Le Nom de Jésus, résumé de la
Religion
Le nom de Jésus est le nom personnel du Dieu fait
homme qui, par l'Incarnation, est entré dans la famille humaine et n'en
sortira plus. C'est le nom de Dieu invisible devenu visible, du Dieu
qu'aucun nom ne peut exprimer, devenu l'un de nous, semblable à nous,
et venant à nous avec le titre gracieux de Jésus, c'est-à-dire de
Sauveur.
La plupart des hommes admettront l'idée de Dieu,
accepteront la notion de Dieu, si Dieu, demeurant dans son éternité, ne
se mêle pas de trop près à leurs actions et n'a rien à voir avec leurs
intentions. Mais quand on leur dit que ce Dieu s'est fait homme pour
être Sauveur, expier leurs péchés, devenir leur médecin et les conduire
au ciel par cette voie "où l'on grimpe plutôt qu'on ne monte", ils
haussent les épaules et ne veulent ni entendre ni comprendre.
Beaucoup encore acceptent Jésus-Christ avec l'unité
de sa personne divine et la dualité de ses natures, mais ne veulent pas
entendre parler de cette Église visible qui a, seule, la notion totale
de Jésus-Christ et l'a enfanté, complet, dans l'intelligence de ses
docteurs et de ses fidèles, comme la Vierge bénie l'enfanta dans la
chair. Ils ne veulent pas l'Église, "écrin" ciselé par le divin Orfèvre
pour recevoir Jésus, la perle précieuse qui a racheté et rachète encore
le monde. Ils rejettent son autorité et ses sacrements; et ainsi ils
diminuent Dieu, son mystère, son Jésus, qui pourtant, selon le mot de
saint Paul, ne peut être divisé.
Jésus nous rappelle donc les plus grandes réalités
divines : l'existence d'un Dieu en trois personnes, l'Incarnation,
l'Église, navire divin, se riant des tempêtes et des orages, qui
apporte à toutes les générations et à toutes les âmes, cette
"rédemption copieuse" opérée dans le monde par le Sauveur, dont le Nom
de Jésus exprime l'office.
Bien plus, le Nom de Jésus nous rappelle que, comme
Dieu a créé les âmes, l'une après l'autre, pour les infuser dans les
corps, nous avons été sauvés individuellement, nous nous sommes
détachés, tous et chacun, au regard profond de Celui qui était Dieu en
même temps qu'homme.
Ce n'est pas l'humanité dans le vague que Jésus est
venu sauver : ce sont les hommes. Et comme le Dieu Sauveur avait, si
nous pouvons nous exprimer ainsi, un pied dans l'éternité en même temps
qu'il touchait la terre, dans ses oeuvres et ses paroles, à Bethléem, à
Nazareth, dans toutes les scènes de la vie publique, au cénacle et sur
la croix, il nous a tous aperçus, malgré les vingt siècles qui devaient
nous séparer de son existence mortelle; il nous a aimés, il s'est livré
pour tous avec cette universalité particulière et cette "particularité
universelle de Providence", si bien symbolisée par le soleil, lequel se
donne, "tout" entier à chacun des êtres de ce monde matériel, sans
division et sans partage de lui-même.
N'est-ce point cela que vous dit cette hostie du
tabernacle qui vous est destinée, à vous, et ne sera pas donnée à votre
voisin ? "Hostie" qui vous apporte "tout" Jésus avec sa grâce, fruit de
tous les mystères de sa vie et de sa mort, mystères dont il veut faire
pénétrer la vertu vivifiante jusqu'aux profondeurs de votre être ?
Oui, par Jésus, Dieu nous saisit, et il nous saisit
à la racine de l'âme et du coeur.
Comme Dieu, Jésus est la pensée du Père, et cette
pensée ne quitte jamais l'intelligence divine. Or, ainsi que la pensée
intime de notre âme, sans quitter notre âme elle-même, s'exprime dans
la parole matérielle qui la produit au dehors, la pensée substantielle
de l'intelligence du Père, sans avoir jamais quitté son sein, s'est
exprimée dans Jésus, dans cette âme et cette chair qu'il a prise pour
s'aboucher avec les hommes. Jésus est, en réalité, Dieu exprimé dans la
parole vivante de cette nature humaine, chef d'oeuvre du Saint-Esprit,
qui va traduire au monde les mystères de l'éternité, l'unité divine
dans la trinité des personnes, la bonté, la justice, la providence de
l'Être suprême.
Désormais point de salut pour nous sans la foi en
Jésus. Point de foi véritable, si elle ne quitte le sanctuaire de notre
intelligence pour s'exprimer dans nos paroles, quand les circonstances
exigent que nous lui rendions témoignage. "J'ai cru, c'est pour cela
que j'ai parlé", dit David, "et c'est ce qui m'a causé d'excessives
humiliations". Quand nous voyons la pensée éternelle de Dieu, tout
exprimée en Jésus, dans les anéantissements de la crèche, de l'atelier,
et du gibet, pourrions-nous cacher notre religion, ne point proférer
une parole de protestation, lorsque notre conscience le demande ?
Si nous songions que ce Dieu, "qui habite une
lumière inaccessible" est entré dans le monde, déjà et nécessairement
rempli de lui, par une porte nouvelle, l'incarnation, qui l'a fait
descendre de son sanctuaire éternel, pour venir aux hommes, dans
l'intérêt des hommes, homme lui-même; si nous songions que "par Marie",
ce Dieu de toute majesté est devenu notre frère, qu'il est devenu Jésus
et "notre" Jésus, ah! pourrions-nous vivre dans l'indifférence et
l'inconséquence ?
Dans son commentaire sur le livre des Cantiques,
Jean de Pise assure que tout ce qu'il a dit et dira encore dans
l'avenir, en faveur des âmes, est renfermé dans ce Nom. Vous y
trouverez l'incarnation, la vie mortelle de Jésus, sa passion, sa mort,
sa résurrection et son ascension dans les cieux, mystères opérés pour
notre amour. Oui, quiconque y réfléchit possèdera, dans ce Nom, la
prédication du divin Maître, sa doctrine, sa loi, tous ses miracles, en
un mot tout ce que contiennent la terre et le ciel, pourtant si vastes.
Il est ce "Verbe abrégé" que Dieu a produit ici-bas. Trois ou cinq
lettres, au plus, suffisent à l'écrire, ce Nom divin, mais ce qu'il
recèle de lumière et de grâces n'est rien moins qu'incommensurable.
Ah ! puisse le Nom de Jésus, qui réunit en lui-même
tant de souvenirs, tant de grâces et de réalités divines nous préserver
du vague dans nos relations avec Dieu, nous enseigner la fidélité
persévérante au devoir, accompli dans l'ombre comme en plein jour, nous
pénétrer d'humilité et de douceur, d'abnégation et de patience dans nos
rapports avec le prochain !
Alors nous serons, chacun de nous, une page de plus
ajoutée à l'Évangile, un développement de la vie de Jésus, l'épitre
même de Jésus-Christ, "écrite , non avec de l'encre, mais par l'Esprit
du Dieu vivant".
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extrait de Le Saint Nom de Jésus foyer de lumière par
le R. Père Pierre-Baptiste Gimet., O.F.M.
Conte de Noël
Noël au Ciel
Il était une fois...
La veille de Noël, au ciel, Saint Michel, Saint Raphaël et Saint
Gabriel faisaient une fête pour Jésus...
Mais motus et bouche cousue, c'est une surprise !
Sainte Marie et Saint Joseph sont au courant ainsi que tous les
anges. Ils préparent la fête de leur mieux. Fleurs, sapin et lumières,
tout y est. Mais avant, il faut donner les cadeaux pour tous les
habitants de la terre : des bonnes grâces !
Quel brouhaha ! saint Michel a demandé à notre Père Dieu de
distraire Jésus pendant ce temps. Marie apporte de très belles fleurs
des champs; Joseph confectionne un bien joli trône pour Jésus, c'est
son cadeau ! Un ange, peut-être le moins important, a une bien bonne
idée : il va donner son coeur tout entier pour notre Seigneur Jésus ! -
"Ce sera la plus belle fête qu'Il aura eue" s'exclama un ange gardien.
- "Et tu as bien raison", dit Marie en souriant. "Je n'ai pas
besoin d'une boule de cristal pour prédire ça !"
-"Mais ça n'existe pas une boule de cristal !" dit un saint, mais
tout petit, pas plus de six ans.
- "C'est une expression mon petit" dit Marie, ne pouvant
s'empêcher de rire.
Mais le soir arrrive déjà. C'est la nuit de Noël, la plus belle
nuit de beaucoup de petits enfants sur terre. Ils attendent que le Père
Noël leur donne les cadeaux tant attendus, mais beaucoup ne savent pas
que le plus beau des cadeaux, c'est de se savoir aimé par Dieu !
Le lendemain matin, un ange réveille les autres au son de la
trompette. Jésus regarda, très ému, la fête d'anniversaire qu'on lui
avait préparée avec tant de soin et d'amour pour Lui. "Merci, merci
beaucoup" dit-il après un moment de silence. Quel beau Noël j'ai là,
mes amis !
Et la journée se termina par des cris de joie !
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conte composé, entièrement seule, sans aucune aide, au fil de
la plume, par :
Élizabeth Hurtubise
le 9 décembre 2004
à l'âge de 8 ans.
Les racines catholiques de l'identité culturelle du
Québec
"La force du Québec, c'est sa tradition catholique"
Cardinal Marc Ouellet
Lors de l'assemblée générale des prêtres et des
diacres du diocèse de Québec, tenue le 7 mai 2003, M. le cardinal Marc
Ouellet, après avoir parlé de la mission, de la dignité et du pouvoir
des prêtres, rappelait les grandes figures mystiques qui ont façonné
notre identité culturelle et nationale. Nous devons faire fuctifier le
précieux héritage qu'ils nous ont laissé. Succomber à la tentation de
nous couper de nos racines catholiques serait signer la perte de notre
identité, c'est-à-dire nous condamner nous-mêmes à mourir comme peuple.
Voici un extrait de cette importante allocution :
L'Église de Québec n'est-elle pas bénie par la
figure insigne de son fondateur, le bienheureux François de Laval, de
noble éducation et de formation ignatienne, qui a guidé sagement la
mise en place de communautés et de structures de longue durée, qui
montrent la fécondité de sa paternité spirituelle pendant les cinquante
ans de sa prière et de son service à Québec? N'est-il pas toujours le
phare lumineux sur le Cap, qui a guidé la barque de l'Église naissante
entre les écueils de l'eau-de-vie et de la division et qui la protège
aujourd'hui d'autres écueils ? N'a-t-il pas doté ce diocèse d'une
longue tradition de chanoines priants, d'un presbyterium de prêtres
apostoliques, en files serrées autour des prêtres du Séminaire, ardents
à la prière et prompts à la pénitence, pour implorer le ciel face aux
besoins de leur époque? N'a-t-il pas fourni une sage direction
spirituelle aux âmes consacrées et aux femmes d'élite qui ont sanctifié
les fondations de notre Église?
Puissions-nous ensemble faire fructifier son
héritage, communier à sa sainteté et réveiller la foi qu'il a plantée
profondément en ce pays qui est le sien. Puissions-nous avec lui faire
écho à la passion amoureuse d'une Marie de l'Incarnation, nous abreuver
à cette source cristalline et parler comme elle de l'Époux, avec une
telle passion que des enfants naîtront, des vocations fleuriront, des
missionnaires se lèveront, des familles chrétiennes renaîtront. Celle
qu'on a surnommée la Thérèse du Nouveau Monde et la Mère de l'Église
canadienne nous convie à être des pères spirituels qui redonnent aux
femmes et aux hommes de cette société l'audace d'être des mères et des
pères charnels. Levons les yeux et regardons, les blés sont mûrs pour
la moisson et les temps sont courts. Que la Parole de Dieu fuse de
notre bouche, comme une trompette sonore, pour hâter la décision de foi
et soutenir la lutte pour une culture de la vie, qui sait choisir entre
Dieu et Mammon.
Puissions-nous entendre une bonne fois l'aventure
mystique de Catherine de Saint-Augustin, missionnaire hospitalière à
seize ans, héroïne du service des pauvres et des malades, victime du
harcèlement des démons, morte dans la fleur de l'âge, aux premières
lignes du combat de l'Église contre le Prince de ce monde et ses
légions. Catherine nous interpelle sur le réalisme de notre combat
spirituel, sur l'acuité de notre discernement spirituel et sur la mise
en jeu de nos énergies spirituelles pour le royaume de Dieu.
Nous ne sommes pas des nostalgiques d'une
chrétienté qui a fait son temps, nous ne voulons pas d'un programme de
restauration d'un pouvoir clérical sur des simples laïcs, nous ne
rêvons pas d'imposer nos valeurs catholiques à une société sainement
pluraliste et heureusement démocratique. Nous sommes aussi modernes que
nos détracteurs pour l'estime de la liberté personnelle, pour la saine
promotion de la femme et pour le culte de la dignité et de la
solidarité humaines.
Qu'il nous soit permis cependant de rappeler que le
catholicisme est la moelle de l'identité culturelle québécoise, que sa
culture sacramentelle est la matrice de son tissu social et que ses
prouesses de bénévolat s'enracinent depuis toujours dans l'humus
fertile de la charité chrétienne. D'aucuns voudraient nous convaincre
que l'Église catholique a fait son temps, qu'elle doit renoncer à ses
privilèges, déserter la place publique, s'éloigner de l'école, se
retirer dans le privé. Quelle que soit l'épithète qu'on accole à
l'ignorance religieuse des Québécoises et des Québécois, le fait est
là, massif, qui révèle une rupture dramatique, un déclin du patrimoine
le plus précieux, celui de l'âme d'un peuple en dialogue avec son Dieu.
Oui mes frères évêques, prêtres, diacres, le Québec
d'aujourd'hui est à un tournant. Il s'interroge sérieusement sur son
destin en ce début de millénaire. Il prend peu à peu conscience d'être
en train de jeter par-dessus bord les valeurs sûres de son avenir
démographique et de sa cohésion sociale et religieuse: l'accueil de la
vie, la messe dominicale, la confession des péchés et la vie consacrée.
Ces valeurs ont façonné l'identité spirituelle et culturelle de notre
peuple. Elles sont ouvertes à un sain pluralisme, à l'accueil de
l'étranger, à la reconnaissance des premières nations autochtones, au
progrès social de la cause des femmes, à l'intégration harmonieuse des
groupes ethniques et des diversités culturelles, même au prix de
certaines lois qui contrarient sa morale.
Mais gare à une société coupée de ses racines,
dépouillée de ses idéaux et braquée exclusivement sur la consommation
de biens purement matériels. Une telle société condamne les jeunes,
assoiffés de valeurs, à devenir des bêtes de somme et des bêtes de
consommation. Une telle société creuse sa propre tombe, sous un ciel
noir, dans un cimetière sans lune. Nous ne permettrons pas qu'elle
cultive la violence à outrance et le désespoir. Nous ne permettrons
plus qu'une pseudo-mystique politique et laïque évacue les valeurs
chrétiennes et religieuses qui ont forgé ce pays. C'est le moment d'un
retour du balancier. Les jeunes crient au secours. Le stress et la
dépression menacent la santé publique. On sent partout une profonde
inquiétude religieuse, mais les lois du Québec favorisent toutes les
sectes comme pour empêcher une reprise en force du catholicisme. Ne
nous laissons pas berner. La force du Québec, c'est sa tradition
catholique. L'avenir du Québec, c'est la reprise des valeurs
fondamentales de la Parole de Dieu crue et enseignée, de l'eucharistie
célébrée en assemblée nombreuse le dimanche, de la charité vécue
jusqu'à la consécration de soi à Dieu pour le bien d'autrui. Toutes les
valeurs sociales du Québec moderne en seront raffermies, comme une pâte
qui lève grâce au levain de l'Évangile.
Le 12 avril 2003, six cents jeunes JMJistes bondent
la cathédrale Notre-Dame-de-Québec. Ils écoutent mon commentaire de la
catéchèse de Jean-Paul II sur Marie: "Voici ta Mère". Ils accueillent
le message avec une ferveur étonnante et ils répondent enthousiastes à
mon appel pour rajeunir l'Église de Québec. Je n'en croyais pas mes
yeux ni mes oreilles, mais j'entendais les battements de leurs coeurs
faisant puissamment écho aux soifs et aux cris de leur génération.
J'entendais en eux l'appel de tous ces décrochés de la famille, de
l'école et de la vie, qui n'ont pas le goût de vivre, qui n'entendent
pas parler de la vérité et qui ignorent le chemin du bonheur.
J'entendis aussi l'élan de leurs jeunes coeurs esseulés, trop laissés à
eux-mêmes, mais quand même prêts à se lever pour voler au secours des
plus poqués de leur génération. Cette clameur m'a remué
jusqu'aux entrailles, elle m'a soulagé d'un coup de trois mois de
fatigue et de soucis. Les jeunes sont là et ils veulent croire et
s'engager malgré les vents contraires du climat culturel. Ils sont déjà
missionnaires par ce grand témoignage public qui les a fait sortir des
catacombes. Ils sont les sentinelles du matin qui annoncent l'aurore à
notre Église. Ils nous tendent la main comme des mendiants en quête
d'un morceau de pain. De grâce, prenons garde d'ignorer leurs cris ou
de leur donner un scorpion. Ces enfants de notre foi relèvent le défi
de la mission. Duc in Altum!
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Source : Dieu plus merveilleux que les rêves, éd.
Anne Sigier, Québec, 2004, p. 85-88.
Découvrir le Sens Véritable de l'Amour
Dans le cadre d'un service de préparation au
mariage, Mgr Albert Rouet, évêque de Digne, nous donne de très
opportunes réflexions sur le sens véritable de l'amour largement
méconnu. Il est urgent de le découvrir. Mais on ne peut le découvrir
qu'en rencontrant personnellement Jésus-Christ. Car en dehors de
Jésus-Christ, en dehors de l'Évangile vécu, on n'a pas la capacité
d'aimer, soit que la notion qu'on a de l'amour, fondée sur le
sentiment, est tellement générale et confuse qu'elle ne signifie plus
rien, soit qu'elle est tellement liée à quelque détail, qu'elle
s'exprime en un repli maladif sur soi-même. La vie de Jésus, qui
atteint son sommet sur la croix, nous met sous les yeux le plus sublime
modèle de l'amour véritable. Pour aimer vraiment, il faut sortir de
soi-même, se donner soi-même, s'ouvrir à la communion, qu'il s'agisse
de l'amour des époux ou de l'amour de l'Église qui, au-delà des rites
sacrés qu'il faut vénérer, dans la dépossession de nous-mêmes nous
introduit dans le mystère d'amour de l'immolation du Christ.
Notre temps a individualisé à l'extrême l'amour.
L'amour est devenu un sentiment privé qu'un être éprouve pour un autre
être, une personne pour une autre personne. Rien n'est plus variable
qu'un sentiment, c'est pourquoi rien n'est devenu plus fragile que
l'amour.
Si vous permettez cette audace, j'oserais dire
qu'aujourd'hui on se marie pour la pire des raisons "parce qu'on s'aime
!"- Non, on se marie "pour vivre ensemble". Ce n'est pas tout à fait la
même chose.
Dès lors que vous définissez l'amour comme un
sentiment privé, vous réduisez la perception de l'autre au sentiment
que vous en avez. Alors que "vivre ensemble", constitue l'exigence et
la promesse de créer de l'amour, à partir des ennuis, des joies, des
détresses, des accidents, des espérances, de tout ce qu'une journée et
une vie peuvent apporter.
Parce qu'on a privatisé l'amour à ce point, nous
nous sommes enfermés dans un dilemme sans issue :
Ou bien, l'amour sera le sentiment que je répands
généreusement, dans un océan surabondant, dégoulinant de
sentimentalité, sur l'humanité toute entière. Sous prétexte d'amour, je
tolère tout, je supporte tout, j'accepte tout. Mais cet amour qui n'a
pas de contenu, qui se veut d'autant plus généreux, universel, large et
sans frontière, n'a pas de consistance. Il n'a rien de spécifique à
donner, s'il peut être aussi large. Cet amour-là en arrive à supporter
l'insupportable, à tolérer l'intolérable, à considérer comme digne
d'amour même ce qui va détruire, humilier et avilir l'homme.
Ce n'est pas aimer, que de laisser faire des
circuits financiers qui écrasent des hommes. Ce n'est pas aimer, comme
dans d'autres cultures, de laisser faire des excisions qui mutilent les
femmes. Ce n'est pas aimer, que de laisser s'exprimer des pensées qui
blessent la dignité de l'homme. L'amour dit non, s'il veut un jour dire
oui ; sinon, il n'a pas de contenu et aimer ne veut rien dire, sauf
éprouver, vaguement, dans son petit coeur un battement un peu plus
palpitant.
Cette médiocrité nous menace aujourd'hui, au nom
d'idées qui se veulent généreuses et qui sont en fait inconsistantes.
L'amour est condamné à voguer, tel une méduse, au gré des modes et des
vagues. On va pétitionner pour le sud-est et le lendemain pour le
nord-ouest... on va défendre des causes qu'on ne connaît pas, mais
parce qu'on est généreux on se fait plaisir à soi en défendant parfois
l'indéfendable. Cet amour qui se veut d'autant plus large devient, en
fait, l'affirmation de soi, une extension de sa propre personne, de son
désir illimité d'être un saint-bernard universel, car ce qui n'a pas de
limite n'existe pas.
Cet amour représente la preuve la plus manifeste
d'un égocentrisme terrifiant, c'est bien pourquoi les gens n'en veulent
pas. Une telle générosité se voit toujours renvoyée chez elle et elle
ne comprend pas le manque de reconnaissance qu'elle n'a pas pu ne pas
susciter. Elle est un océan dans lequel on se noie, une mère abusive.
Ce n'est pas aimer que de traiter les hommes en objets anonymes d'un
amour indifférencié.
A l'inverse, et en réaction en grande partie contre
cette première position, on trouve un certain fétichisme de l'amour.
Je prends le mot fétichisme dans son sens
technique, psychanalytique, précis : c'est le fait de croire que si on
s'attache à un détail, on aime toute la personne, si on s'excite sur
une partie minuscule d'une histoire, on aime la totalité de l'histoire.
Je me souviens avec compassion, dans un autre
diocèse, d'un jeune prêtre. Il était marqué (c'est un scrupule
psychologique terrifiant) par le fétichisme de la liturgie. Affecté,
faute de mieux, à une grande collégiale, il ne pouvait célébrer qu'à
condition de vêtir ses propres ornements qui dataient de 1932 ; c'était
l'année où était mort son grand oncle, dont il avait hérité les
ornements. Ce qui pose déjà un certain nombre de problèmes. Il avait
appris à placer ses doigts je ne sais trop comment, je n'ai jamais
réussi à avoir la même souplesse des pouces... Il célébrait avec un
pointillisme de la ritualité qui est le contraire de la liturgie. Mais
il aimait ce formalisme sécurisant. Il prenait l'expression extérieure
pour le signe d'un amour intérieur. Il se desséchait sur pied. A la fin
il n'avait plus que deux solutions :
- arrêter de célébrer en public, il ne pouvait
continuer tant il ignorait l'assistance, enfermé dans son unique
plaisir,
- ou la dépression nerveuse.
Il a choisi la dépression nerveuse. C'est une
histoire terrible.
Ainsi, dans un ménage, l'attachement maniaque à un
détail peut remplacer l'élan novateur de l'amour. Nous pouvons
remplacer l'amour par les gestes de l'amour. Nous pouvons (de la même
façon que ce pauvre jeune prêtre qui n'est pas encore tiré d'affaire),
remplacer l'amour qui doit imprégner nos célébrations par le fétichisme
des rites.
Même dans un ménage, même dans l'amour d'un pays,
nous pouvons remplacer une générosité par les garanties que nous nous
donnons de satisfaire aux lois qui remplacent l'amour.
Nous oscillons entre une largeur de vue, qui est
prête à appeler amour n'importe quel sentiment entre n'importe qui et
sous n'importe quelle condition, ce qui est une déchéance non contrôlée
de l'amour; et la sécheresse d'appeler amour un respect de vétilles qui
ne sont qu'étroitesse d'esprit destinée à nous préserver.
Dans les deux cas, c'est le même problème. Ces deux
extrêmes ne sont jamais que la manière de s'affirmer soi-même par une
surabondance sentimentale ou par une rigueur que le sujet s'impose. Je
respecte le rite, donc j'existe! Le moment où, apparemment, ce jeune
prêtre s'effaçait derrière les rites de la liturgie, sa manière de les
imposer aux fidèles, sa manière de se les imposer, faisait qu'il était
auto-victimaire d'un scrupule à aimer. Mais pour aimer il faut d'abord
exister dans le don de soi. Donc s'accepter soi-même.
Comme chrétiens, au nom de l'Évangile, nous avons
quelque chose à dire à notre monde, sur l'amour même.
Ce sur quoi il faut nous engager, ce pourquoi il
faut véritablement nous lancer en avant, car c'est une urgence,
consiste avant tout à nous demander: quel est le fondement de l'amour
que nous professons ?
Nous n'avons pas le droit de continuer à défendre
les réalités les plus belles, dans lesquelles l'amour s'exprime, par
des slogans qui datent ! Nous n'avons pas à poursuivre des combats au
nom d'arguments qui n'en sont point.
Si on veut comprendre ce qu'est l'amour, il faut
regarder le Christ. Quand il a dit à ses disciples: "Je vous laisse un
seul commandement, aimer". Bien souvent, on s'arrête là.
Les deux fiancés qui ont choisi ce texte pour leur
messe de mariage en sont tout heureux, pour une fois ils sont d'accord
avec l'Évangile. Quand le Christ me demande de faire ce que j'aime, je
suis plutôt d'accord. On prend l'Évangile dans son propre intérêt, on
ne sort pas de soi.
Mais aimer, c'est d'abord sortir de soi. C'est
quitter ses certitudes, aller à la découverte de l'autre et faire le
chemin des Mages quelle que soit la manière dont on va être reçu.
Aimer, c'est vouloir la liberté de l'autre, fut-ce au prix de ma propre
vie.
Il n'y aura jamais d'autre visage de l'amour que ce
Christ livrant sa vie. C'est pour cela qu'il devait l'offrir à son Père
sur la croix (Lc 24, 26).
Le signe de l'amour, c'est le signe de la Croix. Là
on voit (mais cela on le comprend quinze secondes une fois dans sa
vie), que si on aime vraiment, l'amour demande tout!
Mais nous ne savons pas aimer vraiment. On se
donnerait à fond... et se donner jour après jour, goutte à goutte,
demande un courage, une patience et une espérance extrême.
Le Christ, lui, parce qu'il avait une capacité de
liberté apte à se donner totalement, parce qu'il était l'amour, il
aimait complètement, il s'est livré sans réserve.
Voilà ce que l'Eucharistie nous rappelle.
On y voit qu'aimer c'est donner sa vie pour un
autre, même si l'autre ne nous aime pas, aimer les ennemis... "C'est
quand nous étions encore païens, infidèles, que le Christ a donné sa
vie pour nous, dit Saint Paul, peut-être à grand peine donnerait-on sa
vie pour un ami mais alors que nous étions ennemis, le Christ s'est
livré pour nous" (Rom. 5, 8).
L'amour au sens évangélique est là.
C'est l'amour de Dieu créant ce monde, c'est l'amour
du Christ venant dans ce monde.
C'est l'amour qui va se donner, sans réserve, dans
la consistance d'une personne qui existe parce qu'elle aime, qui aime
parce qu'elle donne et parce qu'elle se donne, elle vit, donc elle
ressuscite.
C'est parce que, dans le Christ, cet amour a cette
consistance qu'il en existe un sacrement.
"Je vous donne un commandement, continue Saint
Jean, nouveau et ancien" (1 Jn 2, 7). L'amour est votre seule règle,
donner sa vie pour la liberté et le bonheur de l'autre.
Ancien, parce que dès la création il est inscrit au
coeur de l'homme. Vous êtes appelés à aimer comme cela. C'est pourquoi
: quelle que soit votre condition, de marié, de veuf ou de veuve, de
célibataire volontaire ou subissant le célibat, si vous êtes par
vocation consacré ou si vous êtes dans les ordres, c'est à cela, tous,
sous des formes distinctes, que nous sommes appelés malgré nos
blessures et nos limites, malgré nos déviances et nos péchés.
Ce commandement ancien est nouveau, parce que dans
ce Christ mourant, on voit enfin ce que Dieu veut, ce que Dieu est :
Père, Fils et Saint-Esprit, le maximum d'intimité dans le maximum de
respect des personnes.
______________________
Source : site de Pastorale Familiale créé par le service
diocésain de Digne
Sainte Jeanne Beretta Molla (1922-1962)
"Après une existence exemplaire en tant
qu'étudiante, jeune fille engagée dans la communauté ecclésiastique, et
comme épouse et mère heureuse, elle a offert sa vie en sacrifice afin
que l'enfant qu'elle portait en son sein puisse vivre - cette jeune
fille est aujourd'hui ici avec nous ! - Sa profession de médecin la
rendait consciente du danger qu'elle encourait, mais elle ne reculera
devant aucun sacrifice."
Béatifiée le 24 avril 1994
Par ces mots, Jean-Paul II a synthétisé l'existence
de Jeanne Beretta Molla, au cours de la cérémonie solennelle de
Béatification, le 24 avril 1994, année dédiée à la Famille.
"Nous désirons rendre hommage - a encore dit le
Pape - à toutes les mères courageuses qui se consacrent sans réserve à
leur famille, qui souffrent en accouchant et qui font face à toutes
sortes de sacrifices pour leurs enfants, en cherchant à leur
transmettre ce qu'il y a de mieux en elles."
Canonisée le 16 mai 2004
"Jeanne Beretta Molla fut une simple messagère de
l'amour divin, disait le pape lors de sa canonisation, mais elle le fut
de façon profondément significative. Quelques jours avant son mariage,
dans une lettre à son futur mari, elle écrivait : "L'amour est le
plus beau sentiment que le Seigneur ait placé dans l'âme des hommes."
"A l'exemple du Christ, qui "ayant aimé les
siens... les aima jusqu'à la fin" (Jn 13, 1), cette sainte mère de
famille resta héroïquement fidèle à l'engagement pris le jour de son
mariage. Le sacrifice extrême qui scella sa vie, témoigne que seul
celui qui a le courage de se donner totalement à Dieu et à ses frères
se réalise lui-même. Puisse notre époque redécouvrir, à travers
l'exemple de Jeanne Beretta Molla, la beauté pure, chaste et féconde de
l'amour conjugal, vécu comme une réponse à l'amour divin !"
Son milieu familial
Comme il arrive souvent, un geste de renoncement
surtout s'il est conscient et médité, n'arrive uniquement qu'après une
longue maturation intérieure. La famille de Jeanne, profondément
chrétienne, avait été pour ses nombreux enfants, le milieu propice à
l'enracinement peu à peu, des valeurs de la foi dans les actions
quotidiennes. De ce terrain riche en valeurs spirituelles jaillirent
d'excellents fruits.
Elle est née à Magenta, près de Milan, au nord de
l'Italie, le 4 octobre 1922. Après avoir fréquenté le lycée classique,
elle s'inscrit à la Faculté de Médecine de l'Université de Pavie.
Diplômée en novembre 1949, elle se spécialise en
pédiatrie à l'université de Milan et - pendant qu'elle exerce la
médecine - elle poursuit ses études en se spécialisant en gynécologie.
Tout cela, avec l'engagement et l'enthousiasme de
répondre à la Grâce de Dieu, par le soutien quotidien de l'Eucharistie
et de la Parole de Dieu, par la participation active à l'Action
catholique, par la pratique concrète de la charité en prenant part aux
activités de la Saint-Vincent-de-Paul.
Depuis longtemps, elle cultivait l'idéal
missionnaire, mais peu à peu, elle avait compris que, pour elle, la
volonté de Dieu était différente. Dès qu'elle sut que Dieu l'appelait à
l'état matrimonial, elle n'eut aucune hésitation, et l'exercice de son
apostolat se fit auprès de son prochain qui venait tous les jours dans
son cabinet médical.
Elle ouvrit un cabinet à Mesero, un petit village
tout près de Magenta et bientôt, elle jouit de la considération de tous
les villageois qui appréciaient de plus en plus son esprit de sacrifice
et son désintéressement. Virginie, sa soeur, témoigne:
"Le besoin de se dévouer pour les pauvres et les
indigents ne lui permit pas d'accepter la proposition que son fiancé
venait de lui faire, c'est-à-dire de renoncer à exercer la médecine.
Elle refusa carrément sans aucune hésitation et même après le mariage,
elle se rendra tous les après-midis à son cabinet de Mesero."
Médecin missionnaire
D'autres témoignages nous démontrent comment Jeanne
exerçait sa profession. L'infirmière, Luigia Galli, qui travaillait
dans le cabinet de Jeanne, dit:
"Pendant qu'elle visitait les malades, elle les
renseignait en même temps. Même durant son dernier mois de grossesse,
si elle était appelée d'urgence pendant la nuit, elle se préparait
promptement. Elle poursuivit l'assistance médicale jusqu'à la veille de
son hospitalisation pour la naissance de sa dernière fille. Si le
patient était indigent, Jeanne le recevait en consultation gratuitement
et lui donnait des médicaments ou de l'argent. Elle ne quittait son
cabinet qu'après avoir terminé sa dernière consultation, parfois à neuf
heures et demie du soir."
Jeanne - d'après une de ses amies, Mariuccia
Parmigiani - par son sourire, gagnait la confiance de tous ceux qui
l'approchaient. Marie Barni, de Mesero, confirme son engagement qui
n'était pas limité aux soins physiques:
"Lorsqu'un malade n'était plus en mesure de
poursuivre son travail pour des raisons de santé, Jeanne se donnait du
mal pour lui en trouver un autre plus apte et très souvent, elle y
arrivait : elle en a placé plusieurs."
Saint Joseph Moscati, en 1923, écrivait à un ami
médecin:
"Souvenez-vous que vous devez soigner non seulement
le corps mais aussi les âmes gémissantes qui s'adressent à vous.
Combien de douleurs vous soulagerez plus facilement grâce aux conseils
et en vous approchant de l'esprit, au lieu de simplement prescrire des
ordonnances à présenter au pharmacien! Soyez joyeux, car vous devez
donner l'exemple, à tous ceux qui vous entourent, de votre élévation à
Dieu."
C'est la même recommandation que Jeanne Beretta
exprime en parlant du médecin chrétien:
"N'oubliez pas l'âme du malade. Nous avons des
occasions que le prêtre n'a pas. Notre mission n'est pas terminée
lorsque les médicaments n'ont pas d'efficacité, il y a l'âme qui doit
être portée à Dieu. (...) Chaque médecin doit la remettre au prêtre.
Que de médecins catholiques sont nécessaires!"
Et encore:
"Qu'on puisse voir Jésus au milieu de nous et qu'Il
puisse trouver beaucoup de médecins qui s'offrent pour Lui."
Notre vie est toujours le résultat de plusieurs
décisions quotidiennes, de la plus importante à la plus banale. Jeanne,
pour ainsi dire, s'était entraînée à toujours choisir la meilleure et
elle désirait même que sa vie d'épouse soit consacrée à bon escient à
Dieu:
"Je désire fonder une famille tout à fait
chrétienne - écrit-elle à son mari - où Dieu fait partie de la maison:
un petit cénacle, où Il puisse régner dans nos coeurs et diriger nos
programme"
C'est le secret de son existence, la clef pour
comprendre la raison de tous ses choix et même du choix décisif pour
lequel elle a été béatifiée : c'est-à-dire mettre toute circonstance de
la vie sous le regard de Dieu, être disponible à comprendre Sa volonté
à nos égards, de façon à ce que Dieu puisse éclairer vraiment toutes
nos décisions:
"Je désire fonder avec toi une famille riche
d'enfants comme avait été celle dans laquelle je suis née et où j'ai
grandi", avait-elle dit à son mari Pierre. Et trois enfants étaient
venus au monde : Pierre-Louis, Mariolina et Laura, fruits de maternités
acceptées avec joie. Mais à ce moment-là, le drame: la découverte, au
deuxième mois de grossesse, d'un fibrome à côté de l'utérus qui
menacait sa vie et par conséquent la vie même de l'enfant. Elle réalise
tout de suite, étant elle-même médecin, qu'un choix dramatique va
s'imposer : sauver sa vie ou celle de son enfant en gestation.
Au service de la vie, coûte que coûte
D'après le témoignage unanime de la famille et des
médecins, sa première réaction fut de privilégier l'enfant qu'elle
portait.
Le médecin auquel elle s'adressa - dit le frère
prêtre - lui avait fait un discours sérieux :
"Si nous voulons vous sauver, nous sommes obligés
d'interrompre la grossesse."
Sa réponse fut prompte :
"Professeur, je ne le permettrai jamais! C'est un
péché de tuer dans le sein de la mère."
On propose en effet trois genres d'interventions,
d'après son mari: une laparatomie totale avec l'ablation soit du
fibrome soit de l'utérus, ce qui lui aurait sûrement sauvé la vie ;
l'interruption de grossesse par avortement provoqué et ablation du
fibrome, ce qui lui aurait permis d'avoir éventuellement d'autres
enfants ; ou bien encore l'ablation du fibrome seulement, en essayant
de ne pas interrompre la grossesse en cours.
Jeanne avait choisi la dernière solution, la plus
risquée pour elle. À cette époque, en effet, on pouvait prévoir qu'un
accouchement, après une telle intervention chirurgicale, aurait été
très dangereux pour la mère. Jeanne, en étant médecin, le savait très
bien.
L'intervention chirurgicale, limitée à l'ablation
du fibrome, avait eu lieu le 6 septembre 1961. Par conséquent, la
grossesse pouvait continuer et Jeanne pouvait reprendre son travail de
médecin jusqu'à l'approche de l'accouchement. Entrée en clinique le 20
avril 1962, le jour suivant - le Samedi Saint - elle donna naissance à
son enfant: une petite fille, à laquelle on donna le nom de Jeanne
Emmanuelle.
Mais comme prévu, peu d'heures après
l'accouchement, les complications surgirent et elle passa une semaine
de souffrances atroces, causées par la péritonite septicémique. Ce fut
un calvaire, pendant lequel sa foi se manifesta dans toute sa plénitude.
Elle mourut chez elle à 8 heures le samedi suivant,
le 28 avril 1962. Cette dernière fille, Jeanne Emmanuelle, était
présente, le 24 avril 1994, à la Place Saint Pierre lors de la
cérémonie de béatification de sa mère.
Le geste héroïque de Jeanne Beretta Molla nous fait
réfléchir à l'actualité d'un sujet : le débat sur l'avortement,
déterminé à son tour par la valeur qu'on reconnaît à l'enfant conçu
dans le sein de la mère. Comme tout croyant, Jeanne était profondement
convaincue que l'enfant en gestation était une personne humaine
complète, et par le fait même, digne du plus grand respect.
C'était un don de Dieu à accepter comme tous les
autres enfants. Par ce respect, qui en définitive est amour, Jeanne
s'est mise au second plan et s'est offerte avec générosité afin que son
enfant puisse vivre, tout en sachant que le prix de cette offrande
aurait demandé le sacrifice de sa vie. Un prêtre qui avait connu
Jeanne, l'abbé Mario Cazzaniga, avait écrit :
"Elle m'a fait une telle impression qu'en
enseignant à l'école professionnelle pour infirmiers, au cours des
leçons sur l'avortement, je cite toujours le cas du docteur Jeanne
Beretta Molla comme maternité généreuse et exemplaire. Je pense qu'à
l'heure actuelle, où la maternité est dévaluée, nous devons faire
connaître l'acte généreux du docteur. La société ne demande pas à être
submergée par des avalanches d'exemples de faits divers, mais au
contraire à connaître les actes généreux."
Voici les mots que Jeanne a adressés, en 1946, à un
groupe de jeunes de l'Action catholique de Magenta :
"Dieu désire nous voir près de Lui, pour nous
communiquer dans le secret de la prière, le secret de la conversion des
âmes que nous approchons.(...) Toute journée de la vie devrait avoir un
laps de temps pour se recueillir auprès de Dieu.(...) Répandre la Bonne
Parole, jeter notre petite graine sans jamais nous fatiguer. Ne nous
arrêtons pas trop à considérer ce qu'il y aura. Si après avoir
travaillé pour le mieux, un échec arrive, acceptons-le avec générosité:
un échec bien accepté par un apôtre qui avait employé tous ses moyens
pour bien réussir, est plus bénéfique au salut qu'un triomphe."
(Traduction par Tilly Vanzina - Suzanne Crête)
Egidio Ridolfo S.J.
Prière à sainte Jeanne Beretta Molla
Sainte Jeanne, priez pour nous
Sainte Jeanne, intercédez pour nous
Sainte Jeanne, nous vous confions les chercheurs, les gouvernants, le
personnel de santé et tous ceux qui servent et protègent la vie
Sainte Jeanne, préparez le coeur des jeunes à un amour vrai, pur et
enthousiaste
Sainte Jeanne, accompagnez ceux qui se préparent au mariage
Sainte Jeanne, protégez les enfants à naître
Sainte Jeanne, protégez toutes les femmes, spécialement celles qui
attendent un enfant, celles qui n'arrivent pas à avoir d'enfant
Sainte Jeanne, protégez les femmes qui doivent subir une intervention
chirurgicale mettant leur vie en danger ou celle de leur enfant
Sainte Jeanne, consolez les mères qui pleurent un enfant
Sainte Jeanne, soutenez les mères dans leur don quotidien
Sainte Jeanne, secourez les personnes avec un handicap
Sainte Jeanne, assistez les personnes âgées, les malades, les agonisants
Sainte Jeanne, attirez-nous dans la contemplation du Verbe fait chair
Sainte Jeanne, apprenez-nous à rayonner l'Évangile de la Vie dans
l'Église et dans le monde
Remèdes à la Luxure
En
matière de pureté, il y a pour toute personne une conquête à faire :
celle de la liberté personnelle vis-à-vis des convoitises charnelles
qui, si elles ne sont pas combattues, font de nous des esclaves. Toutes
nos maladies spirituelles sont autant de formes de servitude. Malades
et esclaves au plan spirituel : tels sommes-nous au point de départ.
Nous ne pouvons pas ne pas aspirer à la santé, c'est-à-dire à la
liberté spirituelle, source de la joie de vivre. Cette aspiration
profonde à la santé de notre âme doit être notre première motivation
dans le combat que nous devons soutenir pour devenir libres.
1. Les dispositions fondamentales au combat : foi et
confiance en Dieu
Nous avons donc à combattre, pour triompher de l'esclavage de la
luxure, et acquérir en regard de la soif désordonnée des plaisirs
charnels, cette liberté intérieure que procure la vertu de chasteté.
Mais nous sommes des combattants extrêmement fragiles et faibles. De
notre faiblesse congénitale, ayant pour cause la blessure infligée à
notre nature par la faute originelle, nous ne devons jamais perdre
conscience, sous peine de ne jamais pouvoir vaincre les ennemis
intérieurs et extérieurs de notre liberté. En d'autres termes, la cause
première de tous les dérèglements de la sexualité est notre nature
d'hommes pécheurs, d'hommes profondément blessés par le péché originel.
La faiblesse affectant tout notre être à la suite de ce péché nous rend
incapables de mener quelque combat spirituel que ce soit, si nous
sommes laissés à nous-mêmes. La conscience de cette faiblesse s'appelle
l'humilité. Elle nous rappelle sans cesse que nous avons absolument
besoin d'un puissant secours venant d'En-Haut, c'est-à-dire de la grâce
de Dieu pour entreprendre le grand combat de la chasteté. Ce combat est
grand parce qu'il exige de grands efforts, mais ces efforts ne sont
possibles que sous l'impulsion et l'influence constante de la grâce de
Dieu. La luxure jette l'âme dans de profondes ténèbres : elle ne peut
en sortir que si la lumière de Dieu l'effleure, par manière d'appel, et
si elle permet à cette douce lumière de pénétrer de plus en plus en
elle.
2. La place de la prière
Cette permission que l'âme impure donne à la lumière divine d'entrer en
elle - tant Dieu respecte sa liberté - se fait par les gémissements de
la prière. De sorte que la prière est le premier remède à la luxure, à
tous les vices qu'elle engendre et à toutes ses conséquences par
rapport à Dieu, au prochain et à soi-même. La prière ouvre l'âme à la
médecine de Dieu. Elle la met en contact avec le divin Médecin,
Jésus-Christ, sans l'action duquel aucune âme souffrant de la maladie
de l'impureté ne pourra jamais être parfaitement guérie. La luxure
replie l'âme sur elle-même, elle l'enferme dans un triste et stérile
égoïsme, elle l'empêche d'aimer. Jésus seul, qui est l'Amour incarné et
pour les âmes source du divin amour, peut corriger l'inversion
spirituelle causée par la luxure et rendre à une âme enfermée sur
elle-même, la capacité de s'ouvrir à l'amour. La charité que le Coeur
miséricordieux de Jésus communique à l'âme qui se tourne vers lui pour
être guérie de son impureté est un divin remède à la luxure. Lorsqu'une
âme a goûté à l‘amour de Jésus, qu'elle se laisse brûler par son feu,
comment peut-elle encore soupirer après de fausses amours, qui
engendrent remords, souffrance intérieure, dégoût de soi-même? Telle
fut l'expérience de sainte Marie-Madeleine, dont le Seigneur a dit :
"Ses nombreux péchés lui sont pardonnés, parce qu'elle a beaucoup
aimé". ( Luc 7, 47).
Avant de rencontrer Jésus, Marie-Madeleine, qui avait eu plusieurs
amants, n'avait pas encore aimé, elle ne savait pas ce que c'était que
d'aimer vraiment, parce qu'elle ne recherchait que les jouissances
charnelles, qui désirées pour elles-mêmes, sont un obstacle à l'amour.
Le Seigneur Jésus, en purifiant son ardent désir d'amour véritable et
en brûlant son coeur du feu de son amour, l'a rendue capable d'aimer et
de beaucoup aimer. Ainsi la pureté dont Jésus revêt l'âme, en la
faisant accéder à la liberté de la chasteté, la rend capable d'aimer.
En ce sens, les Pères disent que la chasteté est la porte de la
charité. Sans cette vertu, qui doit être cultivée par tous,
célibataires et gens mariés, il n'y a pas de charité.
-
La prière du coeur et la prière du corps
La
prière qui met l'âme en contact avec Jésus doit tendre à devenir
continuelle, comme le murmure d'une source vive : murmure d'un coeur
soulevé par le désir d'aimer Dieu. Les Pères, en particulier saint Jean
Climaque, appellent cette prière du coeur "monologique" indissociable
de la garde du coeur, dont nous parlerons (cf l'Échelle XV,
10). Le même maître spirituel recommande pour acquérir la chasteté et
s'y maintenir, de recourir à "la prière du corps" qu'il explique ainsi
: "Ceux qui n'ont pas encore obtenu la vraie prière du coeur trouveront
de l'aide dans l'effort douloureux de la prière corporelle; je veux
dire : étendre les mains, se frapper la poitrine, lever vers le ciel un
regard limpide, gémir profondément, faire sans répit des "métanies"
(gestes d'adoration). Parmi les autres formes de prière, la psalmodie,
affirme S. Maxime le confesseur, est très efficace contre la luxure.
La
nécessité absolue de la prière pour être guéri de la maladie de la
luxure - guérison qui suppose un dur combat- manifeste que la chasteté
est une grâce que l'on reçoit de Dieu. Personne ne peut l'acquérir par
ses propres forces, témoigne saint Jean Climaque : "Que nul de ceux qui
se sont exercés avec succès à la chasteté n'estime l'avoir acquise par
ses propres forces. Car c'est chose impossible que de vaincre sa propre
nature. Quand la nature est vaincue, on doit y reconnaître la présence
de Celui qui est au-dessus de la nature" (l'Échelle, XV, 79).
S.
Jean Cassien parle dans le même sens : "Si nous avons à coeur... de
combattre dans les règles du combat spirituel, concentrons tout notre
effort à dominer cet esprit impur en mettant notre confiance non pas
dans nos forces - car l'activité humaine n'en serait jamais capable -
mais dans l'aide du Seigneur. Car l'âme sera nécessairement attaquée
par ce vice aussi longtemps qu'elle ne reconnaîtra pas qu'elle mène une
guerre au-dessus de ses forces et que sa peine et son application à
elle, ne peuvent obtenir la victoire si le Seigneur ne lui vient en
aide et ne la protège". (Institutions Cénobitiques VI, 5)
-
La prière à la Vierge Marie
Notre prière s'adresse toujours à Dieu-Amour infini : grâce à l'esprit
d'adoption filiale que son Esprit a répandu sur nous, en tant
qu'enfants qu'Il a adoptés et incorporés à son Fils unique, nous osons
l'appeler Notre Père, et comme de petits enfants, lui crier notre
confiance et notre amour. Nous lui manifestons ainsi nos besoins, nous
l'appelons constamment à notre secours par Jésus-Christ, son Fils
bien-aimé, qui s'est fait notre frère. Notre prière au Père passe par
le Coeur de son Fils Jésus notre Sauveur. L'efficacité de notre prière
dépend de notre degré de foi, d'humilité et de confiance et de la
pureté de nos intentions. Un secret pour entrer dans le Coeur de Jésus,
dans son humilité et sa douceur, et ainsi toucher infailliblement le
Coeur du Père, c'est au témoignage de plusieurs saints, de passer par
le Coeur immaculé de Marie, surtout pour obtenir la pureté. Le pape Pie
XII écrivait à ce sujet, dans l'encyclique Sacra virginitas :
"pour garder la chasteté pure et la perfectionner, il existe un moyen
dont l'efficacité merveilleuse est confirmée par l'expérience des
siècles, à savoir une dévotion solide et très ardente envers la Vierge
Mère de Dieu, qui, selon saint Ambroise, est la maîtresse de la
virginité".
3.
Le rôle des sacrements
Si la prière nous met en contact avec Jésus, ouvre notre coeur aux
influences de sa grâce purificatrice et libératrice, c'est surtout par
ses sacrements que notre divin Médecin agit directement dans notre âme.
Ainsi les sacrements de pénitence et d'eucharistie sont indispensables
comme divins remèdes à la terrible maladie de l'impureté. Aux âmes
surprises par quelque faute contre la pureté, Laurent Scupoli, dans son
traité Le combat spirituel, prescrit de recourir sans délai au
sacrement de pénitence:
"Quand vous avez eu le malheur ou la malice de commettre quelque faute
contraire à la vertu de pureté, si vous voulez éviter d'accumuler
fautes sur fautes, il faut bien vite, et sans autre examen de
conscience, recourir au sacrement de pénitence. Là, mettant de côté
toute prudence humaine, vous direz bien franchement tous vos péchés; et
vous accepterez tous les remèdes que l'on vous indiquera, tous les avis
que l'on vous donnera, quelque amers et quelque durs qu'ils vous
paraissent.
Qu'il n'y ait pour vous, ni raison, ni prétexte de retarder cette
démarche : en pareille matière, le retard amène de nouvelles chutes;
ces rechutes, ensuite, conduisent elles-mêmes à de nouveaux délais;
vous passez des années entières sans vous confesser, avec une
conscience chargée d'une multitude de péchés".
Saint François de Sales, qui eut pour maître spirituel Laurent Scupoli,
fait écho à sa doctrine, lorsqu'il écrit : "Confessez-vous plus souvent
que de coutume et communiez". L'union à Jésus-Christ commencée dans la
prière se consomme dans la sainte communion, le plus divin remède à
l'impureté : "Tenez-vous toujours proche de Jésus-Christ crucifié, et
spirituellement par la méditation, et réellement par la sainte
communion. Car tout ainsi que ceux qui couchent sur l'herbe nommée agnus
castus deviennent chastes et pudiques : de même reposant votre
coeur sur Notre-Seigneur qui est le vrai Agneau chaste et immaculé,
vous verrez que bientôt votre âme et votre coeur se trouveront purifiés
de toutes souillures et lubricités" (Introd. à la vie dévote, 3e
partie, ch. XIII).
4. La vigilance
Le
commandement que le Seigneur nous fait dans l'Évangile "Veillez et
priez" s'applique particulièrement à la lutte qu'il faut mener contre
la luxure, avec le secours de sa grâce. La prière serait inutile sans
une vigilance continuelle, c'est-à-dire une attention délicate à tout
ce qui se passe en nous et à l'extérieur de nous et risque de porter
atteinte à la vertu de chasteté.
1) la fuite des occasions
La
vigilance, qui est une expression de la vertu de prudence, nous invite
d'abord à fuir les occasions de péché : saint François de Sales nous
conseille de fuir ces occasions promptement. Laurent Scupoli, l'un de
ses auteurs préférés, explique pourquoi il faut fuir les dangers
menaçant réellement la pureté et il nous dit ensuite ce qu'il faut fuir.
a) Pourquoi il faut fuir les occasions
"On triomphe de toutes les autres passions en les attaquant de front,
remarque-t-il, et quand même on en aurait reçu quelques blessures, il
faudrait les provoquer encore à de nouveaux combats, jusqu'à ce qu'on
les eût réduites dans leurs derniers retranchements. Mais pour cette
passion contraire à la vertu de pureté, non seulement il ne faut point
la provoquer, mais il faut encore s'éloigner soigneusement de tout ce
qui pourrait l'exciter. C'est donc par la fuite, et non par le combat,
qu'on triomphe des tentations de la chair et qu'on mortifie les
passions sensuelles. Ainsi, celui-là sera plus certainement vainqueur,
qui prendra plus rapidement la fuite et qui s'éloignera plus loin des
occasions". (Le combat spirituel, éd. Fides, Montréal, 1946, p.
294). Ce langage est clair et il est fondé sur l'expérience. En matière
de lutte contre la luxure, c'est-à-dire de combat pour acquérir et
affermir la chasteté, le courage ne consiste pas à résister à des
tentations auxquelles on s'exposerait mais plutôt à fuir ce qu'on sait
par l'expérience être une source de tentations. Il y a un grand danger
à présumer de ses forces, et à penser qu'on est suffisamment aguerri,
suffisamment vertueux de sorte qu'on peut se permettre de fréquenter
n'importe qui et n'importe quel endroit, de regarder n'importe quel
spectacle et n'importe quelle image, d'écouter n'importe quel discours
ou n'importe quelle chanson. Le courage consiste plutôt dans un
renoncement radical aux diverses sources de plaisir malsain.
Scupoli répond ainsi aux personnes qui objectent qu'elles sont autant
capables de s'exposer aux tentations que tant d'autres qui s'y sont
exposées toute leur vie et n'ont pas succombé : "Laissez ces
imprudences au jugement de Dieu. Et d'ailleurs, il ne faut pas toujours
juger selon les apparences... Fuyez donc quant à vous, soyez docile aux
avis et aux exemples que Dieu vous donne dans la sainte Écriture, dans
la vie de tant de saints illustres, et, chaque jour encore, par tout ce
que vous voyez autour de vous. Fuyez, fuyez sans vous retourner pour
voir l'objet dont vous vous éloignez, ni pour y réfléchir; un seul
regard en arrière est un danger en pareille circonstance" (ibid).
b) ce qu'il faut fuir
Il
ne s'agit pas de fuir ses responsabilités. Il ne s'agit pas non plus de
fuir certaines personnes et certains endroits qu'on doit fréquenter par
devoir d'état, bien qu'en toute circonstance où la vertu de pureté est
plus ou moins blessée, la vigilance s'impose. Voilà ce qu'il faut fuir,
selon Scupoli : "La première et principale fuite, c'est celle des
personnes qui nous exposent à un danger certain. La seconde est la
fuite des autres personnes que nous ne sommes pas obligés de fréquenter
et qui pourraient aussi nous mettre dans quelque péril. La troisième
est la fuite des visites, des correspondances, des présents, et même
des amitiés vagues : car ce genre d'affection est susceptible de
dégénérer facilement en amitié dangereuse. La quatrième est la fuite
des entretiens passionnés, des concerts, des chants et des lectures qui
peuvent exalter les mauvaises passions. La cinquième, c'est la fuite de
la satisfaction générale que l'on recherche instinctivement dans les
créatures : ainsi, par exemple, la satisfaction qui se trouve dans les
vêtements, dans l'ameublement, dans la nourriture, et dans mille autres
choses". Cette dernière fuite de la satisfaction générale recherchée
dans les créatures signifie que la victoire à remporter sur la luxure,
et donc sur tous les désordres sexuels, suppose un certain esprit
évangélique de sacrifice, rendant capable de renoncer à bien des
plaisirs légitimes. Lorsqu'une personne a toujours été assoiffée du
maximum possible de plaisirs légitimes, comment peut-elle être disposée
à renoncer à des plaisirs illicites ?
2) La garde des sens
Au remède de la vigilance se rattache ce que les Pères et les
auteurs spirituels appellent "la garde des sens". Nos sens extérieurs
et intérieurs nous mettent en relation avec le monde sensible des
formes, des corps, des couleurs, des sons, des odeurs, dont nous
conservons intérieurement les images et les sensations par la mémoire
et l'imagination. Les sollicitations aux plaisirs désordonnés de la
luxure entrent très facilement en nous par la porte des sens. Voilà
pourquoi il faut veiller constamment sur eux. "La chasteté, écrit saint
François de Sales, dépend du coeur, comme de son origine, mais elle
regarde le corps comme sa matière. C'est pourquoi elle se perd par tous
les sens extérieurs du corps, et par les cogitations (les pensées) et
les désirs du coeur. C'est impudicité de regarder, d'ouïr (écouter), de
parler, odorer (sentir), de toucher des choses déshonnêtes, quand le
coeur s'y amuse et y prend plaisir. Saint Paul dit tout court, que la
fornication ne soit pas mêmement nommée entre vous. Les abeilles non
seulement ne veulent pas toucher les charognes, mais fuient et haïssent
extrêmement toutes sortes de puanteurs qui en proviennent. L'Épouse
sacrée, au Cantique des Cantiques, a ses mains qui distillent la
myrrhe, liqueur préservative de la corruption. Ses lèvres sont bandées
d'un ruban vermeil, marque de la pudeur des paroles; ses yeux sont de
colombe, à raison de leur netteté; ses oreilles sont des pendants d'or,
enseigne de pureté, son nez est parmi les cèdres du Liban, bois
incorruptible : telle doit être l'âme dévote, chaste, nette, et
honnête, de mains, de lèvres, d'oreilles, d'yeux et de tout son corps" (Introd.
à la vie dévote, 3e partie, ch. XIII).
Comme le corps est la matière de la chasteté, il importe de respecter
son propre corps, de "ne jamais se laisser toucher d'une façon
déshonnête", et aussi d'avoir un respect absolu pour le corps d'autrui.
Cultiver ce respect du corps est un remède préventif de la luxure.
3) L'ascèse corporelle
Mais il faut aussi, avec la grâce de Dieu, maîtriser les mouvements
désordonnés de la chair, l'impétuosité des sens échappant au joug de la
raison. Cela se fait par une ascèse corporelle, à laquelle conduit la
vigilance. Ce sont les Pères du désert qui ont développé les pratiques
de cette ascèse corporelle, qui comporte principalement le travail, les
veilles et le jeûne. Ces trois moyens sont des remèdes à des causes
fréquentes de luxure. Ainsi, le travail corporel a pour but d'éviter
l'oisiveté qui favorise la naissance de pensées passionnées et de
fantasmes. Les veilles ont pour but de réduire le sommeil dont l'excès
favorise la luxure. Le jeûne occupe la place essentielle dans l'ascèse
corporelle, dans la mesure où l'excès de nourriture apparaît comme l'un
des principaux facteurs favorisant la luxure. Pour Philoxène de
Mabboug, la gourmandise est la cause physique principale de la luxure.
C'était aussi l'avis de Jean Cassien et de plusieurs Pères. D'où leur
insistance sur le remède du jeûne. Saint François de Sales connaissait
parfaitement le bien-fondé de ces pratiques ascétiques, mais pour ne
pas trop affaiblir le corps, au risque de le rendre incapable de
travailler, il ne voulait pas que le jeûne fût rigoureux, et il
préférait plutôt mettre l'accent sur la fidélité au travail. "Le jeûne
et le travail matent et abattent la chair. Si le travail que vous ferez
vous est nécessaire et fort utile à la gloire de Dieu, j'aime mieux que
vous souffriez la peine du travail que celle du jeûne. C'est le
sentiment de l'Église, laquelle pour les travaux utiles au service de
Dieu et du prochain, décharge ceux qui les font, du jeûne même
commandé" (Introd. à la vie dévote, 3e partie, ch. XXIII).
4) la garde du coeur
Comme le siège de la fonction sexuelle est autant, sinon plus, dans
l'âme que dans le corps, les moyens de l'ascèse corporelle sont
insuffisants pour la maîtriser. C'est pourquoi il faut combattre la
luxure au plan de l'âme autant sinon plus qu'au plan du corps.
"L'Ennemi, note saint Jean Cassien, nous attaque sur un double front.
Il faut donc aussi y résister sur deux fronts : et de même qu'il tire
sa force ou sa faiblesse et du corps et de l'âme, de même ne peut-il
être débouté que par ceux qui combattent à la fois sur les deux plans" (Institutions
cénobitiques VI, 1).
Tous les Pères insistent sur le fait que la chasteté ne consiste pas
seulement ni principalement dans la continence corporelle et que
celle-ci est inutile si l'âme reste habitée de désirs et d'imaginations
impures. Parce que "la convoitise qui s'accomplit par le corps ne vient
pas du corps", le principe de la chasteté est dans l'âme
essentiellement et c'est principalement dans "l'intégrité du coeur"
qu'elle consiste, précise saint Jean Cassien (Instit. cénobit.
VI, 19). Parce que les désirs, les pensées passionnées, les
imaginations et les fantasmes naissent du coeur (Mt 15, 19), c'est dans
la garde du coeur que consiste la thérapeutique principale de la
luxure. "Il faut en premier lieu porter remède à ce d'où l'on sait que
découle la source de la vie et de la mort, comme le dit Salomon :
"garde ton coeur avec grande attention, car c'est de là que jaillit la
vie" (Pr. 4, 23). En effet, la chair obéit à la décision et au
commandement du coeur (ibid).
La
garde du coeur, qui suppose le discernement et la vigilance-sobriété
spirituelle, consiste à rejeter les pensées, souvenirs et imaginations
mauvaises dès qu'elles surgissent, alors qu'elles ne sont que des
suggestions, afin d'éviter d'y consentir et d'en jouir et de faire
ainsi place à la passion dans l'âme puis dans le corps. (Jean Climaque,
l'Échelle, XV, 6; Jean Cassien, Instit. cénob. VI, 9).
Dans le combat contre cette passion particulièrement, en raison de sa
grande force, il convient de préférer le refus immédiat des suggestions
à la réfutation des pensées, comme l'enseigne saint Jean Climaque :
"N'espère pas repousser le démon de la luxure par la discussion et la
contradiction, car, ayant pour arme la nature, il trouvera de bonnes
raisons" (L'Échelle XV, 22). En d'autres termes, si des pensées
et imaginations impures t'envahissent, ne les regarde pas, ne les
examine pas, ne les analyse pas, n'essaie pas de voir si tu as
consenti, ne reviens pas sur elles, mais n'y porte aucune attention,
méprise-les totalement en portant ton attention sur un autre objet.
Laurent Scupoli, ayant visiblement bien assimilé l'enseignement de
saint Jean Climaque, donne ce conseil : "Quand la tentation des
plaisirs sensuels tourmente l'esprit plus vivement, certains livres
conseillent, pour en obtenir la délivrance, de s'appliquer à la
méditation de la turpitude de ce vice, de son insatiabilité, de ses
dégoûts, des amertumes qui en sont la conséquence, des dangers et de la
ruine auxquels il expose les intérêts, la vie et l'honneur : j'avoue
que je ne suis pas de cet avis.
"Ce moyen n'est pas toujours sûr pour vaincre la tentation, et même il
peut parfois devenir dangereux. Il est bien vrai qu'il a pour but de
chasser les mauvaises pensées, mais il offre aussi l'occasion et le
péril d'y prendre plaisir et de consentir à cette délectation. C'est
pourquoi le meilleur moyen est de fuir entièrement, non pas seulement
ces mauvaises pensées, mais aussi toutes celles qui pourraient nous les
rappeler, alors même qu'elles se présenteraient sous l'apparence de la
vertu contraire". (Le combat spirituel, ch. XIX).
5. la lecture et la méditation attentive de la
Parole de Dieu
S'il ne convient pas de porter attention aux désirs et pensées impures,
si ce n'est pour les rejeter immédiatement et totalement, c'est-à-dire
de ne faire aucun retour sur elles, il convient par contre
souverainement de remplir sa pensée et son coeur de la Parole de Dieu
et surtout du souvenir des paroles et gestes merveilleux d'amour
accomplis par Jésus pour notre salut. Une mémoire pleine de l'amour de
Jésus, qui demeure sans cesse émerveillée devant les expressions
suprêmes de son amour, la sainte Eucharistie et la Croix, rejette
instinctivement toute pensée et tout désir impurs.
6.
le souvenir de nos fins dernières
La luxure produit un aveuglement tel dans l'âme, qu'elle en vient à
oublier le sens même de la vie : nous venons de Dieu qui nous a faits à
son image et nous allons vers Lui. Le temps que nous passons sur la
terre est très bref. Bientôt nous serons projetés dans l'éternité.
L'instant de notre mort doit être pour nous le plus heureux de notre
vie. Pour que notre mort soit cet heureux passage, il faut s'en
souvenir. S. Jean Climaque considère cette mémoire de la mort comme
l'un des meilleurs auxiliaires thérapeutiques de la luxure aux côtés de
la prière du coeur. (L'Échelle, XV, 52).
7.
l'obéissance au Père spirituel et l'ouverture du coeur
L'obéissance au Père spirituel et l'ouverture du coeur sont encore
considérées comme des moyens de venir à bout de la passion de luxure et
d'acquérir la chasteté. L'ouverture du coeur en toute simplicité au
confesseur est un remède à l'inquiétude et éventuellement au scrupule.
À ce sujet, Laurent Scupoli recommande : "Évitez de vous préoccuper de
vos tentations sous prétexte de savoir si vous y avez consenti ou non.
Il y a un piège du démon sous cette apparence trompeuse : il cherche à
vous inquiéter et à vous rendre défiant et pusillanime; ou bien encore,
en vous entretenant dans ces préoccupations, il espère vous faire
tomber dans le consentement de quelque délectation coupable. Aussi, à
moins que votre consentement ne soit bien certain, il faut, en pareille
matière, vous contenter de déclarer brièvement à votre confesseur ce
que vous en savez. Après cela, vous vous en rapporterez à son avis, et
vous demeurerez tranquille sans y penser davantage. Mais soyez fidèle à
découvrir à votre père spirituel toutes vos pensées et que jamais la
crainte ou la honte ne vous retienne" (Le combat spirituel, ch.
XIX).
J.R.B.
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Extrait de La
luxure, édit. Clinique Lumen Christi, Montréal, 2004, 44 p.
GAZA
La situation désespérée de la population palestienne
Témoignage d'un Père franciscain
Le jeudi 20 février 2003, avec deux médecins de la
"Coopération Italienne" j'ai voulu retourner à Gaza. Il faisait un
drôle de climat : pluie torrentielle de mon départ à mon arrivée, puis
des rayons de soleil suivis de tempête de vent toute la journée.
C'était la seconde fois que je me rendais à Gaza. La première fois
remontait à 1984. Je conservais un souvenir attristé de cette visite.
J'avais entendu parler de la "Bande de Gaza " et des souffrances de sa
population à tel point que je désirais voir de mes yeux et entendre de
mes oreilles la façon dont on y vivait. Je m'étais présenté au curé
catholique latin qui était espagnol ; il avait une allure énergique et
m'accueillit avec cordialité. Il me décrivit en détail la situation ;
mais mon projet était surtout de visiter l'un des camps de réfugiés.
Quelques jours auparavant s'y était passée une violente bagarre entre
soldats israéliens et réfugiés palestiniens. Il y avait eu plusieurs
morts. La situation n'y était pas tranquille. Aussi le curé me dit-il
qu'il n'était pas prudent d'y aller. J'insistais tant qu'il me laissa
libre de m'y rendre, mais accompagné par un jeune musulman qui
connaissait bien le coin et la situation. Ma première impression, en
regardant autour de moi, fut de me trouver dans un contexte humain
extrêmement désolant. En me voyant, quelques bambins sont accourus vers
moi et m'ont salué. Quelques caramels que je leur ai donnés les ont
transformés en amis. Ensemble nous sommes entrés dans le camp de
réfugiés qui s'étendait au bord de la mer Méditerranée. Les gens me
regardaient d'un air soupçonneux mais, en voyant mes relations amicales
avec les bambins, ils changèrent de comportement et m'invitèrent à
prendre une tasse de thé sous une grande tente ; celle-ci se remplit
rapidement de curieux. Je me mis à converser en anglais avec deux
jeunes du camp qui servaient d'interprètes. C'était un vendredi,
l'équivalent de notre dimanche pour les musulmans. Peu après arriva
l'iman de la mosquée voisine. Il fut sans doute étonné de voir tant de
gens groupés autour de moi. Il s'avança avec curiosité et me salua avec
courtoisie, en parlant un mélange d'anglais et d'espagnol difficilement
compréhensible. Bien plus, il m'invita à partager un repas frugal de
poisson grillé. La conversation se déroula amicalement, avec toujours
le même thème, répété sans cesse: leur triste histoire, leur manque
d'espérance.
Le temps passait ; arriva le moment de les quitter.
Avant de partir, je cherchai dans mon sac quelques dollars que j'avais
apportés et je dis :" prenez pour acheter quelque chose pour vos
enfants ". L'iman me répondit avec grande dignité : "Merci, cher ami,
mais je vous demande une chose très importante pour nous tous qui
sommes ici. Quand vous retournerez en Europe, ne nous oubliez pas.
Voyez comme nous sommes ici depuis des dizaines d'années avec notre
pauvreté ; ici on naît et on meurt ; je vous en prie, criez à tous ceux
que vous rencontrerez notre faim de liberté".
Dix-neuf ans après, je suis retourné à Gaza. Entre
temps il y avait eu de grands changements. La zone voisinant la
frontière avait été transformée : un système protecteur de barrières en
ciment avait été disposé en zig zag pour obliger les automobiles à
ralentir et pour contrôler leur passage. À l'intérieur il y avait de
longs réseaux de fils de fer barbelés.
Ayant laissé mes compagnons de voyage, je me fis
conduire à la maison du curé catholique. C'est un Palestinien du
Patriarcat Latin, le Père Manuel Musallam. Une file d'attente entrait
chez lui et en sortait. Il n'est pas difficile d'imaginer ce que ces
gens venaient demander à l'Abuna (le Père). Dès qu'il fut libre, il
vint à ma rencontre et m'invita avec courtoisie à prendre un café. Nous
nous sommes mis à parler tranquillement.
Gaza est une bande de terre longeant le rivage de
la mer, d'une grande densité de population. Sur environ 1 200 000
habitants les catholiques sont à peine 200; les Grecs orthodoxes sont
environ 3000 ; tous les autres sont musulmans. Le Père Manuel, en plus
de sa fonction de curé, a la responsabilité de deux écoles, l'une
primaire, l'autre secondaire, groupant 1200 élèves.
Le territoire de la Bande de Gaza est divisé par de
nombreuses barrières ; de même la ville de Gaza. Cela entraîne
d'énormes difficultés de mouvement pour la population, obligée à de
longs détours à travers les camps pour contourner ces barrières et les
postes militaires. C'est une forme de punition collective qui en arrive
à exaspérer les conditions de vie déjà très dures.
Il y a absence de travail et de commerce ; tout
dépend des importations israéliennes. La seule ressource locale est le
peu qu'y produit la terre ; mais il y a péril permanent à aller et
venir et à passer d'une zone à l'autre. C'est de la grande misère ;
tout manque ; il y a peu d'argent en circulation. Le curé m'évoque un
fait qui semble incroyable : dans une famille on se prête mutuellement
les vêtements personnels ; par exemple quand un membre de la famille
veut sortir de la maison, il emprunte les souliers d'un autre membre et
les lui rend quand il rentre; c'est une sorte de louage en famille! On
vit dans la peur, surtout la nuit, à cause des irruptions imprévisibles
et meurtrières des hélicoptères et des chars de combat.
Le Père Manuel est totalement à l'unisson des
besoins et des souffrances de cette population qui est devenue la
sienne. Il est l'homme de tous, musulmans et chrétiens, sans
distinction des croyances ; pour lui tous sont fils de Dieu
pareillement. Il me dit : " Comment faire ? La Providence existe. J'en
fais l 'expérience jour après jour ". La population l'aime et le
respecte. Une grande partie de son temps est consacrée à ses deux
écoles. Je constate que les enseignants et les élèves s'adressent à lui
avec une respectueuse familiarité. C'est un éducateur à la fois patient
et sévère. Dans chaque classe il a mis une tirelire où les élèves
mettent le peu qu'ils ont. Chaque mois on vide les tirelires et les
élèves vont, accompagnés de leurs professeurs, apporter leur petit
contenu aux familles les plus nécessiteuses. L'école ne doit pas
seulement instruire mais éduquer. Les élèves ne doivent pas seulement
en bénéficier mais en être responsables. C'est de cette même façon que
je cherchais, quand j'étais missionnaire dans la jungle de la Nouvelle
Guinée, à éduquer nos jeunes kanaks.
Dans cette Bande de Gaza ont été construites une
dizaine d'implantations juives. Y vivent environ 4000 juifs israéliens
auxquels rien ne manque (de même que rien ne manque à toutes les autres
implantations juives disséminées dans les territoires occupés) :
lumière, eau, rues privées et la protection de milliers de militaires
sur pied de guerre permanent. La population est résignée, me dit le
Père ; elle est habituée à vivre ainsi comme si elle était en prison ;
elle est perpétuellement en état d'alerte. Le Père est, lui aussi,
résigné. Durant les incursions nocturnes des bombardiers F16 et des
hélicoptères de combat, il ne descend plus dans la rue pour chercher un
lieu de plus grande sécurité ; il se confie au Seigneur et continue à
dormir dans la mesure du possible.
Cette population est bonne, me dit-il, mais elle
vit comme dans une immense prison ; car Gaza est vraiment une prison.
Malheureusement certains sont désespérés, surtout les jeunes et les
pères de famille qui n'ont pas de quoi donner à manger à leurs enfants.
Aussi sont-ils influençables, mobilisables, facilement piégés par
l'extrémisme musulman. Le désespoir leur donne la conviction qu'ils
n'ont rien à perdre et alors ils se lancent follement dans des
aventures aveugles d'attentats sans limites. On ne réussit pas toujours
à leur faire surmonter leur désespérance. Il n'est pas facile de le
comprendre pour qui vit en sécurité. Il est trop facile de porter des
jugements pour qui, vivant en paix, se contente de jugements théoriques
sur la situation, pour qui a tout, y compris la liberté.
Au long des jours existent aussi des provocations
de la part des Israéliens : destruction de maisons, arrachage des
oliveraies, coupures subites d'électricité, blocage des canalisations
d'eau, expropriations forcées de terres cultivables... C'est une
politique préventive à long terme, mais intentionnellement progressive
et mensongère, de sorte que cette bande de terre qui longe la côte
méditerranéenne est peu à peu grignotée et sa superficie réduite. Il
s'agit d'une conquête lente d'une bande qui n'a qu'une cinquantaine de
kilomètres de littoral nord-sud avec seulement sept ou huit kilomètres
de large, de profondeur. Il s'agit d'un étranglement calculé et
programmé à tous les points de vue: physique, humain, économique,
culturel et moral.
Abuna Emmanuel m'ajoute ces réflexions: "Tous les
Israéliens n'approuvent pas ce qui est fait ici. Mais les Israéliens
qui en sont coupables ne peuvent dormir tranquilles avec une mauvaise
conscience : cette occupation brutale, ces incursions, ces couvre-feu
imprévus, ces destructions de maisons, ces éliminations préventives et
délibérées de personnes qui sont simplement suspectes, ces
confiscations arbitraires de terrains ne les rendent ni tranquilles, ni
heureux. Ils n'ont pas de limites. Ils veulent tout, comme si tout leur
était dû. Ils veulent toujours plus. Ils agissent en maîtres parce
qu'ils savent qu'ils sont les plus forts. Rien ne les contente. Ils
manquent de sécurité et ils ont peur, la peur de qui n'a pas la
conscience tranquille, de qui tue sans scrupule enfants et innocents.
L'Histoire les jugera ".
__________________________
Témoignage du Père Marco Malagola, O.F.M., paru dans La
Terre Sainte, nov,-déc. 2004, p.308-311
Prière de Paul Claudel à la Vierge Marie
Je vois l'Église ouverte, il faut entrer ...
Mère de Jésus-Christ, je ne viens pas pour prier
Je n'ai rien à offrir, et rien à demander.
Je viens seulement, Mère, pour vous regarder
Vous regarder, pleurer de bonheur...
Savoir cela que je suis votre fils et que vous êtes là ;
rien que pour un moment pendant que tout s'arrête,
Être avec vous, Marie, en ce lieu où vous êtes
Ne rien dire, regarder votre visage
Laisser le coeur chanter dans son propre langage
Ne rien dire mais seulement chanter
parce qu'on a le coeur trop plein
parce que vous êtes belle
parce que vous êtes immaculée
la femme de la grâce enfin restituée
la créature dans son honneur premier
et dans son épanouissement,
telle qu'elle est sortie de Dieu au matin de sa splendeur originale,
intacte, ineffablement
parce que vous êtes la mère de Jésus-Christ
qui est la vérité entre vos bras,
et la seule espérance, et le seul fruit
parce que vous êtes la Femme, l'Eden de l'ancienne tendresse oubliée,
dont le regard trouve le coeur tout à fait et fait jaillir les larmes
accumulées
parce que vous m'avez sauvé
parce qu'à l'heure où tout craquait, c'est alors que vous êtes
intervenue
parce que nous sommes en ce jour d'aujourd'hui,
parce que vous êtes là pour toujours.
simplement parce que vous êtes Marie,
simplement parce que vous existez, Mère de Jésus-Christ, soyez
remerciée.