Le salut de la société par la foi chrétienne
Le monde actuel a besoin de catholiques convaincus
Aujourd'hui plus que jamais, qu'on le comprenne
bien, la société a besoin de doctrines fortes et conséquentes avec
elles-mêmes. Au milieu de la dissolution générale des idées,
l'assertion seule, une assertion ferme, nourrie, sans alliage, pourra
se faire accepter. Les transactions deviennent de plus en plus stériles
et chacune d'elles emporte un lambeau de la vérité. Comme aux premiers
jours du christianisme, il est nécessaire que les chrétiens frappent
tous les regards par l'unité de leurs principes et de leurs jugements.
Ils n'ont rien à emprunter à ce chaos de négations et d'essais, de tout
genre qui atteste si haut l'impuissance de la société présente. Elle ne
vit plus, cette société, que de rares débris de l'ancienne civilisation
chrétienne que les révolutions n'ont pas encore emportés et que la
miséricorde de Dieu a préservés jusqu'ici du naufrage. Montrez-vous
donc à elle tel que vous êtes au fond, catholique convaincu. Elle aura
peur de vous peut-être quelque temps, mais soyez-en sûr, elle vous
reviendra. Si vous la flattez en parlant son langage, vous l'amuserez
un instant, puis elle vous oubliera ; car vous ne lui aurez pas fait
une impression sérieuse. Elle se sera reconnue en vous plus ou moins,
et comme elle a peu de confiance en elle-même, elle n'en aura pas en
vous davantage.
Il y a une grâce attachée à la confession pleine et
entière de la Foi. Cette confession, nous dit l'Apôtre, est le salut de
ceux qui la font et l'expérience démontre qu'elle est aussi le salut de
ceux qui l'entendent. Soyons catholiques et rien d'autre chose que
catholiques, ni philosophes, ni rêveurs d'utopies, et nous serons ce
levain dont le Seigneur dit qu'il fait fermenter toute la pâte. Je le
répète, il en fut ainsi au commencement. Si la société a une chance de
salut, elle est dans l'attitude de plus en plus résolue des chrétiens.
Que l'on sache que nous ne transigeons sur rien, que nous dédaignons de
répéter le jargon des philosophes. C'est une vérité de fait que le
christianisme s'impose, non par la violence, mais par l'ascendant de la
conviction de celui qui le prêche.
Dom Guéranger
Le mal au début de l'histoire
Le péché originel, vérité essentielle
Il est peu de vérités qui soient plus remises en
question dans le monde théologique actuel que le dogme du péché
originel. Théologiens, historiens, philosophes dans le vent, imbus de
freudisme, de marxisme et surtout intoxiqués par la théorie de
l'Évolution, cette grande mystification matérialiste, s'acharnent
contre cette vérité que Dieu nous a révélée. Lui ne peut ni se tromper,
ni nous tromper. La doctrine du péché originel est une vérité définie
par le Magistère de l'Église de façon bien claire et définitive. Est anathème
celui qui la nie ou la déforme. Rappelons qu'anathème veut dire "
maudit ", ce qui devrait faire réfléchir !
(...)
La doctrine du péché originel est donc reléguée aux
oubliettes, on en rougit devant la "science" et les défenseurs
de l'Homme " si bon par nature et mauvais par fréquentation de ses
semblables ". Mais si l'homme ne fait rien de mal, il faut donc que le
responsable du mal soit son Créateur. C'est une grave
accusation d'imprévoyance et même de méchanceté. On comprend que la
Sainte Église ait en horreur une telle injustice, une telle
ingratitude, une telle contre-vérité.
Si l'on veut bien considérer la place que lui fait
saint Thomas dans sa théologie, il est aisé de se convaincre de l'importance
capitale du péché originel, dans la solution du problème du mal et
de la souffrance. Il ne s'agit pas d'un symbole, d'une façon de
dire que...
L'Eglise affirme, avec toute la majesté et la
tranquillité de sa science des choses divines, que le péché originel
est un fait historique, qu'Adam n'est pas un mythe et que la
Sainte Écriture dit vrai. Et elle excommunie avec horreur ceux
qui, par orgueil insensé, osent le nier, faisant du Créateur un
"mal-faiteur" au sens propre. Ce qui est un péché terriblement grave
contre l'Esprit de Vérité et d'Amour.
La vie chrétienne ne serait pas intelligible sans
la ferme adhésion à la doctrine du péché originel, lumière que nous
donne la Bonté de Dieu pour nous sauver de l'ignorance et de la
confusion. Effacez-la, tout est sapé à la base. Le mystère de
la Rédemption, par les mérites réparateurs du Christ, devient
incompréhensible. La Passion devient inutile. Le Baptême et les
Sacrements deviennent superflus, et l'Église n'a plus de raison d'être.
Tout est détruit.
Cette offensive contre la doctrine, contre cette
lumière qui nous informe, est oeuvre de ténèbres et porte l'horrible
signature de celui qui veut détruire l'oeuvre divine : l'Adversaire. Il
faut être bien endormi pour ne pas sentir là sa haine contre le Christ,
le nouvel Adam, le Sauveur, le révélateur de la Miséricorde divine qui
surabonde, là où le péché a abondé. Malheur à ses complices
conscients ou inconscients !
Le péché originel est un mystère qui demande notre
Foi. Ce mystère n'est pas contraire à la raison. Comme dans tous nos
mystères, il y a du clair et de l'obscur : assez de clarté pour
nourrir l'intelligence, assez d'obscurité pour élancer notre confiance
vers Dieu cru sur parole. La Sainte Écriture n'est pas un
traité de cosmologie. Sa concision n'est pas erreur. " La Bible a été
inspirée pour nous apprendre, non comment va le ciel, mais comment on y
va ! ". La théologie est la science de la Foi,
l'approfondissement méthodique de la Vérité révélée, à la lumière de la
Foi, cette Vertu qui nous est donnée d'en Haut pour adhérer de tout
notre esprit à cette Vérité. Le péché originel n'est vraiment
connu et ne peut se concevoir qu'à la lumière de la Révélation. Nous
connaissons mal le début de ce tragique événement, mais tout s'éclaire par
la fin, par le mystère de l'incarnation et de la Rédemption, par
Jésus tout entier, Lumière née de la Lumière. Le mystère de
notre incorporation au premier homme et de notre déchéance en lui,
s'éclaire par le mystère de notre incorporation et de notre relèvement
dans le Christ. "Félix culpa! heureuse faute qui nous a valu un
tel Sauveur !" chante l'Eglise dans la joie de Pâques (Exultet).
Bien loin d'abaisser la dignité de l'Homme, elle l'élève infiniment. La
chute de nos premiers parents est l'occasion de la fulgurante
Révélation de la Bonté divine qui se manifestera pleinement
dans la Passion de Jésus, Sagesse de Dieu, le Verbe fait chair.
Dieu y manifeste aussi Sa toute Puissance, son royal droit de
grâce. " Dieu ne permettrait jamais le mal dans ses oeuvres, s'il
n'était assez puissant et assez bon pour en tirer du Bien " (St
Augustin).
Faisons donc confiance à la Tradition de l'Église. Croyons
Dieu sur parole. La Sainte Ecriture ne peut mentir.
Faisons, de même, confiance à la Sainte Vierge
qui à Lourdes, en 1858, confie que son nom est : l'Immaculée
Conception. Ainsi elle confirme le dogme promulgué en 1854 par SS
Pie IX : lequel confirme avec éc1at la doctrine du péché originel. Elle
ne peut mentir. Notons qu'en 1857 Darwin publiait son livre " L'origine
des espèces " dont les matérialistes se servirent pour faire
dériver l'esprit humain de la matière animale, nier la possibilité d'un
couple unique, rejetant la création du monde aux bons soins d'un hasard
tout-puissant et d'un temps dont l'étirement tient lieu de
sagesse allant du néant au néant. Cette hypothèse veut faire
obstacle à la Création par la toute Puissance, la Sagesse et la Bonté
de Dieu. C'est une oeuvre de ténèbres qui désinforme, sous des dehors
séduisants. C'est cette théorie non prouvée qui est la thèse devenue
hélas quasi-officielle. Elle conduit à l'athéisme et à la boucherie.
Mais, grâce à Dieu, les théories mal fondées s'écroulent. La théorie freudienne
s'est effondrée dans une poussière de sectes opposées. On sait ce qui
est arrivé au marxisme. Ne nous laissons donc pas séduire;
demandons aux négateurs des preuves réelles de ce qu'ils avancent. Ils
n'en ont pas. Il serait donc bien imprudent de leur faire confiance
sans plus de certitudes. Notre Dieu est plus clair et plus sûr !
Il ne faut pas désespérer ! Nous pouvons vous
confier que, actuellement, d'authentiques savants remettent en cause
cette théorie de l'Évolution qui veut régner sans preuve de sa
légitimité. Par exemple, les datations fournies par des méthodes peu
sûres sont de plus en plus mises en doute et sans elles toute la
théorie tombe en poussière. Il faut donc soutenir ceux qui combattent
contre l'erreur. Prions pour les chercheurs. La démarche scientifique
est si belle quand elle est " recherche de paternité " !
Seigneur, faites qu'ils voient et rendent gloire au
vrai Père de toute créature, qui les aime et les attend !
Patience et confiance ! La dévotion au Chef
Sacré de Jésus "en qui sont cachés les trésors de la Sagesse et de
la Science" n'a pas d'autre but que de nous aider à chasser les
ténèbres et à réparer l'oeuvre de mort de l'orgueil intellectuel et le
refus de croire.
MMC
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extrait de Sagesse, no.405, mai-juin 2004, p.2-3.
L'Emmanuel au centre de l'histoire
Pourquoi faut-il toujours prier au nom de
Jésus-Christ?
En ces temps de confusion diabolique, où de faux
prophètes mettent en doute la nécessité d'un Créateur, d'un Sauveur, ou
mettent Jésus au rang des illuminés fondateurs de religions
impuissantes à sauver l'humanité, il est bon de rappeler que le nom de
Jésus signifle : Dieu sauve, et qu'il est le seul Sauveur
tout-puissant, comme il est le Créateur tout-puissant. Penser et
professer le contraire sous prétexte d'ouverture est une absolue trahison.
"Tout ce que vous demanderez à Mon Père en Mon Nom,
Je le ferai" (St Jean XIV, 13). "Jusqu'à présent, vous n'avez rien
demandé en mon Nom" (St Jean XVI, 24). "Sans Moi, vous ne pouvez rien
faire! " (St Jean XV, 5).
Pourquoi faut-il prier au Nom de Jésus-Christ ? Ne
peut-on se faire entendre de Dieu par un autre moyen ou avoir audience
directement ? Ce recours est-il une formalité secondaire ou est-il
essentiel à la prière ?
C'est bien entendu la seconde hypothèse qui est la
seule vraie. Il n'y a qu'un pont qui puisse nous faire
traverser l'abîme qui sépare la créature du Créateur. Il n'y a personne
qui plaise plus à Dieu que Lui-même. Il n'y a personne qui plaise plus
au Père et au Saint Esprit que le Fils. Il y a dans notre vie terrestre
des personnes à qui nous ne refusons rien, tellement nous les estimons
et les aimons, et c'est un bien faible reflet de l'amour d'estime,
de complaisance, de bienveillance qui anime les Personnes Divines.
Le recours au Christ, loin d'être une formalité, une contrainte
pénible, est au contraire une immense faveur que la Miséricorde de Dieu
nous accorde, comme un laissez-passer permanent pour avoir accès au
Coeur de Dieu. Dieu nous ouvre non seulement "ses oreilles" comme dit
le psaume, mais ses bras. Il ne peut faire plus, et ce serait une
offense de notre part de penser pouvoir faire mieux que la Providence
Divine qui a tout vu et tout prévu pour susciter nos prières, et pour
les exaucer comme elle en a le secret.
Le Notre-Père nous donne l'ordre des choses
qu'il faut demander par Jésus-Christ. Elles ne sont accordées que si
elles sont demandées : la venue du Royaume, la connaissance de la
volonté de Dieu et son exécution, le pain quotidien, le pardon des
offenses, la force dans l'épreuve, la délivrance du mal et des forces
hostiles du prince de ce monde. Jésus nous apprend à prier, et Il se
manifeste comme la Vérité de la prière, la Voie de la prière et la Vie
de la prière. Tout ce que pense et veut Jésus pour Dieu et pour nous
est révélé dans le Pater. Cette prière nous révèle le fond de sa sainte
Âme.
Jésus est notre Médiateur auprès du Père
car Il est Dieu fait homme. Qui peut mieux connaître nos besoins ? Qui
peut mieux transmettre nos désirs et surtout les purifier, les
sanctifier ? Car son but est notre bonheur éternel, qui n'a aucune
proportion avec nos désirs terrestres. Il exauce toujours, mais quand
il faut, comme il faut, où il faut, car Il est la Sagesse qui ordonne.
Nous le verrons au Ciel. C'est pourquoi il faut toujours prier, et
toujours dans l'esprit du Notre Père.
Jésus nous a rachetés et tout ce qui
concerne notre salut le concerne. Ses Saintes Plaies sont les
témoins de l'immense amour qu'il nous porte. Il les présente au Père
pour plaider notre cause, et rien n'est plus glorieux et plus précieux,
que ce rappel de la Miséricorde Divine. N'oublions pas en effet que le
Père nous a donné Son Fils Unique pour qu'il satisfasse pour nos
péchés, pour qu'il comble les vides de nos manquements, pour qu'il
répare à notre place, tant sa Justice ne peut tolérer
l'impunité de la moindre faute. L'amour du Père est égal à l'amour
du Fils, dans le drame de la Passion. Il serait parfaitement faux de
considérer Dieu le Père comme un bourreau inflexible. Il se serait
livré Lui-même si cela avait été convenable à Sa Sagesse, dit
St-Thomas. Comment voulez-vous qu'il ne nous écoute pas?
Toutes les grâces viennent de Jésus-Christ. Il en
est l'auteur et le dispensateur. Il nous les a méritées
Lui-même et à quel prix ! Nous tenons tout de Lui, nous Lui devons la
vie naturelle, car Il est la Parole qui nous a créés de rien; nous Lui
devons la vie surnaturelle et l'efficacité de nos prières.
Il est le principe de notre prière, il en
est le Moyen, il en est la Fin car nous devons prier
avec Lui, par Lui, pour être éternellement en Lui.
Certes, il ne suffit pas de dire Seigneur !
Seigneur ! C'est pourtant déjà un premier pas dont Il tient compte
car nul ne l'invoque en vain et Il connaît la faiblesse humaine. C'est
de Lui que nous apprendrons à bien vivre, à bien souffrir, à bien
travailler. Il ne faut donc jamais lâcher sa Main, Le perdre de vue. Sans
Lui, nous ne pouvons rien faire. Avec Lui, tout devient possible, y
compris de déplacer les montagnes!
Voilà pourquoi l'Église prie toujours au Nom de
Jésus-Christ. Par Lui, avec Lui, en Lui, elle rend au Père,
dans l'unité du Saint Esprit, tout honneur et toute gloire. En Lui,
elle dit son Amen. C'est bien ainsi ! Qu'il en soit ainsi!
________________________
extrait de Sagesse, no.403, p.2
À propos du film La Passion du Christ
Lettre ouverte d'un chrétien d'Orient à Mel Gibson
Nous proposons à votre méditation ce texte
remarquable de M. Antoine Assaf, écrivain et philosophe, sur le film La
Passion du Christ de Mel Gibson. L'Occident endormi dans son confort et
tous ses mensonges est-il encore capable de saisir le message de vérité
et d'amour du Christ-Jésus?
Cher Mel
Par son scandale mondial, votre Passion du
Christ a révélé au monde occidental ses propres faiblesses, sa
honte cachée et inhibée depuis des siècles. Au monde oriental, elle lui
a fait saisir le sens de son combat et la gravité de ses divisions.
Mais comme toute grande honte, elle se sauve malgré elle par l'oubli.
Je peux suivre à travers les images de votre film
comme les stations d'un chemin de croix, comme vous l'avez voulu pour
les douze dernières heures du Christ. Je verrai alors surgir, comme une
tache rouge et indélébile, toutes les nuances de ce terrible oubli.
Cinq oublis fondamentaux
Première station : l'oubli de l'identité.
L'Occident nihiliste ne veut plus reconnaître la
personne du Christ. Celui qui dit " Je suis celui qui est "
gêne la tiédeur d'un Occident qui ne voit dans l'être qu'abîme et
non-être. Vous l'avez montré dans l'affront nocturne, entre le Christ
et les soldats de Caïphe.
Ils ne veilleront pas une heure à côté de Lui; ils
ne marcheront pas sur le chemin de la croix.
Deuxième station : l'oubli de la souffrance.
L'Occident vaniteux ne veut pas voir ni sentir les
souffrances du Christ. Ni l'Occident, ni les ariens, ni les athées, ni
les musulmans après les juifs n'ont voulu reconnaître cette souffrance
qui pour eux n'est qu'apparences et mascarades. Vous l'avez évoqué
surtout dans le regard de Marie, devant la flagellation douloureuse de
son fils. Elle seule, dans sa complicité divine, l'accepte librement et
sait dire " Mon Fils, quand et où décideras-tu d'être délivré de
cela! "
Ils ne laveront pas son sang pur avec un
linceul blanc; ils ne marcheront pas à côté de la croix.
Troisième station : l'oubli du mal.
L'Occident heureux ne renoncera pas à ses plaisirs
pour reconnaître la présence du diable et son regard qui veille dans la
froideur et dans le cynisme. Le mal, pour l'Occident, est une
abstraction. Il adore sans le savoir le singe de Dieu, celui qui porte
dans ses bras, pour narguer le Christ flagellé, son fils de malheur et
de laideur : il sourit quand le Christ souffre. Vous l'avez montré dans
la nuit de Gethsémani, quand le Christ défie le diable et écrase le
serpent, et la larme de Dieu qui descend du Ciel pour faire trembler la
terre entière.
Ils ne veulent pas croire dans cet ange qui a
dit à Dieu : " Non serviam ! " Ils ont oublié l'ange noir qui
dit " Non "; ils ne marcheront pas vers la croix.
Quatrième station : l'oubli de l'amour.
L'Occident amoureux regarde Sodome et Gomorhe en
face, se retourne et ne goûte plus au sel de son âme quand ses enfants
se transformeront en statues de volupté ! Ils ne seront pas touchés par
les larmes de Marie-Madeleine convertie et éprouvée. Ils n'accepteront
pas le don du Christ sur la croix, quand les clous percent son corps
livré. Vous l'avez montré dans le sadisme des grands-prêtres et la
cruauté des soldats, devant le silence majestueux, plein de pardon du
Christ Roi.
Ils lui demanderont des preuves et des
miracles; ils ne seront pas au pied de la croix.
Cinquième station : l'oubli du jugement.
L'Occident orgueilleux fonde son avenir sur les
royaumes temporels, sur le pouvoir et sur les conquêtes. Ni le
tremblement de terre, ni le cri désespéré du diable, ni le déchirement
de Caïphe devant le mur fissuré du temple que vous avez si bien rendus,
ne seront assez pour ramener le monde au seuil du vrai Royaume.
Ils verront arriver le jour du jugement ; ils
verront le larron converti au Paradis. Ils comprendront alors que les
souffrances du diable sont sans fruit. Ils verront alors la gloire du
Messie crucifié, Messie du jugement, de la miséricorde et du salut, sur
le sommet du Golgotha.
Cher Mel, votre Christ araméen, souffrant et
glorieux, est celui que défendent les chrétiens d'Orient. Ils ont
retenu l'unique parole du Christ à sa mère, sur le chemin de la croix :
"Vois, Mère, comme je rends toute chose nouvelle!" Quand alors,
l'Orient aura envahi l'Occident avec sa force spirituelle et non par
ses kamikazes, nous nous reverrons pour vous voir tourner un film sur
le vrai Paradis.
Bien à vous,
Antoine Assaf
______________________
extrait de L'Homme Nouveau, du 2 mai 2004, p.5
Histoire de l'Église
Thomas More et John Fisher témoins intrépides de la
foi catholique
L'oecuménisme, tel qu'on le pratique habituellement
à l'heure actuelle, risque de nous faire oublier le témoignage clair et
net de tous ceux qui ont donné leur vie pour défendre la foi
catholique. Nous en avons de beaux exemples en saint John Fisher et
saint Thomas More, qui n'étaient pas des fanatiques mais de fidèles et
sages disciples de Jésus doux et humble de coeur. Ils nous rappellent
que lorsque la révélation divine est en jeu, une conscience éclairée
doit être inébranlable dans ses convictions de foi. Ils nous aident
aussi à comprendre que l'erreur, pour se propager, compte toujours sur
la faiblesse et la lâcheté. Aujourd'hui, ce qui apparaît le plus urgent
pour l'affermissement de la foi catholique, c'est un réveil général de
la foi en la présence réelle et substantielle de Jésus dans
l'Eucharistie et le saint sacrifice de la messe.
De l'établissement de la suprématie du roi Henri
VIII l'attention du parlement fut appelée sur la succession au trône,
et, par un autre acte, le mariage entre Henri et Catherine fut déclaré
illégal et invalide, et son union avec Anne de Boulen légale et
régulière ; on exclut de la succession la première descendance du roi,
et la seconde fut déclarée habile à hériter de la couronne. On déclara
haute trahison toute tentative faite pour diffamer ce mariage ou porter
préjudice à la succession des héritiers qui en proviendraient, et l'on
ordonna à tous les sujets majeurs du roi de prêter serment d'obéissance
à cet acte, sous la peine infligée à la non-révélation.
Les deux hommes les plus recommandables de
l'Angleterre, l'évêque de Rochester et le chancelier, s'étaient
constamment opposés au divorce. La réputation de Fisher et de Morus
était grande non-seulement en Angleterre, mais sur le continent, et les
plus ardents adversaires du divorce avaient l'habitude de dire qu'ils
suivaient l'opinion de ces deux hommes célèbres. Morus avait donné sa
démission de chancelier quand il vit la direction funeste que prenait
le gouvernement. Ils furent cités tous deux devant le conseil du roi,
présidé par Cromwell, et on leur demanda s'ils consentaient à faire le
nouveau serment de succession. Mais, outre la succession au trône, ce
serment comprenait encore la reconnaissance du divorce et de la
suprématie. Morus offrit de faire le serment quant à la succession,
mais non quant au reste. On lui intima qu'à moins qu'il ne donnât les
motifs de son refus on attribuerait ce refus à son obstination. - Morus : " Ce n'est point par obstination, mais
dans la crainte de blesser. Donnez-moi une suffisante garantie que le
roi ne s'en offensera pas, et j'expliquerai mes raisons. " - Cromwell: " La garantie du roi ne vous sauvera
pas des peines établies par le statut. " -
Morus : " En ce cas je me confierai à l'honneur de Sa Majesté; mais,
cependant, il me semble que, si je ne puis pas déduire mes motifs sans
péril, ce n'est pas une obstination de les taire. " -
Cranmer : "Vous dites que vous ne blâmez personne de faire le serment.
Il est alors évident que vous n'êtes pas convaincu qu'il soit blâmable
de le faire; mais vous devez être convaincu qu'il est de votre devoir
d'obéir au roi. En refusant néanmoins de le faire vous préférez ce qui
est incertain à ce qui est certain." -
Morus : " Je ne blâme personne de faire le serment, parce que je ne
connais ni leurs raisons ni leurs motifs; mais je me blâmerais
moi-même, parce que je sais que j'agirais contre ma conscience. Et
vraiment cette façon de raisonner nous aplanirait toute difficulté
toutes les fois que les docteurs ne seraient pas d'accord, on n'aurait
qu'à obtenir le commandement du roi pour l'un ou l'autre côté de la
question, et cela serait toujours bien. -
L'abbé de Westminster : "Mais vous devez croire que votre conscience
est erronée quand vous avez contre vous tout le conseil de la nation. "
- Morus : " Je le croirais si je n'avais
pour moi un plus grand conseil encore, tout le conseil de la chrétienté
. " Ces réponses, surtout la dernière, respirent la sagesse et la
constance des martyrs.
Depuis sa démission de la chancellerie Morus
partageait tout son temps entre la prière, l'étude et les soins de sa
famille. Sur son refus de prêter le serment de suprématie, autrement
dit d'apostasier, il fut enfermé à la Tour de Londres, privé de ses
livres, qui faisaient sa plus douce consolation, et réduit à vendre ses
meubles pour faire subsister ses nombreux enfants. Les menaces, les
insinuations les plus captieuses, les offres les plus séduisantes
échouèrent contre sa fermeté. Sa femme le conjurant de se soumettre à
la volonté de Henri VIII dans l'intérêt de ses enfants : " eh! ma
femme, lui dit-il, voulez-vous que j'échange l'éternité avec vingt
années que je peux encore avoir à vivre? " Quand on vint lui annoncer
sa sentence de mort, celui qui était chargé de la lui notifier lui fit
valoir comme une marque singulière de la clémence du roi qu'il avait
commué la peine de la potence en celle de la décapitation. " Dieu
préserve mes amis d'une pareille faveur ! lui répondit-il. J'espère que
mes enfants n'en auront pas besoin." Après la lecture de la sentence il
reprit son flegme ordinaire ; il renouvela sa profession de foi sur la
suprématie comme contraire à la loi évangélique, qui a conféré la
primauté à saint Pierre et à ses successeurs ; à la tradition de tous
les siècles, où l'on ne trouvait pas un seul docteur qui fût d'avis
qu'un laïque pût être le chef de l'Eglise ; à toutes les lois
d'Angleterre, spécialement à la grande charte, qui avait reconnu tous
les droits du souverain Pontife, tels qu'ils existaient à l'époque où
elle fut faite; au serment par lequel le roi s'était engagé, à son
sacre, de maintenir et de défendre les droits de l'Eglise.
Morus chérissait tendrement sa fille Marguerite, à
qui il avait appris le grec et le latin ; elle l'attendait au sortir de
la salle où il venait d'être condamné à mort, se jeta à son cou, en
s'écriant au milieu des sanglots : " Quoi ? mon père, vous allez mourir
innocent ! - Mais, ma fille, lui dit-il
en souriant, voudrais-tu que je mourusse coupable? " II l'embrassa avec
tendresse et lui donna sa bénédiction. La veille de sa mort il lui
écrivit avec du charbon, pour lui mander que bientôt il ne serait plus
à la charge de personne, qu'il brûlait du désir de voir son Dieu et de
mourir le lendemain, qui était l'octave du prince des apôtres et la
translation de saint Thomas de Cantorbéry, auquel il avait eu toute sa
vie une dévotion particulière. Ses voeux furent exaucés; le lendemain,
6 juillet 1535, fut le jour de son martyre. Arrivé au pied de
l'échafaud, comme l'échelle n'était pas commode, il dit à l'un des
valets du bourreau: " Donne-moi la main pour monter; je n'en aurai pas
besoin pour descendre. " Après avoir fini sa prière et chanté le psaume
Miserere, il prit le peuple à témoin qu'il mourait dans la
profession de la foi catholique, apostolique et romaine. Le bourreau le
pria de lui pardonner sa mort ; Morus l'embrassa et lui dit : " Tu me
rends aujourd'hui le plus grand service qui soit au pouvoir d'un mortel
; mais, ajouta-t-il en lui mettant à la main une pièce de monnaie, mon
cou est si court que je crains qu'il ne te fasse pas grand honneur dans
ta profession." Il reçut ainsi la mort avec la joie et la constance des
anciens martyrs. Sa tête fut exposée pendant quatorze jours sur le pont
de Londres, d'où sa fille Marguerite la fit enlever et enterrer à
Saint-Dunstan de Cantorbéry, et son corps dans l'église de Chelséa. "
Pour ce qui regarde la justice, le désintéressement, l'humilité et la
véritable générosité, dit le protestant Rapin Thoiras, Morus était un
modèle au siècle où il vivait. "
L'évêque de Rochester, son ami, l'avait précédé de
quelques semaines au martyre. Arrêté en 1534 et mis à la Tour de
Londres, John Fisher y fut traité cruellement malgré son grand âge; il
était octogénaire; on le dépouilla de ses habits, on le revêtit de
haillons qui couvraient à peine sa nudité ; mais, quelque effort qu'on
fit, on ne put ni lasser sa patience ni ébranler sa foi. Il passa un an
dans cette pénible et douloureuse situation. Paul III, successeur de
Clément VII, instruit des rigueurs qu'on exerçait envers lui, voulut le
dédommager par une marque éclatante d'estime et le créa cardinal le 12
mai 1535 ; cette faveur ne fit qu'aggraver le sort de Fisher et hâter
sa perte. Henri VIII s'écria : " Paul peut lui envoyer le chapeau,
j'aurai soin qu'il n'ait pas de tête pour le porter. " La vénération
qu'autrefois il marquait au saint et vieux prélat semblait s'être
changée en une haine cruelle. Le pontife et cardinal octogénaire fut
condamné à mort le 17 juin, comme coupable de haute trahison, pour
avoir dit que le roi n'était pas le chef de l'Église. Il fut décapité,
comme un autre Jean-Baptiste par un autre Hérode, le 22 du même mois.
Non content de cette exécution du saint vieillard, Henri ordonna que
son corps fût dépouillé et exposé pendant quelques heures aux outrages
de la populace, puis enterré sans cercueil ni drap mortuaire.
L'emprisonnement et le supplice de Fisher et du
chancelier répandirent la terreur ; on ne vit pas un seul évêque imiter
la constance de celui de Rochester ; tous se montrèrent chiens muets,
n'osant aboyer contre les loups et les larrons. Que dis-je? le grand
nombre eut la lâcheté, sur l'ordre de Henri, de monter en chaire, tous
les dimanches, pour prêcher l'apostasie, savoir, que le roi était le
véritable chef de l'Église, et le successeur de Pierre un usurpateur.
Ce ne fut guère que dans certains ordres religieux qu'on vit en assez
grand nombre des hommes fidèles. Écoutons le protestant Cobbet :
" Le devoir le plus sacré d'un historien est de
signaler à l'estime et à l'admiration de la postérité les hommes qui
osent embrasser la défense de l'innocence contre les méchants armés du
pouvoir. Je ferai donc ici une mention particulière de deux religieux
franciscains, nommés Peyto et Elstow. Le premier, prêchant un jour
devant le roi, quelque temps après son mariage avec Anne de Boulen, et
prenant pour texte le passage du premier livre des Rois dans lequel
Michée prophétise contre Achab, qui était entouré de flatteurs et de
prophètes imposteurs, ne craignit pas de dire : " Je suis Michée ;
vous me détesterez, parce que je suis forcé de déclarer que ce mariage
est illégal. Je n'ignore pas que je mangerai le pain de l'affliction et
que je boirai l'eau de la douleur; mais, puisque le Seigneur m'a mis
cette vérité dans la bouche, je la dirai. Vos flatteurs sont les quatre
cents prophètes dont l'esprit menteur cherche à vous tromper. En vous
laissant séduire prenez garde de ne pas subir un jour le châtiment
d'Achab, dont les chiens burent le sang. " Le roi ne parut faire aucune
attention à ce reproche ; mais, le dimanche suivant, un certain Curwin
prêcha dans le même lieu, devant le roi, et traita Peyto de chien, de
calomniateur, de vil moine mendiant, de rebelle et de traître, ajoutant
qu'il s'était enfui de honte et de peur. Dans ce moment Elstow, qui
était présent, et qui appartenait à la même congrégation que Peyto,
apostrophant Curwin à haute voix, lui dit : " Mon bon monsieur, vous
savez aussi bien que qui que ce soit que Peyto est allé assister à un
synode provincial à Cantorbéry, et que ce n'est pas la crainte que vous
ou tout autre lui inspirez qui l'a fait fuir, car il reviendra demain.
Mais, en attendant, me voici, comme un autre Michée, prêt à sacrifier
ma vie pour soutenir, devant Dieu et tous les juges impartiaux, ce
qu'il a avancé d'après les saintes Ecritures. Et c'est toi, Curwin, que
je défie à ce combat ; car tu es un des quatre cents faux prophètes
dont l'esprit de mensonge s'est emparé, et qui cherchent à établir, par
l'adultère, une succession qui devra conduire le roi à la perdition
éternelle. "
" Stowe, qui rapporte ce fait dans sa Chronique,
dit qu'Elstow s'échauffa tellement qu'on ne parvint à lui imposer
silence qu'en lui en donnant l'ordre formel au nom du roi. Le jour
suivant les deux religieux furent mandés devant le roi et son conseil.
Henri les réprimanda fortement, et leur dit qu'ils mériteraient d'être
mis dans un sac et précipités dans la Tamise. Réservez de semblables
menaces, reprit Elstow en souriant, pour les riches et les gourmands,
vêtus de pourpre, qui font bonne chère et mettent tout leur espoir dans
ce bas monde. Quant à nous, loin d'en faire aucun cas, nous nous
réjouirons d'avoir été chassés d'ici pour avoir fait notre devoir. Au
reste, et Dieu en soit loué ! nous savons que le ciel nous est ouvert,
soit que nous y arrivions par terre ou par mer. "
En vérité, conclut le protestant Cobbet, on ne
saurait trop admirer la conduite de ces deux religieux. Si les évêques
ou seulement le quart d'entre eux avaient montré autant de courage, le
tyran aurait été arrêté au milieu d'une carrière où il allait se
précipiter de crimes en crimes. Mais la résistance de ces deux pauvres
religieux fut la seule qu'éprouva sa volonté de fer, circonstance qui
devrait suffire pour nous engager à hésiter avant de parler de l'ignorance
et de la superstition des moines. Dans la conduite de Peyto et
d'Elstow il n'y avait pas de fanatisme ; ils n'étaient que les
défenseurs de la morale dans la cause d'une personne qu'ils n'avaient
jamais personnellement connue. Ils étaient certains d'encourir les
peines les plus sévères, peut-être même la mort; et cependant ils ne
balancèrent pas un instant. Je ne crois pas, en vérité, que l'histoire
ancienne ou moderne offre un trait d'héroïsme qui l'emporte sur
celui-ci."
On renvoya Peyto et Elstow, mais on s'aperçut
bientôt que tout leur ordre était animé des mêmes sentiments, et Henri
jugea nécessaire de réduire au silence cette opposition si l'on ne
pouvait la ramener à ses vues. Tous les Franciscains de l'étroite
observance furent chassés de leurs monastères et dispersés les uns en
différentes prisons; les autres dans les maisons des frères
conventuels, II en périt plus de cinquante dans l'horreur des cachots;
le reste fut banni en France et en Écosse.
Les enfants de saint Bruno se montrèrent comme les
fidèles enfants de saint François. Les prieurs des trois chartreuses de
Londres, d'Axiholm et de Belval, se rendirent près de Cromwell pour lui
exposer les objections de leur conscience à la reconnaissance de la
suprématie du roi. De sa maison il les envoya en prison et les mit en
jugement, comme ayant refusé au souverain les honneurs, le protocole et
la qualification de sa dignité royale, ce qui constituait le crime de
haute trahison. Les jurés cependant ne pouvaient se persuader que des
hommes d'une vertu aussi reconnue se fussent rendus coupables d'un
pareil délit. Lorsque Cromwell envoya vers eux afin de hâter leur
détermination, ils demandèrent un autre jour pour délibérer ; quoiqu'un
second message les menaçât eux-mêmes de la punition réservée aux
prisonniers, les jurés refusèrent de se déclarer en faveur de la
couronne, et le ministre fut obligé de se rendre au milieu d'eux, de
discuter le cas avec eux en particulier, et d'appeler la terreur à
l'aide de ses arguments, pour en obtenir, à leur grand regret, une
déclaration de culpabilité. Cinq jours après, 5 mai 1535, les prieurs,
avec Reynold, moine de Syon, et un prêtre séculier, furent exécutés à
Tyburn ; ils furent bientôt suivis de trois moines de la Chartreuse qui
avaient sollicité vainement la permission de leur donner les
consolations de la religion avant leur mort. La sentence fut exécutée,
avec la plus barbare exactitude, le 18 juin. On les pendit d'abord, on
les décrocha vivants, on leur arracha les entrailles et on les
démembra.
Après ces sanglantes exécutions le clergé
d'Angleterre parut ne conserver plus ni coeur ni âme et avoir oublié
complètement l'exemple des saints et des martyrs ; l'apostasie fut
générale. Chacun jura la suprématie spirituelle du roi, et on n'osa
plus s'y opposer...
_________________________
source : Rohrbacher, Histoire universelle de l'Église
catholique, 9è édit. 1903, Tome XII, p. 240-243.
Les conditions de l'amant véritable
Si l'amour est fort et chaud, puissant,et ardent,
Nulle peine, nul chagrin ne peuvent survenir
Que l'amoureux ne soit bien content d'endurer
Tout cela, même la mort, lui paraîtra trop peu
S'il en reçoit la joyeuse présence de l'Être
Sur qui il a fixé son coeur et son amour.
Ainsi, qui aime Dieu devrait être content
d'endurer toute peine et tout chagrin
plutôt que d'être absent de Dieu son Amour,
Et heureux de mourir puisqu'il a l'assurance,
En s'en allant d'ici-bas d'obtenir,
après cette sombre vallée, la lumière du Ciel
Avec la vision béatifique et glorieuse
de son Bien-aimé.
S. Thomas More
Un grand malheur pour l'Angleterre
Les Suites affligeantes d'une Réforme
Le mouvement protestant s'est
présenté comme une "réforme" du christianime. La version anglaise de
cette "réforme" sous le roi Henri VIII a donné lieu à l'Église
d'Angleterre qui, après les églises orientales orthodoxes, demeure la
plus près de l'Église catholique. L'Église anglicane a
incontestablement conservé de l'Église catholique beaucoup de valeurs
chrétiennes, mais comment apprécier ce qu'elle a perdu, au plan de la
foi et de la morale, en s'en séparant ? Si l'on récuse en cela le
témoignage d'historiens catholiques, le témoignage d'historiens
protestants sera sans doute difficile à récuser. Pour établir les
suites désastreuses tant d'ordre temporel que d'ordre spirituel de la
réforme anglicane, à la fin du XIXe siècle Rohrbacher dans son Histoire
universelle de l'Église catholique rapporte ce qu'en pense l'historien
protestant William Cobbet.
Le protestant William
Cobbet, membre du parlement anglais, a fait une Histoire de la Réforme
d'Angleterre pour en montrer au grand jour la nature et les suites.
Voici comment il se résume lui-même, au
commencement et à la fin de son travail :
" Mais, avant d'aller plus loin, entendons-nous
bien sur la véritable signification des mots catholique, protestant et
réforme. Catholique signifie universel; la religion qui prend ce titre
fut appelée ainsi parce que tous les peuples chrétiens la regardèrent
comme la seule religion véritable, ne reconnaissant en même temps qu'un
seul et même chef de l'Église. Ce chef, c'était le Pape, et bien que
d'ordinaire il siégeât à Rome, il n'en était pas moins le chef de
l'Église en Angleterre, en Espagne, en France, en un mot partout où
l'on professait la religion chrétienne. Mais il vint un temps où
quelques nations, ou plutôt quelques fractions de nations, s'avisèrent
de protester contre l'autorité de leur ancien chef, contre les
doctrines enseignées par l'Eglise qui jusqu'alors avait été la seule
Eglise cbrétienne et rejetèrent la suprématie spirituelle qu'on avait
jusqu'alors universellement reconnue. De là le nom de protestants,
devenu commun depuis à tous ceux qui ne sont pas catholiques. Quant au
mot réforme, il veut dire changement pour le mieux; il eût été, certes,
bien maladroit à ceux qui ont opéré ce grand changement de ne pas lui
avoir donné au moins un nom pompeux et sonore.
" Et cependant je ne crains pas de dire qu'un
examen fait avec bonne foi et sincérité persuadera à mes lecteurs que
ce changement, au lieu d'être pour le mieux, fut pour le pis ; que ce
qu'on a appelé la réforme ne fut que le résultat d'une incontinence
brutale, de l'hypocrisie et de la perfidie les plus noires, et eut pour
suite le pillage et la dévastation ; que des torrents de sang anglais
et irlandais cimentèrent cet édifice de boue et d'orgueil, et que cette
affreuse misère, cette mendicité générale, ce dénûment absolu, ces
haines et ces discordes éternelles qui affligent partout nos regards,
en sont les suites immédiates. Voilà, en effet, les seuls avantages que
cette réforme nous ait procurés pour nous dédommager de cette
abondance, de ce bonheur et de cette concorde dont nos pères
catholiques jouirent si pleinement et pendant si longtemps ! "
Voilà ce que le protestant Cobbet annonce dans sa
première lettre et récapitule dans la seizième et dernière. Ces seize
lettres ont été publiées en anglais à plus de cinquante mille
exemplaires, traduites et répandues dans toutes les langues, sans avoir
été ni réfutées ni contredites. C'est donc une chose jugée au tribunal
du genre humain.
Il y a surtout un point auquel, de nos jours, on
attache la plus haute importance, le bien-être matériel. Le protestant
Cobbet examine donc, sous ce rapport, la différence entre l'Angleterre
autrefois catholique et l'Angleterre aujourd'hui protestante, ne
s'appuyant que sur des témoignages et des faits incontestables. Jean
Fortescue, grand-chancelier d'Angleterre au quinzième siècle, sous
Henri VI, dans son célèbre ouvrage, De Laudibus legum Angliae,
de l'Éloge des lois d'Angleterre, comparant l'état du peuple anglais
d'alors avec celui du peuple français, fait ce tableau mémorable : " Le
roi d'Angleterre ne peut changer les lois ni en établir de nouvelles
sans le consentement de tous ses sujets représentés par le parlement.
Tout citoyen anglais est libre d'user et de jouir du produit de ses
propriétés, des fruits de sa terre, de l'accroissement de son troupeau,
etc. Toutes les améliorations qu'il peut faire à sa fortune, soit par
son propre travail, soit par celui des gens qu'il entretient à son
service, lui appartiennent en toute propriété, sans qu'il ait à
redouter aucun obstacle, empêchement ou refus de la part de qui que ce
soit. S'il est molesté ou opprimé d'une manière quelconque il est
toujours assuré d'obtenir satisfaction de celui qui l'a offensé. Aussi
les habitants de l'Angleterre sont-ils riches en or et en argent, et
possèdent-ils toutes les nécessités et tous les agréments de la vie.
Ils ne boivent pas d'eau, si ce n'est à certaines époques de l'année,
mais seulement par motifs religieux et pour faire pénitence. Ils se
nourrissent abondamment de viandes, de poissons et de légumes de toutes
espèces. Ils portent de bons vêtements de laine; leurs lits, leurs
couvertures et autres objets sont également en laine, et ils en sont
amplement pourvus. Ils possèdent aussi tout ce qui est nécessaire dans
un ménage; enfin chacun a, selon son rang, tout ce qui peut contribuer
à rendre la vie heureuse et agréable. "
Tel était donc, au quinzième siècle, d'après le
témoignage du chancelier Fortescue, le bien-être du peuple de
l'Angleterre catholique. Maintenant, dans l'Angleterre protestante, le
tiers de la population est réduit à la mendicité; l'ouvrier anglais n'a
généralement d'autre nourriture que le pain et l'eau. Cobbet nous
montre des milliers de malheureux, non seulement en Irlande, mais en
Angleterre même, ne se nourrissant que de plantes marines, dévorant la
chair des chevaux morts, et disputant aux pourceaux la dégoûtante
nourriture que contiennent leurs auges ; il nous montre le commencement
de ce fléau sous Henri VIII, qui fut le premier à prononcer des peines
contre les mendiants qui ne renonceraient pas à implorer la pitié
publique. Pour une première fois on leur coupait seulement un bout de
l'oreille; mais en cas de récidive ils étaient impitoyablement
condamnés à mort. Sous le règne de son fils on marquait d'abord les
mendiants avec un fer rouge; après quoi on les réduisait à l'esclavage
pour deux années, pendant lesquelles leur maître avait le droit de leur
faire porter un collier de fer, de les nourrir au pain et à l'eau et de
les priver de viande car à cette époque il y avait encore en Angleterre
de la viande pour ceux qui travaillaient. En cas de désobéissance,
d'insubordination ou de tentative d'évasion, le malheureux restait
esclave pour le reste de ses jours.
Que si la population anglaise, en devenant
protestante, est ainsi déchue pour le bien-être matériel, que sera-ce
pour le bien-être moral? Tous les observateurs conviennent qu'il n'y a
rien au-dessous de la populace de Londres; que les maisons de travail
où l'Angleterre renferme ses pauvres, au lieu d'asiles de charité, sont
de vraies prisons et des bagnes. C'est pis encore avec les ouvriers,
surtout les enfants, employés dans les fabriques et les usines. En
1842, des faits de nature à exciter l'horreur, nous ne dirons pas d'une
nation civilisée, mais du peuple le plus barbare, ont été révélés dans
un rapport que lord Ashley a présenté au parlement sur la condition des
ouvriers employés au travail des mines en Angleterre, en Irlande et en
Écosse... Qui aurait pu croire qu'il y eût au sein de l'Angleterre une
classe nombreuse d'êtres sans aucune notion de Dieu, qui n'ont jamais
entendu parler de Jésus Christ, et qui ignorent jusqu'au nom de la
reine qui occupe le trône ? Ces êtres, qui n'ont de l'homme que le nom,
vivent et meurent sans connaître aucune des lois gravées au fond des
coeurs par la nature pour la protection de la famille. Leur débile
existence s'use et s'éteint comme celle des bêtes de somme, compagnes
de leurs travaux ".
Dans une région plus élevée, au milieu de
l'anarchie intellectuelle, s'est formée une secte religieuse, politique
et sociale, dont le but hautement avoué est de détruire toute religion,
toute propriété, toute société, même domestique. Quant à l'élite même
de la nation anglaise, les pairs et les députés des Communes, y a-t-il
dans l'histoire quelque chose de plus bas que le parlement de Henri
VIII, poussant la servilité pour un despote jusqu'à renier la foi de
ses pères, fouler aux pieds les lois de la justice, condamner des
accusés sans les entendre, décréter le pour et le contre du jour au
lendemain ?
En lisant Tacite on ne peut mépriser assez la
bassesse du sénat romain sous Tibère et Néron. Gare au parlement
anglais si jamais il a un Tacite pour historien ! Mais aujourd'hui déjà
une partie notable du clergé anglican, les Puseyistes, commencent à
ouvrir les yeux, à déplorer comme une immense calamité leur séparation
d'avec Rome, et, comme des enfants prodigues, à tourner leurs regards
pénitents vers cette maison paternelle. Puisse la nation tout entière y
revenir avec eux et réparer ainsi son prodigieux égarement de trois
siècles !
__________________________
source : Rohrbacher, op. cit. T. XII p. 256-258.
Le Pape Saint Pie V
Le Ve centenaire de la naissance de saint Pie V a
été souligné par diverses cérémonies au couvent dominicain de Santa
Croce à Bosco Marengo (Piémont). Yves Chiron, dans L'Homme Nouveau, du
16 mai dernier, résume ainsi la vie du grand pontife réformateur,
gloire de l'ordre dominicain et gloire de l'Église :
Michele Ghisleri est né à
Bosco Marengo, près d'Alessandria, au Piémont, le 17 mai 1504. Il vécut
dans cette petite ville jusqu'en 1516, année où, à l'âge de 12 ans, il
entra au couvent dominicain de Voghera. Moine savant, il sera chargé de
hautes fonctions dans son ordre. Il sera notamment inquisiteur général.
Après avoir été évêque à Mondovi, il accédera au siège de Pierre le 7
janvier 1566. Il prendra le nom de Pie V, voulant se situer dans la
continuité de Pie IV (1559-1565) qui avait mené à terme le concile de
Trente, commencé en 1545.
Ce grand concile, qui s'était achevé le 4 décembre
1563, avait été à la fois un concile doctrinal (de condamnation des
erreurs protestantes et de réaffirmation de la doctrine catholique) et
un concile de réforme.
Pie V fut d'abord le pape de l'application des
décisions du concile de Trente. Dès la première année de son
pontificat, il promulgue le Catéchisme romain, dit aussi Catéchisme
du concile de Trente. On sait qu'il fut rédigé sous la direction de
saint Charles Borromée, le savant et pieux archevêque de Milan, et
qu'il constitua pendant des siècles " un livre du maître ", guide sûr
et complet pour les curés qui allaient adapter son contenu à leurs
fidèles.
C'est dans la volonté de défendre la pureté de la
doctrine et d'en déployer toutes les richesses et les beautés qu'il
proclame aussi, l'année suivante (1567), saint Thomas d'Aquin Docteur
de l'Église.
Pie V publiera aussi une édition typique du Bréviaire
romain (1568) et il codifiera la messe romaine en promulguant le Missale
romanum, plus connu sous le nom de " Missel de saint Pie V ". Ce Missel
romain était imposé à toute l'Église, avec interdiction d'y changer
quoi que ce soit.
Défenseur de la doctrine
Cette sévérité normative avait pour but de faire
cesser l'anarchie qui régnait en matière liturgique et qui pouvait
aboutir, en certains endroits, non seulement à des abus mais aussi à
des hérésies. Mais, dans sa sagesse prudente, la bulle d'introduction
du Missel autorisait les diocèses et les ordres religieux à conserver
leurs usages liturgiques s'ils pouvaient se prévaloir d'au moins deux
cents ans d'ancienneté. C'est ainsi que les rites dominicain,
cistercien, chartreux et prémontré ont pu se maintenir, comme aussi les
rites propres aux diocèses de Milan, Lyon, Liège, Cologne, Trèves et
Braga.
Pie V fut confronté aussi à une aggravation de la
pression des Turcs en Méditerranée et dans le sud de l'Europe. Les
musulmans s'étaient emparés de Rhodes et des Balkans. Ils occupaient la
Hongrie et menaçaient à la fois Malte et le sud de la Pologne. Pie V
rêva d'une grande alliance chrétienne qui aurait réuni la France,
l'Espagne, la Pologne, les puissances italiennes et le Saint-Empire.
Finalement, il n'y eut que l'Espagne de Philippe II et la République de
Venise à apporter des troupes significatives. Le 7 octobre 1571, à
Lépante, sous le commandement de Don Juan d'Autriche, demi-frère de
Philippe II, la flotte chrétienne remportait une victoire décisive sur
la flotte turque. Comme l'a rappelé le cardinal Sodano, " la foi
solide du pape se dévoila dans toute sa grandeur : il attribua cette
victoire moins aux armes des hommes qu'à la puissante intercession de
la Très Sainte Vierge Marie, invoquée sous le beau titre de Notre-Dame
du Rosaire, de Notre-Dame des Victoires. "
Mort le 1" mai 1572, Pie V sera béatifié exactement un siècle plus
tard et canonisé en 1712.
La Vierge Marie et l'Islam
La Sainte Vierge est la reine du ciel et de la
terre. À ce titre, sa puissance pourra toujours réduire à néant les
forces armées des plus puissants du monde, prétendant pouvoir détruire
l'Église du Christ. Sa puissance souveraine, Marie l'a démontrée en ce
qui concerne l'Islam, toutes les fois qu'il a cherché à conquérir par
la force l'Occident.
C'est ainsi que grâce à son secours et à sa
protection, les armées chrétiennes, sous la direction de Don Juan
d'Autriche, remportèrent sur les turcs une victoire éclatante à
Lépante, en 1571. Le pape saint Pie V, à l'origine de cette entreprise
de défense de la chrétienté qu'il confiait spécialement à la sainte
Vierge, en recommandant à toute l'Église de la supplier par la
récitation du chapelet, institua le 7 octobre 1571, en reconnaissance
de cette victoire obtenue par son intercession, la fête de Notre-Dame
du Saint Rosaire.
Un siècle plus tard, en 1683, Jean Sobieski, roi
de Pologne, repoussa victorieusement les Turcs qui assiégeaient Vienne.
En reconnaissance de cette victoire, due aussi au secours de la Vierge
Marie, le pape saint Innocent XI solennisa la fête du Saint Nom de
Marie, en l'étendant à toute l'Église.
Lorsque les circonstances le demandent, la
Vierge Marie est toujours prête à défendre l'Église, sans cesse
combattue par des ennemis, apparemment plus puissants qu'elle. Mais, en
toutes circonstances, Marie est plus Mère que Reine. Elle est la mère
spirituelle de tous les hommes appelés à croire en Jésus-Christ. À ce
titre, par sa pureté immaculée, par son amour maternel sans limite, par
sa sainteté parfaite, elle exerce une influence notable sur les
musulmans qu'elle veut conduire au divin Sauveur. En ce sens, la Vierge
Marie représente sans aucun doute pour l'Islam le chemin de la foi et
de la conversion.
Pour l'Islam, Marie est un modèle
Dieu est le seul point de référence pour les
Musulmans. Mais Marie vient immédiatement à sa suite, car elle reflète
sa sainteté. C'est pourquoi on peut considérer Marie comme une
excellente source du dialogue entre chrétiens et musulmans. C'est la
seule femme dont le nom figure 34 fois dans le Coran. Sa foi radicale
et sa parfaite soumission à la volonté de Dieu en font le grand modèle
du croyant.
Parlant des musulmans, la déclaration Nostra
Aetate de Vatican II s'exprime ainsi: "Ils honorent Marie, la
mère virginale de Jésus, et souvent ils l'invoquent avec dévotion".
C'est pourquoi, les musulmans entreprennent souvent des pèlerinages aux
sanctuaires mariaux, spécialement à Fatima. D'ailleurs le nom de Marie
est fréquent chez les femmes musulmanes.
D'après le Coran, un ange, par l'ordre de Dieu,
annonça à Marie qu'elle donnerait naissance à un fils très pur. Le
message troubla Marie. Toujours selon le Coran, elle donna naissance à
Jésus, sous un palmier qui la nourrit miraculeusement. Elle était
vierge et pure. Elle sauvegarda sa virginité et Dieu lui donna son
Esprit, la faisant, elle et son fils, un signe pour les humains . On
lit toujours dans le Coran que Marie "est préférée, purifiée et choisie
par Dieu au-dessus de toutes les femmes de la terre".
Il est sûr cependant que certains points du Coran
sur Marie diffèrent de la tradition chrétienne. C'est ainsi que le
refus de la divinité de Jésus Christ chez les musulmans affecte leur
vision de Marie. Il reste un fait positif, c'est que la tradition
musulmane propose Marie comme un modèle pour le croyant de l'Islam.
_________________________
source : Christian Information Centre ; in La
Terre Sainte, mai-juin 2004, p.147
Israël-Palestine : Le projet d'Ariel Sharon
Le repli de Gaza
Ariel Sharon se serait-il mué en
colombe de la paix ? Derrière des déclarations lénifiantes et le
"redéploiement" des colonies, la ghettoïsation de Gaza est en jeu. Dans
L'Homme Nouveau, du 21 mars dernier, Alain CHEVALÉRIAS analyse avec
clairvoyance le "plan de paix" de Sharon. Par contre, on ne peut être
que profondément étonné du manque de clairvoyance de l'autorité
américaine, si prompte à aller porter la liberté et la démocratie aux
peuples asservis... Dans la livraison de l' Homme Nouveau du 2 mai, le
même auteur écrira : En apportant pour des motifs électoralistes son
soutien inconditionnel au plan Sharon, le président Bush ignore le
désespoir des Palestiniens spoliés et ghettoïsés. Il attise également
la folie terroriste contre l'Occident.
Selon l'AFP, du
début de l'Intifada, en septembre 2000, au 9 mars on compte 3 822
personnes tuées, dont 2 868 Palestiniens et 886 Israéliens. Il faut
ajouter à cela 43 000 blessés, chez les seuls Palestiniens, dont plus
de 7 000 enfants, selon l'Unicef. En outre 1400 maisons ont été
totalement détruites pour punir leurs habitants. Agence spécialisée des
Nations unies, l'Unrwa affirme :
" Nous avons construit 800 logements et 400
autres sont en cours de construction... Nous avons besoin de 30
millions de dollars ", pour rebâtir les maisons détruites. En
d'autres termes, Israel casse et la communauté internationale paye.
10 % de la Cisjordanie annexés
Le mur de séparation entre Israël et les
Palestiniens est de plus en plus contesté. Jack Straw, le ministre
britannique des Affaires étrangères, l'a déclaré " illégal ". La Banque
Mondiale constate que son parcours, empiétant sur le territoire
palestinien, isole près de 300 000 Palestiniens entre la frontière
qu'il dessine et celle de l'État d'Israël.
Le mur annexe de facto 10 % de la Cisjordanie et
crée 16 enclaves. À l'intérieur de celles-ci, les habitants arabes
auront besoin d'un permis de séjour pour résider dans leurs maisons,
quand les colons israéliens circulent librement dans les mêmes zones.
Le professeur Noam Chomsky, un Juif américain, dit : " Ce que ce
mur fait vraiment, c'est de s'emparer de terres palestiniennes. "
En janvier, à l'annonce de la saisie, par les
Nations Unies, de la Cour Internationale de Justice de La Haye pour
délibérer sur les conséquences légales de l'édification du mur, Ariel
Sharon a dû sentir l'isolement dans lequel il mettait Israël. Il lâche
alors un rideau de fumée et, le 1er février déclare: " J'ai donné
l'ordre de planifier l'évacuation de 17 colonies de la bande de Gaza...
Je pars du principe que, dans le futur, il n'y aura pas de Juifs à Gaza."
Beaucoup voient là un geste en faveur de la paix et
s'empressent même de parler de la modération de Sharon. La colère des
colons et, un mois plus tard, le 9 mars, l'hostilité déclarée au projet
du général Moshé Yaalon, le chef d'état-major de l'armée, achèvent de
transformer le faucon en colombe aux yeux de certains.
Quel est le dessous des cartes?
Il faut, avec les israéliens, prendre garde au sens
de la moindre virgule. Or les colonies, Sharon a corrigé lui-même, il
ne veut pas les "évacuer " mais les " redéployer. " Le 18 décembre,
dévoilant déjà une partie de son plan de séparation entre Israël et les
Palestiniens, il avait dit: "Les colonies qui seront redéployées
sont celles qui ne seront pas incluses dans le territoire de l'État
d'Israël. "
Où seront-elles donc " redéployées " ? Il ne reste
que la Cisjordanie, à la fois accessible aux Israéliens et extérieure
aux frontières d'Israël. En clair, Sharon veut renforcer ainsi la
présence juive dans cette autre région occupée.
Mais, pourquoi déplacer des colonies de Gaza en
Cisjordanie? Outre le tour de passe passe destiné à déplacer au second
plan de l'attention de l'opinion la construction du mur, nous voyons
deux raisons complémentaires à cela.
La première est d'ordre historico-religieuse.
Salomon, dit la Bible, " dominait sur tous les rois, depuis le fleuve
jusqu'au pays des Philistins... " (II Chroniques, 9,26). Or le pays des
Philistins, qui échappait à l'autorité de l'Israël biblique, s'étendait
le long de la côte, de Jaffa à l'actuelle frontière d'Égypte. La région
aujourd'hui dénommée " Bande de Gaza " était incluse dans cette zone.
Elle n'appartenait donc pas à l'Israël biblique. Par conséquent, Sharon
ne risque pas les foudres des intégristes religieux juifs en
l'abandonnant aux Palestiniens.
La seconde, croyons-nous, relève de l'utilité. On
voit, en Cisjordanie, le tracé du mur réduire l'espace vital
palestinien et le rendre, socialement et économiquement, ingérable. On
entend de plus en plus de sionistes, en Israël comme en Occident,
refuser de considérer la Cisjordanie comme un territoire occupé et le
dire "juif". Le 6 août 2002, pendant une réunion du Pentagone, Donald
Rumsfeld, le patron de la Défense américaine, l'a lui même répété à
plusieurs reprises, évoquant " les prétendus territoires occupés " par
Israël (Wasington Post du 7 août 2002).
Les plus extrémistes, parmi les sionistes, ne
cachent pas leur souhait d'expulser les Palestiniens de Cisjordanie.
Mais pour les envoyer où ? Les pays voisins refuseront de les recevoir.
Gaza pourrait dès lors servir de réceptacle à cette population. Une
forme de ghetto en somme.
Actualité : La paix au Moyen-Orient
La Terre Sainte et la crise israélo-palestinienne
A l'occasion de la présentation du livre Le long
Chemin de Jim Nicholson, ambassadeur des États-Unis près le
Saint-Siège, le cardinal Jean-Louis Tauran disait au sénateur Giulio
Andreotti jusqu'à quel point la crise israélo-palestinienne préoccupe
le pape et tous ses collaborateurs immédiats. C'est de la solution de
cette crise que dépend la paix de tout le Moyen-Orient.
Permettez-moi d'ajouter, à titre personnel, une
situation qui n'a pas été mentionnée et qui a fait l'objet de
consultations constantes entre Washington et la Cité du Vatican: je
veux parler de la Terre Sainte. Je peux témoigner que ce sujet a été au
centre de toutes les conversations que le pape Jean Paul II, ses
secrétaires d'État et leurs collaborateurs ont eues avec les autorités
des États-Unis ces dernières années et qu'il a été spécialement
question du problème connu des Lieux saints des trois religions. Le
Saint-Siège est en effet convaincu que la crise israélo-palestinienne
non résolue est la "mère" de toutes les crises au Moyen-Orient et qu'il
faut que les deux parties reprennent, sans attendre, avec l'aide de la
communauté internationale, le dialogue et la négociation.
Je voudrais encore, à titre personnel, laisser voir
combien la paix en Terre Sainte pourrait transformer la région tout
entière: elle libérerait des énergies et des ressources pour le
développement économique; elle renforcerait la société civile et la
démocratisation de cette société; elle éliminerait tout motif d'action
violente pour les extrémistes qui se nourrissent du désespoir des
déshérités; elle favoriserait un dialogue pacifique entre les religions
et éviterait ainsi l'émigration des chrétiens.
Je ne peux que remercier l'ambassadeur Nicholson
qui, dans ces pages, nous fait découvrir à travers la vie d'un
diplomate et l'action d'un gouvernement le type de contribution que le
Saint-Siège, pouvoir moral sans arme, peut jouer dans la communauté des
nations: faire régner la confiance; rappeler l'urgente nécessité du
dialogue; respecter le droit, négocier des solutions équitables;
dépasser les passions et les préjugés; encourager l'adoption de mesures
ponctuelles qui préparent la voie à la solution des problèmes plus
difficiles; exploiter le potentiel de paix des religions. Ce sont là
quelques-uns des objectifs que le Saint-Siège considère de son devoir
d'atteindre. Le livre que nous présentons ce soir me semble montrer le
résultat de la stratégie dont je viens de parler. Dans la précarité du
monde moderne, il est plus nécessaire que jamais d'unir nos forces pour
rechercher les conditions d'un monde plus humain. La foi offre sans
aucun doute une nouvelle vision de l'homme et de la société avec ses
motivations particulières qui peuvent renforcer la coexistence entre
les peuples. (...)
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source : 30 Jours, no.3 - 2004, p.17
Dans la cellule de mon coeur
O Jésus, mon Bien-Aimé, qu'il est doux de t'aimer, de t'appartenir,
de t'avoir pour unique Tout!
Que ma vie soit une oraison continuelle, un long acte d'amour.
Que rien ne puisse me distraire de Toi, ni les bruits, ni les
distractions, rien n'est-ce pas?
J'aimerais tant, ô mon Maître, vivre avec Toi dans le silence.
Mais ce que j'aime par dessus tout, c'est faire ta volonté.
Et puisque tu me veux encore dans le monde, je me soumets de tout mon
coeur, pour l'amour de Toi.
Je t'offre la cellule de mon coeur.
Que ce soit ton petit Béthanie.
Viens t'y reposer, je t'aime tant !
Elisabeth de la Trinité