être écrasé ? Ce n'est pas possible sans une foi vécue en Jésus-Christ, l'Amour infini incarné et source vive de tout véritable amour. C'est seulement dans son Coeur que les hommes peuvent puiser l'authentique charité, qui tue en eux-mêmes l'égoïsme et fait vivre le prochain. Ce qui signifie que sans une union intime avec Jésus-Christ, dans une prière confiante et la réception fréquente des sacrements, le mal de la jalousie ne pourra jamais être pleinement vaincu.

­ L'humilité

Une âme vraiment humble ne saurait être jalouse. C'est l'orgueil qui lui fait concevoir le désir d'être préférée aux autres, ou encore d'obtenir le premier rang dans l'estime de quelqu'un en repoussant toute personne rivale. C'est l'orgueil qui lui inspire la crainte lancinante d'être rejetée ou de perdre certains avantages qu'elle possédait ou s'estimait en droit de posséder, à l'exclusion des autres. Entre le manque d'estime de soi, qui caractérise les pusillanimes et les déprime, et cette estime exagérée de soi-même qu'est l'orgueil, il y a place pour une juste estime de soi-même, fondée avant tout sur la certitude d'être aimé de Dieu et sur la confiance en son aimable Providence. La soumission habituelle de l'âme à ce que Dieu veut ou permet, qui s'épanouit dans l'abandon de toute sa vie à la Providence, requiert une profonde humilité, antidote aux prétentions égoïstes de la jalousie. Comment acquérir cette vertu de l'humilité contredite par les tendances de notre pauvre nature blessée par le péché originel ? Encore là, la réponse est dans une sincère conversion à Jésus-Christ, à son divin Coeur doux et humble.

­ Cultiver la joie

Bien pire que l'ennui de l'acédie, la jalousie est une tristesse déprimante. Cette tristesse qui torture l'âme ne lui laisse aucun repos, aussi longtemps qu'elle n'accepte pas de faire son deuil de l'objet de son attachement désordonné, que ce soit une personne, un poste honorable ou des biens matériels. Comme l'âme peut renaître à une authentique charité, elle peut aussi recouvrer la joie spirituelle, ou en faire la découverte émerveillée si elle n'y a jamais goûté. La joie du coeur diffère essentiellement du plaisir incapable de rassasier sa soif de bonheur. La joie du coeur vient de l'expérience de Dieu, qui plonge l'âme dans son infinie douceur. La jalousie est source de tristesse parce qu'en allumant dans l'âme une soif ardente des plaisirs de la terre ­ soif frustrée inévitablement un jour ou l'autre ­ elle la détourne de Dieu et de ses incroyables dons. Pour guérir de la jalousie, il faut arriver, avec la grâce de Dieu, à détacher son coeur des créatures pour l'attacher par-dessus tout à la bonté et à la beauté du Créateur. Si l'âme est ainsi attachée à Dieu, source du plus pur bonheur, elle sera contente de Dieu en tout ce qu'Il fait et en tous les événements qu'Il permet. Elle sera habituellement dans la joie, de sorte qu'il n'y aura plus de place en elle pour l'affreuse tristesse de la jalousie, d'autant plus qu'elle sera pleine de reconnaissance pour les dons reçus de Dieu et ceux qu'il répand abondamment sur autrui.

Au plan de la vie naturelle, pour vaincre la tristesse de la jalousie, saint Thomas d'Aquin, en bon psychologue, conseille de faire diversion, de se procurer quelque honnête distraction qui aide l'âme à sortir du marasme où la jette cette noire passion (S. Théol. IIa IIae q.38).

­ L'honnêteté et la vérité

La jalousie se fonde sur les mensonges qu'on se dit d'abord à soi-même et elle s'en nourrit. Si d'autres personnes entrent dans ces mensonges par vaine complaisance, elle s'en trouve d'autant plus fortifiée. La raison pour laquelle cette passion est si difficile à déraciner du coeur, c'est qu'elle s'y attache fermement par un tissu de mensonges, crus comme des vérités absolues. Pour en guérir, il faut accepter de poser un regard vraiment honnête sur soi-même et sur les autres ; il faut accepter de mettre en question ses impressions et ses fausses certitudes. Ne rien croire de ce que représente l'imagination à l'intelligence, à moins d'en avoir été témoin oculaire d'une façon ne laissant place à aucun doute sur les faits et les intentions. Les faits eux-mêmes peuvent être mal perçus ou mal interprétés ; pour les saisir dans leur vérité objective, le coeur doit être libéré de tout préjugé et de tout sentiment négatif de méfiance, de crainte exagérée et de rancune. Cette pureté de coeur requiert une vigilance continuelle sur ses sentiments et ses pensées. La jalousie ne peut être surmontée que par l'âme qui se met à chercher intensément la vérité, toujours prête à renoncer à ses plus subtiles contrefaçons. Sans l'aide du Seigneur Jésus, qui a dit : " Je suis la vérité" et encore "la vérité (que j'apporte au monde) vous rendra libres", sans le secours de ce divin Sauveur, on ne peut voir comment une âme jalouse peut sortir du mensonge dans lequel sa passion l'enferme comme dans une prison.

­ La réflexion et le discernement des esprits

La jalousie est en réalité une réaction insensée, par laquelle on se rend inutilement malheureux, avant de rendre les autres malheureux. La personne jalouse est la première victime de sa propre malice. En prenant, par la réflexion et la prière, une attitude intérieure diamétralement opposée aux sentiments de jalousie qui enlèvent la paix, on arrive à les vaincre de plus en plus facilement, c'est-à-dire à se conduire non plus d'une façon insensée mais d'une façon raisonnable, et non plus avec un égoïsme anxieux mais avec une authentique charité.

La mise en pratique des règles fondamentales du discernement des esprits, déjà bien connues dans l'Antiquité chrétienne et clairement exposées par saint Ignace de Loyola dans ses Exercices spirituels, sera d'un précieux secours pour vaincre tout sentiment de jalousie. Selon ces règles, nous devrions nous interdire toute comparaison avec le prochain, engendrant dans l'âme de la tristesse et de l'amertume. À ce sujet, le Père I. Hausherr, S.J., écrit:

Bienheureuses les âmes qui savent discerner en elles-mêmes les mouvements des esprits et se juger à la lumière de Dieu.

Est-ce que nos souffrances ne viennent pas trop souvent de ce que nous nous comparons aux autres ? Nous apercevons chez les autres des biens que nous ne possédons pas, par exemple le succès: «Moi, je ne réussis à rien». Dans un milieu fervent, on constatera avec chagrin que «les autres progressent à grands pas, tandis que moi, je piétine sur place».

Comment éviter ces constats décourageants, si d'une part je dois m'estimer«la balayure de tous», et d'autre part tendre obstinément à la perfection?

Le remède aux comparaisons jalouses, c'est d'oublier que notre prochain, c'est «l'autre». Aristote avait raison : c'est un autre moi-même, puisque le Seigneur me dit que je dois l'aimer comme moi-même». (in Prière de vie, Paris 1965, p.449)

­ La méditation de la parole de Dieu

La Sainte Écriture nous livre les remèdes donnés par Dieu pour guérir les maladies de l'âme. Ce qu'elle nous dit de la jalousie et des vices qui lui sont associés, de leurs effets désastreux sur les personnes et la société, est une médecine très efficace pour en guérir. Cette médecine d'origine divine devrait d'abord retenir notre attention.

­ La fréquentation des Maîtres spirituels

Les grands Maîtres spirituels sont comme des médecins instruits aux écoles divines pour guérir les maladies de l'âme. C'est ainsi que chez les Pères et les Docteurs de l'Église, on peut trouver des prescriptions médicales précises et efficaces pour guérir la maladie de la jalousie. Saint Cyprien, saint Augustin, saint Jean Chrysostome, saint Grégoire le Grand et saint Thomas d'Aquin en ont traité d'une façon très explicite et leurs conclusions demeurent toujours valables.

J.R.B.

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