www.lumenc.org DUCCIO di Buoninsegna, Guérison de l'aveugle / Healing of the Blind Man, 1308-11, Detail, Tempera on wood, 43 x 45 cm, National Gallery, London
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Unam Sanctam 3 Juillet-Septembre 2004

Le salut de la société par la foi chrétienne

Le monde actuel a besoin de catholiques convaincus

Aujourd'hui plus que jamais, qu'on le comprenne bien, la société a besoin de doctrines fortes et conséquentes avec elles-mêmes. Au milieu de la dissolution générale des idées, l'assertion seule, une assertion ferme, nourrie, sans alliage, pourra se faire accepter. Les transactions deviennent de plus en plus stériles et chacune d'elles emporte un lambeau de la vérité. Comme aux premiers jours du christianisme, il est nécessaire que les chrétiens frappent tous les regards par l'unité de leurs principes et de leurs jugements. Ils n'ont rien à emprunter à ce chaos de négations et d'essais, de tout genre qui atteste si haut l'impuissance de la société présente. Elle ne vit plus, cette société, que de rares débris de l'ancienne civilisation chrétienne que les révolutions n'ont pas encore emportés et que la miséricorde de Dieu a préservés jusqu'ici du naufrage. Montrez-vous donc à elle tel que vous êtes au fond, catholique convaincu. Elle aura peur de vous peut-être quelque temps, mais soyez-en sûr, elle vous reviendra. Si vous la flattez en parlant son langage, vous l'amuserez un instant, puis elle vous oubliera ; car vous ne lui aurez pas fait une impression sérieuse. Elle se sera reconnue en vous plus ou moins, et comme elle a peu de confiance en elle-même, elle n'en aura pas en vous davantage.

Il y a une grâce attachée à la confession pleine et entière de la Foi. Cette confession, nous dit l'Apôtre, est le salut de ceux qui la font et l'expérience démontre qu'elle est aussi le salut de ceux qui l'entendent. Soyons catholiques et rien d'autre chose que catholiques, ni philosophes, ni rêveurs d'utopies, et nous serons ce levain dont le Seigneur dit qu'il fait fermenter toute la pâte. Je le répète, il en fut ainsi au commencement. Si la société a une chance de salut, elle est dans l'attitude de plus en plus résolue des chrétiens. Que l'on sache que nous ne transigeons sur rien, que nous dédaignons de répéter le jargon des philosophes. C'est une vérité de fait que le christianisme s'impose, non par la violence, mais par l'ascendant de la conviction de celui qui le prêche.

Dom Guéranger


Le mal au début de l'histoire

Le péché originel, vérité essentielle

Il est peu de vérités qui soient plus remises en question dans le monde théologique actuel que le dogme du péché originel. Théologiens, historiens, philosophes dans le vent, imbus de freudisme, de marxisme et surtout intoxiqués par la théorie de l'Évolution, cette grande mystification matérialiste, s'acharnent contre cette vérité que Dieu nous a révélée. Lui ne peut ni se tromper, ni nous tromper. La doctrine du péché originel est une vérité définie par le Magistère de l'Église de façon bien claire et définitive. Est anathème celui qui la nie ou la déforme. Rappelons qu'anathème veut dire " maudit ", ce qui devrait faire réfléchir !

(...)

La doctrine du péché originel est donc reléguée aux oubliettes, on en rougit devant la "science" et les défenseurs de l'Homme " si bon par nature et mauvais par fréquentation de ses semblables ". Mais si l'homme ne fait rien de mal, il faut donc que le responsable du mal soit son Créateur. C'est une grave accusation d'imprévoyance et même de méchanceté. On comprend que la Sainte Église ait en horreur une telle injustice, une telle ingratitude, une telle contre-vérité.

Si l'on veut bien considérer la place que lui fait saint Thomas dans sa théologie, il est aisé de se convaincre de l'importance capitale du péché originel, dans la solution du problème du mal et de la souffrance. Il ne s'agit pas d'un symbole, d'une façon de dire que...

L'Eglise affirme, avec toute la majesté et la tranquillité de sa science des choses divines, que le péché originel est un fait historique, qu'Adam n'est pas un mythe et que la Sainte Écriture dit vrai. Et elle excommunie avec horreur ceux qui, par orgueil insensé, osent le nier, faisant du Créateur un "mal-faiteur" au sens propre. Ce qui est un péché terriblement grave contre l'Esprit de Vérité et d'Amour.

La vie chrétienne ne serait pas intelligible sans la ferme adhésion à la doctrine du péché originel, lumière que nous donne la Bonté de Dieu pour nous sauver de l'ignorance et de la confusion. Effacez-la, tout est sapé à la base. Le mystère de la Rédemption, par les mérites réparateurs du Christ, devient incompréhensible. La Passion devient inutile. Le Baptême et les Sacrements deviennent superflus, et l'Église n'a plus de raison d'être. Tout est détruit.

Cette offensive contre la doctrine, contre cette lumière qui nous informe, est oeuvre de ténèbres et porte l'horrible signature de celui qui veut détruire l'oeuvre divine : l'Adversaire. Il faut être bien endormi pour ne pas sentir là sa haine contre le Christ, le nouvel Adam, le Sauveur, le révélateur de la Miséricorde divine qui surabonde, là où le péché a abondé. Malheur à ses complices conscients ou inconscients !

Le péché originel est un mystère qui demande notre Foi. Ce mystère n'est pas contraire à la raison. Comme dans tous nos mystères, il y a du clair et de l'obscur : assez de clarté pour nourrir l'intelligence, assez d'obscurité pour élancer notre confiance vers Dieu cru sur parole. La Sainte Écriture n'est pas un traité de cosmologie. Sa concision n'est pas erreur. " La Bible a été inspirée pour nous apprendre, non comment va le ciel, mais comment on y va ! ". La théologie est la science de la Foi, l'approfondissement méthodique de la Vérité révélée, à la lumière de la Foi, cette Vertu qui nous est donnée d'en Haut pour adhérer de tout notre esprit à cette Vérité. Le péché originel n'est vraiment connu et ne peut se concevoir qu'à la lumière de la Révélation. Nous connaissons mal le début de ce tragique événement, mais tout s'éclaire par la fin, par le mystère de l'incarnation et de la Rédemption, par Jésus tout entier, Lumière née de la Lumière. Le mystère de notre incorporation au premier homme et de notre déchéance en lui, s'éclaire par le mystère de notre incorporation et de notre relèvement dans le Christ. "Félix culpa! heureuse faute qui nous a valu un tel Sauveur !" chante l'Eglise dans la joie de Pâques (Exultet). Bien loin d'abaisser la dignité de l'Homme, elle l'élève infiniment. La chute de nos premiers parents est l'occasion de la fulgurante Révélation de la Bonté divine qui se manifestera pleinement dans la Passion de Jésus, Sagesse de Dieu, le Verbe fait chair. Dieu y manifeste aussi Sa toute Puissance, son royal droit de grâce. " Dieu ne permettrait jamais le mal dans ses oeuvres, s'il n'était assez puissant et assez bon pour en tirer du Bien " (St Augustin).

Faisons donc confiance à la Tradition de l'Église. Croyons Dieu sur parole. La Sainte Ecriture ne peut mentir.

Faisons, de même, confiance à la Sainte Vierge qui à Lourdes, en 1858, confie que son nom est : l'Immaculée Conception. Ainsi elle confirme le dogme promulgué en 1854 par SS Pie IX : lequel confirme avec éc1at la doctrine du péché originel. Elle ne peut mentir. Notons qu'en 1857 Darwin publiait son livre " L'origine des espèces " dont les matérialistes se servirent pour faire dériver l'esprit humain de la matière animale, nier la possibilité d'un couple unique, rejetant la création du monde aux bons soins d'un hasard tout-puissant et d'un temps dont l'étirement tient lieu de sagesse allant du néant au néant. Cette hypothèse veut faire obstacle à la Création par la toute Puissance, la Sagesse et la Bonté de Dieu. C'est une oeuvre de ténèbres qui désinforme, sous des dehors séduisants. C'est cette théorie non prouvée qui est la thèse devenue hélas quasi-officielle. Elle conduit à l'athéisme et à la boucherie. Mais, grâce à Dieu, les théories mal fondées s'écroulent. La théorie freudienne s'est effondrée dans une poussière de sectes opposées. On sait ce qui est arrivé au marxisme. Ne nous laissons donc pas séduire; demandons aux négateurs des preuves réelles de ce qu'ils avancent. Ils n'en ont pas. Il serait donc bien imprudent de leur faire confiance sans plus de certitudes. Notre Dieu est plus clair et plus sûr !

Il ne faut pas désespérer ! Nous pouvons vous confier que, actuellement, d'authentiques savants remettent en cause cette théorie de l'Évolution qui veut régner sans preuve de sa légitimité. Par exemple, les datations fournies par des méthodes peu sûres sont de plus en plus mises en doute et sans elles toute la théorie tombe en poussière. Il faut donc soutenir ceux qui combattent contre l'erreur. Prions pour les chercheurs. La démarche scientifique est si belle quand elle est " recherche de paternité " !

Seigneur, faites qu'ils voient et rendent gloire au vrai Père de toute créature, qui les aime et les attend !

Patience et confiance ! La dévotion au Chef Sacré de Jésus "en qui sont cachés les trésors de la Sagesse et de la Science" n'a pas d'autre but que de nous aider à chasser les ténèbres et à réparer l'oeuvre de mort de l'orgueil intellectuel et le refus de croire.

MMC

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extrait de Sagesse, no.405, mai-juin 2004, p.2-3.


L'Emmanuel au centre de l'histoire

Pourquoi faut-il toujours prier au nom de Jésus-Christ?

En ces temps de confusion diabolique, où de faux prophètes mettent en doute la nécessité d'un Créateur, d'un Sauveur, ou mettent Jésus au rang des illuminés fondateurs de religions impuissantes à sauver l'humanité, il est bon de rappeler que le nom de Jésus signifle : Dieu sauve, et qu'il est le seul Sauveur tout-puissant, comme il est le Créateur tout-puissant. Penser et professer le contraire sous prétexte d'ouverture est une absolue trahison.

"Tout ce que vous demanderez à Mon Père en Mon Nom, Je le ferai" (St Jean XIV, 13). "Jusqu'à présent, vous n'avez rien demandé en mon Nom" (St Jean XVI, 24). "Sans Moi, vous ne pouvez rien faire! " (St Jean XV, 5).

Pourquoi faut-il prier au Nom de Jésus-Christ ? Ne peut-on se faire entendre de Dieu par un autre moyen ou avoir audience directement ? Ce recours est-il une formalité secondaire ou est-il essentiel à la prière ?

C'est bien entendu la seconde hypothèse qui est la seule vraie. Il n'y a qu'un pont qui puisse nous faire traverser l'abîme qui sépare la créature du Créateur. Il n'y a personne qui plaise plus à Dieu que Lui-même. Il n'y a personne qui plaise plus au Père et au Saint Esprit que le Fils. Il y a dans notre vie terrestre des personnes à qui nous ne refusons rien, tellement nous les estimons et les aimons, et c'est un bien faible reflet de l'amour d'estime, de complaisance, de bienveillance qui anime les Personnes Divines. Le recours au Christ, loin d'être une formalité, une contrainte pénible, est au contraire une immense faveur que la Miséricorde de Dieu nous accorde, comme un laissez-passer permanent pour avoir accès au Coeur de Dieu. Dieu nous ouvre non seulement "ses oreilles" comme dit le psaume, mais ses bras. Il ne peut faire plus, et ce serait une offense de notre part de penser pouvoir faire mieux que la Providence Divine qui a tout vu et tout prévu pour susciter nos prières, et pour les exaucer comme elle en a le secret.

Le Notre-Père nous donne l'ordre des choses qu'il faut demander par Jésus-Christ. Elles ne sont accordées que si elles sont demandées : la venue du Royaume, la connaissance de la volonté de Dieu et son exécution, le pain quotidien, le pardon des offenses, la force dans l'épreuve, la délivrance du mal et des forces hostiles du prince de ce monde. Jésus nous apprend à prier, et Il se manifeste comme la Vérité de la prière, la Voie de la prière et la Vie de la prière. Tout ce que pense et veut Jésus pour Dieu et pour nous est révélé dans le Pater. Cette prière nous révèle le fond de sa sainte Âme.

Jésus est notre Médiateur auprès du Père car Il est Dieu fait homme. Qui peut mieux connaître nos besoins ? Qui peut mieux transmettre nos désirs et surtout les purifier, les sanctifier ? Car son but est notre bonheur éternel, qui n'a aucune proportion avec nos désirs terrestres. Il exauce toujours, mais quand il faut, comme il faut, où il faut, car Il est la Sagesse qui ordonne. Nous le verrons au Ciel. C'est pourquoi il faut toujours prier, et toujours dans l'esprit du Notre Père.

Jésus nous a rachetés et tout ce qui concerne notre salut le concerne. Ses Saintes Plaies sont les témoins de l'immense amour qu'il nous porte. Il les présente au Père pour plaider notre cause, et rien n'est plus glorieux et plus précieux, que ce rappel de la Miséricorde Divine. N'oublions pas en effet que le Père nous a donné Son Fils Unique pour qu'il satisfasse pour nos péchés, pour qu'il comble les vides de nos manquements, pour qu'il répare à notre place, tant sa Justice ne peut tolérer l'impunité de la moindre faute. L'amour du Père est égal à l'amour du Fils, dans le drame de la Passion. Il serait parfaitement faux de considérer Dieu le Père comme un bourreau inflexible. Il se serait livré Lui-même si cela avait été convenable à Sa Sagesse, dit St-Thomas. Comment voulez-vous qu'il ne nous écoute pas?

Toutes les grâces viennent de Jésus-Christ. Il en est l'auteur et le dispensateur. Il nous les a méritées Lui-même et à quel prix ! Nous tenons tout de Lui, nous Lui devons la vie naturelle, car Il est la Parole qui nous a créés de rien; nous Lui devons la vie surnaturelle et l'efficacité de nos prières.

Il est le principe de notre prière, il en est le Moyen, il en est la Fin car nous devons prier avec Lui, par Lui, pour être éternellement en Lui.

Certes, il ne suffit pas de dire Seigneur ! Seigneur ! C'est pourtant déjà un premier pas dont Il tient compte car nul ne l'invoque en vain et Il connaît la faiblesse humaine. C'est de Lui que nous apprendrons à bien vivre, à bien souffrir, à bien travailler. Il ne faut donc jamais lâcher sa Main, Le perdre de vue. Sans Lui, nous ne pouvons rien faire. Avec Lui, tout devient possible, y compris de déplacer les montagnes!

Voilà pourquoi l'Église prie toujours au Nom de Jésus-Christ. Par Lui, avec Lui, en Lui, elle rend au Père, dans l'unité du Saint Esprit, tout honneur et toute gloire. En Lui, elle dit son Amen. C'est bien ainsi ! Qu'il en soit ainsi!

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extrait de Sagesse, no.403, p.2


À propos du film La Passion du Christ

Lettre ouverte d'un chrétien d'Orient à Mel Gibson

 

Nous proposons à votre méditation ce texte remarquable de M. Antoine Assaf, écrivain et philosophe, sur le film La Passion du Christ de Mel Gibson. L'Occident endormi dans son confort et tous ses mensonges est-il encore capable de saisir le message de vérité et d'amour du Christ-Jésus?

Cher Mel

Par son scandale mondial, votre Passion du Christ a révélé au monde occidental ses propres faiblesses, sa honte cachée et inhibée depuis des siècles. Au monde oriental, elle lui a fait saisir le sens de son combat et la gravité de ses divisions. Mais comme toute grande honte, elle se sauve malgré elle par l'oubli.

Je peux suivre à travers les images de votre film comme les stations d'un chemin de croix, comme vous l'avez voulu pour les douze dernières heures du Christ. Je verrai alors surgir, comme une tache rouge et indélébile, toutes les nuances de ce terrible oubli.

Cinq oublis fondamentaux

Première station : l'oubli de l'identité.

L'Occident nihiliste ne veut plus reconnaître la personne du Christ. Celui qui dit " Je suis celui qui est " gêne la tiédeur d'un Occident qui ne voit dans l'être qu'abîme et non-être. Vous l'avez montré dans l'affront nocturne, entre le Christ et les soldats de Caïphe.

Ils ne veilleront pas une heure à côté de Lui; ils ne marcheront pas sur le chemin de la croix.

Deuxième station : l'oubli de la souffrance.

L'Occident vaniteux ne veut pas voir ni sentir les souffrances du Christ. Ni l'Occident, ni les ariens, ni les athées, ni les musulmans après les juifs n'ont voulu reconnaître cette souffrance qui pour eux n'est qu'apparences et mascarades. Vous l'avez évoqué surtout dans le regard de Marie, devant la flagellation douloureuse de son fils. Elle seule, dans sa complicité divine, l'accepte librement et sait dire " Mon Fils, quand et où décideras-tu d'être délivré de cela! "

Ils ne laveront pas son sang pur avec un linceul blanc; ils ne marcheront pas à côté de la croix.

Troisième station : l'oubli du mal.

L'Occident heureux ne renoncera pas à ses plaisirs pour reconnaître la présence du diable et son regard qui veille dans la froideur et dans le cynisme. Le mal, pour l'Occident, est une abstraction. Il adore sans le savoir le singe de Dieu, celui qui porte dans ses bras, pour narguer le Christ flagellé, son fils de malheur et de laideur : il sourit quand le Christ souffre. Vous l'avez montré dans la nuit de Gethsémani, quand le Christ défie le diable et écrase le serpent, et la larme de Dieu qui descend du Ciel pour faire trembler la terre entière.

Ils ne veulent pas croire dans cet ange qui a dit à Dieu : " Non serviam ! " Ils ont oublié l'ange noir qui dit " Non "; ils ne marcheront pas vers la croix.

Quatrième station : l'oubli de l'amour.

L'Occident amoureux regarde Sodome et Gomorhe en face, se retourne et ne goûte plus au sel de son âme quand ses enfants se transformeront en statues de volupté ! Ils ne seront pas touchés par les larmes de Marie-Madeleine convertie et éprouvée. Ils n'accepteront pas le don du Christ sur la croix, quand les clous percent son corps livré. Vous l'avez montré dans le sadisme des grands-prêtres et la cruauté des soldats, devant le silence majestueux, plein de pardon du Christ Roi.

Ils lui demanderont des preuves et des miracles; ils ne seront pas au pied de la croix.

Cinquième station : l'oubli du jugement.

L'Occident orgueilleux fonde son avenir sur les royaumes temporels, sur le pouvoir et sur les conquêtes. Ni le tremblement de terre, ni le cri désespéré du diable, ni le déchirement de Caïphe devant le mur fissuré du temple que vous avez si bien rendus, ne seront assez pour ramener le monde au seuil du vrai Royaume.

Ils verront arriver le jour du jugement ; ils verront le larron converti au Paradis. Ils comprendront alors que les souffrances du diable sont sans fruit. Ils verront alors la gloire du Messie crucifié, Messie du jugement, de la miséricorde et du salut, sur le sommet du Golgotha.

Cher Mel, votre Christ araméen, souffrant et glorieux, est celui que défendent les chrétiens d'Orient. Ils ont retenu l'unique parole du Christ à sa mère, sur le chemin de la croix : "Vois, Mère, comme je rends toute chose nouvelle!" Quand alors, l'Orient aura envahi l'Occident avec sa force spirituelle et non par ses kamikazes, nous nous reverrons pour vous voir tourner un film sur le vrai Paradis.

Bien à vous,

Antoine Assaf

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extrait de L'Homme Nouveau, du 2 mai 2004, p.5


Histoire de l'Église

Thomas More et John Fisher témoins intrépides de la foi catholique

L'oecuménisme, tel qu'on le pratique habituellement à l'heure actuelle, risque de nous faire oublier le témoignage clair et net de tous ceux qui ont donné leur vie pour défendre la foi catholique. Nous en avons de beaux exemples en saint John Fisher et saint Thomas More, qui n'étaient pas des fanatiques mais de fidèles et sages disciples de Jésus doux et humble de coeur. Ils nous rappellent que lorsque la révélation divine est en jeu, une conscience éclairée doit être inébranlable dans ses convictions de foi. Ils nous aident aussi à comprendre que l'erreur, pour se propager, compte toujours sur la faiblesse et la lâcheté. Aujourd'hui, ce qui apparaît le plus urgent pour l'affermissement de la foi catholique, c'est un réveil général de la foi en la présence réelle et substantielle de Jésus dans l'Eucharistie et le saint sacrifice de la messe.

De l'établissement de la suprématie du roi Henri VIII l'attention du parlement fut appelée sur la succession au trône, et, par un autre acte, le mariage entre Henri et Catherine fut déclaré illégal et invalide, et son union avec Anne de Boulen légale et régulière ; on exclut de la succession la première descendance du roi, et la seconde fut déclarée habile à hériter de la couronne. On déclara haute trahison toute tentative faite pour diffamer ce mariage ou porter préjudice à la succession des héritiers qui en proviendraient, et l'on ordonna à tous les sujets majeurs du roi de prêter serment d'obéissance à cet acte, sous la peine infligée à la non-révélation.

Les deux hommes les plus recommandables de l'Angleterre, l'évêque de Rochester et le chancelier, s'étaient constamment opposés au divorce. La réputation de Fisher et de Morus était grande non-seulement en Angleterre, mais sur le continent, et les plus ardents adversaires du divorce avaient l'habitude de dire qu'ils suivaient l'opinion de ces deux hommes célèbres. Morus avait donné sa démission de chancelier quand il vit la direction funeste que prenait le gouvernement. Ils furent cités tous deux devant le conseil du roi, présidé par Cromwell, et on leur demanda s'ils consentaient à faire le nouveau serment de succession. Mais, outre la succession au trône, ce serment comprenait encore la reconnaissance du divorce et de la suprématie. Morus offrit de faire le serment quant à la succession, mais non quant au reste. On lui intima qu'à moins qu'il ne donnât les motifs de son refus on attribuerait ce refus à son obstination. - Morus : " Ce n'est point par obstination, mais dans la crainte de blesser. Donnez-moi une suffisante garantie que le roi ne s'en offensera pas, et j'expliquerai mes raisons. " - Cromwell: " La garantie du roi ne vous sauvera pas des peines établies par le statut. " - Morus : " En ce cas je me confierai à l'honneur de Sa Majesté; mais, cependant, il me semble que, si je ne puis pas déduire mes motifs sans péril, ce n'est pas une obstination de les taire. " - Cranmer : "Vous dites que vous ne blâmez personne de faire le serment. Il est alors évident que vous n'êtes pas convaincu qu'il soit blâmable de le faire; mais vous devez être convaincu qu'il est de votre devoir d'obéir au roi. En refusant néanmoins de le faire vous préférez ce qui est incertain à ce qui est certain." - Morus : " Je ne blâme personne de faire le serment, parce que je ne connais ni leurs raisons ni leurs motifs; mais je me blâmerais moi-même, parce que je sais que j'agirais contre ma conscience. Et vraiment cette façon de raisonner nous aplanirait toute difficulté toutes les fois que les docteurs ne seraient pas d'accord, on n'aurait qu'à obtenir le commandement du roi pour l'un ou l'autre côté de la question, et cela serait toujours bien. - L'abbé de Westminster : "Mais vous devez croire que votre conscience est erronée quand vous avez contre vous tout le conseil de la nation. " - Morus : " Je le croirais si je n'avais pour moi un plus grand conseil encore, tout le conseil de la chrétienté . " Ces réponses, surtout la dernière, respirent la sagesse et la constance des martyrs.

Depuis sa démission de la chancellerie Morus partageait tout son temps entre la prière, l'étude et les soins de sa famille. Sur son refus de prêter le serment de suprématie, autrement dit d'apostasier, il fut enfermé à la Tour de Londres, privé de ses livres, qui faisaient sa plus douce consolation, et réduit à vendre ses meubles pour faire subsister ses nombreux enfants. Les menaces, les insinuations les plus captieuses, les offres les plus séduisantes échouèrent contre sa fermeté. Sa femme le conjurant de se soumettre à la volonté de Henri VIII dans l'intérêt de ses enfants : " eh! ma femme, lui dit-il, voulez-vous que j'échange l'éternité avec vingt années que je peux encore avoir à vivre? " Quand on vint lui annoncer sa sentence de mort, celui qui était chargé de la lui notifier lui fit valoir comme une marque singulière de la clémence du roi qu'il avait commué la peine de la potence en celle de la décapitation. " Dieu préserve mes amis d'une pareille faveur ! lui répondit-il. J'espère que mes enfants n'en auront pas besoin." Après la lecture de la sentence il reprit son flegme ordinaire ; il renouvela sa profession de foi sur la suprématie comme contraire à la loi évangélique, qui a conféré la primauté à saint Pierre et à ses successeurs ; à la tradition de tous les siècles, où l'on ne trouvait pas un seul docteur qui fût d'avis qu'un laïque pût être le chef de l'Eglise ; à toutes les lois d'Angleterre, spécialement à la grande charte, qui avait reconnu tous les droits du souverain Pontife, tels qu'ils existaient à l'époque où elle fut faite; au serment par lequel le roi s'était engagé, à son sacre, de maintenir et de défendre les droits de l'Eglise.

Morus chérissait tendrement sa fille Marguerite, à qui il avait appris le grec et le latin ; elle l'attendait au sortir de la salle où il venait d'être condamné à mort, se jeta à son cou, en s'écriant au milieu des sanglots : " Quoi ? mon père, vous allez mourir innocent ! - Mais, ma fille, lui dit-il en souriant, voudrais-tu que je mourusse coupable? " II l'embrassa avec tendresse et lui donna sa bénédiction. La veille de sa mort il lui écrivit avec du charbon, pour lui mander que bientôt il ne serait plus à la charge de personne, qu'il brûlait du désir de voir son Dieu et de mourir le lendemain, qui était l'octave du prince des apôtres et la translation de saint Thomas de Cantorbéry, auquel il avait eu toute sa vie une dévotion particulière. Ses voeux furent exaucés; le lendemain, 6 juillet 1535, fut le jour de son martyre. Arrivé au pied de l'échafaud, comme l'échelle n'était pas commode, il dit à l'un des valets du bourreau: " Donne-moi la main pour monter; je n'en aurai pas besoin pour descendre. " Après avoir fini sa prière et chanté le psaume Miserere, il prit le peuple à témoin qu'il mourait dans la profession de la foi catholique, apostolique et romaine. Le bourreau le pria de lui pardonner sa mort ; Morus l'embrassa et lui dit : " Tu me rends aujourd'hui le plus grand service qui soit au pouvoir d'un mortel ; mais, ajouta-t-il en lui mettant à la main une pièce de monnaie, mon cou est si court que je crains qu'il ne te fasse pas grand honneur dans ta profession." Il reçut ainsi la mort avec la joie et la constance des anciens martyrs. Sa tête fut exposée pendant quatorze jours sur le pont de Londres, d'où sa fille Marguerite la fit enlever et enterrer à Saint-Dunstan de Cantorbéry, et son corps dans l'église de Chelséa. " Pour ce qui regarde la justice, le désintéressement, l'humilité et la véritable générosité, dit le protestant Rapin Thoiras, Morus était un modèle au siècle où il vivait. "

L'évêque de Rochester, son ami, l'avait précédé de quelques semaines au martyre. Arrêté en 1534 et mis à la Tour de Londres, John Fisher y fut traité cruellement malgré son grand âge; il était octogénaire; on le dépouilla de ses habits, on le revêtit de haillons qui couvraient à peine sa nudité ; mais, quelque effort qu'on fit, on ne put ni lasser sa patience ni ébranler sa foi. Il passa un an dans cette pénible et douloureuse situation. Paul III, successeur de Clément VII, instruit des rigueurs qu'on exerçait envers lui, voulut le dédommager par une marque éclatante d'estime et le créa cardinal le 12 mai 1535 ; cette faveur ne fit qu'aggraver le sort de Fisher et hâter sa perte. Henri VIII s'écria : " Paul peut lui envoyer le chapeau, j'aurai soin qu'il n'ait pas de tête pour le porter. " La vénération qu'autrefois il marquait au saint et vieux prélat semblait s'être changée en une haine cruelle. Le pontife et cardinal octogénaire fut condamné à mort le 17 juin, comme coupable de haute trahison, pour avoir dit que le roi n'était pas le chef de l'Église. Il fut décapité, comme un autre Jean-Baptiste par un autre Hérode, le 22 du même mois. Non content de cette exécution du saint vieillard, Henri ordonna que son corps fût dépouillé et exposé pendant quelques heures aux outrages de la populace, puis enterré sans cercueil ni drap mortuaire.

L'emprisonnement et le supplice de Fisher et du chancelier répandirent la terreur ; on ne vit pas un seul évêque imiter la constance de celui de Rochester ; tous se montrèrent chiens muets, n'osant aboyer contre les loups et les larrons. Que dis-je? le grand nombre eut la lâcheté, sur l'ordre de Henri, de monter en chaire, tous les dimanches, pour prêcher l'apostasie, savoir, que le roi était le véritable chef de l'Église, et le successeur de Pierre un usurpateur. Ce ne fut guère que dans certains ordres religieux qu'on vit en assez grand nombre des hommes fidèles. Écoutons le protestant Cobbet :

" Le devoir le plus sacré d'un historien est de signaler à l'estime et à l'admiration de la postérité les hommes qui osent embrasser la défense de l'innocence contre les méchants armés du pouvoir. Je ferai donc ici une mention particulière de deux religieux franciscains, nommés Peyto et Elstow. Le premier, prêchant un jour devant le roi, quelque temps après son mariage avec Anne de Boulen, et prenant pour texte le passage du premier livre des Rois dans lequel Michée prophétise contre Achab, qui était entouré de flatteurs et de prophètes imposteurs, ne craignit pas de dire : " Je suis Michée ; vous me détesterez, parce que je suis forcé de déclarer que ce mariage est illégal. Je n'ignore pas que je mangerai le pain de l'affliction et que je boirai l'eau de la douleur; mais, puisque le Seigneur m'a mis cette vérité dans la bouche, je la dirai. Vos flatteurs sont les quatre cents prophètes dont l'esprit menteur cherche à vous tromper. En vous laissant séduire prenez garde de ne pas subir un jour le châtiment d'Achab, dont les chiens burent le sang. " Le roi ne parut faire aucune attention à ce reproche ; mais, le dimanche suivant, un certain Curwin prêcha dans le même lieu, devant le roi, et traita Peyto de chien, de calomniateur, de vil moine mendiant, de rebelle et de traître, ajoutant qu'il s'était enfui de honte et de peur. Dans ce moment Elstow, qui était présent, et qui appartenait à la même congrégation que Peyto, apostrophant Curwin à haute voix, lui dit : " Mon bon monsieur, vous savez aussi bien que qui que ce soit que Peyto est allé assister à un synode provincial à Cantorbéry, et que ce n'est pas la crainte que vous ou tout autre lui inspirez qui l'a fait fuir, car il reviendra demain. Mais, en attendant, me voici, comme un autre Michée, prêt à sacrifier ma vie pour soutenir, devant Dieu et tous les juges impartiaux, ce qu'il a avancé d'après les saintes Ecritures. Et c'est toi, Curwin, que je défie à ce combat ; car tu es un des quatre cents faux prophètes dont l'esprit de mensonge s'est emparé, et qui cherchent à établir, par l'adultère, une succession qui devra conduire le roi à la perdition éternelle. "

" Stowe, qui rapporte ce fait dans sa Chronique, dit qu'Elstow s'échauffa tellement qu'on ne parvint à lui imposer silence qu'en lui en donnant l'ordre formel au nom du roi. Le jour suivant les deux religieux furent mandés devant le roi et son conseil. Henri les réprimanda fortement, et leur dit qu'ils mériteraient d'être mis dans un sac et précipités dans la Tamise. Réservez de semblables menaces, reprit Elstow en souriant, pour les riches et les gourmands, vêtus de pourpre, qui font bonne chère et mettent tout leur espoir dans ce bas monde. Quant à nous, loin d'en faire aucun cas, nous nous réjouirons d'avoir été chassés d'ici pour avoir fait notre devoir. Au reste, et Dieu en soit loué ! nous savons que le ciel nous est ouvert, soit que nous y arrivions par terre ou par mer. "

En vérité, conclut le protestant Cobbet, on ne saurait trop admirer la conduite de ces deux religieux. Si les évêques ou seulement le quart d'entre eux avaient montré autant de courage, le tyran aurait été arrêté au milieu d'une carrière où il allait se précipiter de crimes en crimes. Mais la résistance de ces deux pauvres religieux fut la seule qu'éprouva sa volonté de fer, circonstance qui devrait suffire pour nous engager à hésiter avant de parler de l'ignorance et de la superstition des moines. Dans la conduite de Peyto et d'Elstow il n'y avait pas de fanatisme ; ils n'étaient que les défenseurs de la morale dans la cause d'une personne qu'ils n'avaient jamais personnellement connue. Ils étaient certains d'encourir les peines les plus sévères, peut-être même la mort; et cependant ils ne balancèrent pas un instant. Je ne crois pas, en vérité, que l'histoire ancienne ou moderne offre un trait d'héroïsme qui l'emporte sur celui-ci."

On renvoya Peyto et Elstow, mais on s'aperçut bientôt que tout leur ordre était animé des mêmes sentiments, et Henri jugea nécessaire de réduire au silence cette opposition si l'on ne pouvait la ramener à ses vues. Tous les Franciscains de l'étroite observance furent chassés de leurs monastères et dispersés les uns en différentes prisons; les autres dans les maisons des frères conventuels, II en périt plus de cinquante dans l'horreur des cachots; le reste fut banni en France et en Écosse.

Les enfants de saint Bruno se montrèrent comme les fidèles enfants de saint François. Les prieurs des trois chartreuses de Londres, d'Axiholm et de Belval, se rendirent près de Cromwell pour lui exposer les objections de leur conscience à la reconnaissance de la suprématie du roi. De sa maison il les envoya en prison et les mit en jugement, comme ayant refusé au souverain les honneurs, le protocole et la qualification de sa dignité royale, ce qui constituait le crime de haute trahison. Les jurés cependant ne pouvaient se persuader que des hommes d'une vertu aussi reconnue se fussent rendus coupables d'un pareil délit. Lorsque Cromwell envoya vers eux afin de hâter leur détermination, ils demandèrent un autre jour pour délibérer ; quoiqu'un second message les menaçât eux-mêmes de la punition réservée aux prisonniers, les jurés refusèrent de se déclarer en faveur de la couronne, et le ministre fut obligé de se rendre au milieu d'eux, de discuter le cas avec eux en particulier, et d'appeler la terreur à l'aide de ses arguments, pour en obtenir, à leur grand regret, une déclaration de culpabilité. Cinq jours après, 5 mai 1535, les prieurs, avec Reynold, moine de Syon, et un prêtre séculier, furent exécutés à Tyburn ; ils furent bientôt suivis de trois moines de la Chartreuse qui avaient sollicité vainement la permission de leur donner les consolations de la religion avant leur mort. La sentence fut exécutée, avec la plus barbare exactitude, le 18 juin. On les pendit d'abord, on les décrocha vivants, on leur arracha les entrailles et on les démembra.

Après ces sanglantes exécutions le clergé d'Angleterre parut ne conserver plus ni coeur ni âme et avoir oublié complètement l'exemple des saints et des martyrs ; l'apostasie fut générale. Chacun jura la suprématie spirituelle du roi, et on n'osa plus s'y opposer...

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source : Rohrbacher, Histoire universelle de l'Église catholique, 9è édit. 1903, Tome XII, p. 240-243.


Les conditions de l'amant véritable

Si l'amour est fort et chaud, puissant,et ardent,
Nulle peine, nul chagrin ne peuvent survenir
Que l'amoureux ne soit bien content d'endurer
Tout cela, même la mort, lui paraîtra trop peu
S'il en reçoit la joyeuse présence de l'Être
Sur qui il a fixé son coeur et son amour.

Ainsi, qui aime Dieu devrait être content
d'endurer toute peine et tout chagrin
plutôt que d'être absent de Dieu son Amour,
Et heureux de mourir puisqu'il a l'assurance,
En s'en allant d'ici-bas d'obtenir,
après cette sombre vallée, la lumière du Ciel
Avec la vision béatifique et glorieuse
de son Bien-aimé.

S. Thomas More


Un grand malheur pour l'Angleterre

Les Suites affligeantes d'une Réforme

Le mouvement protestant s'est présenté comme une "réforme" du christianime. La version anglaise de cette "réforme" sous le roi Henri VIII a donné lieu à l'Église d'Angleterre qui, après les églises orientales orthodoxes, demeure la plus près de l'Église catholique. L'Église anglicane a incontestablement conservé de l'Église catholique beaucoup de valeurs chrétiennes, mais comment apprécier ce qu'elle a perdu, au plan de la foi et de la morale, en s'en séparant ? Si l'on récuse en cela le témoignage d'historiens catholiques, le témoignage d'historiens protestants sera sans doute difficile à récuser. Pour établir les suites désastreuses tant d'ordre temporel que d'ordre spirituel de la réforme anglicane, à la fin du XIXe siècle Rohrbacher dans son Histoire universelle de l'Église catholique rapporte ce qu'en pense l'historien protestant William Cobbet.

Le protestant William Cobbet, membre du parlement anglais, a fait une Histoire de la Réforme d'Angleterre pour en montrer au grand jour la nature et les suites.

Voici comment il se résume lui-même, au commencement et à la fin de son travail :

" Mais, avant d'aller plus loin, entendons-nous bien sur la véritable signification des mots catholique, protestant et réforme. Catholique signifie universel; la religion qui prend ce titre fut appelée ainsi parce que tous les peuples chrétiens la regardèrent comme la seule religion véritable, ne reconnaissant en même temps qu'un seul et même chef de l'Église. Ce chef, c'était le Pape, et bien que d'ordinaire il siégeât à Rome, il n'en était pas moins le chef de l'Église en Angleterre, en Espagne, en France, en un mot partout où l'on professait la religion chrétienne. Mais il vint un temps où quelques nations, ou plutôt quelques fractions de nations, s'avisèrent de protester contre l'autorité de leur ancien chef, contre les doctrines enseignées par l'Eglise qui jusqu'alors avait été la seule Eglise cbrétienne et rejetèrent la suprématie spirituelle qu'on avait jusqu'alors universellement reconnue. De là le nom de protestants, devenu commun depuis à tous ceux qui ne sont pas catholiques. Quant au mot réforme, il veut dire changement pour le mieux; il eût été, certes, bien maladroit à ceux qui ont opéré ce grand changement de ne pas lui avoir donné au moins un nom pompeux et sonore.

" Et cependant je ne crains pas de dire qu'un examen fait avec bonne foi et sincérité persuadera à mes lecteurs que ce changement, au lieu d'être pour le mieux, fut pour le pis ; que ce qu'on a appelé la réforme ne fut que le résultat d'une incontinence brutale, de l'hypocrisie et de la perfidie les plus noires, et eut pour suite le pillage et la dévastation ; que des torrents de sang anglais et irlandais cimentèrent cet édifice de boue et d'orgueil, et que cette affreuse misère, cette mendicité générale, ce dénûment absolu, ces haines et ces discordes éternelles qui affligent partout nos regards, en sont les suites immédiates. Voilà, en effet, les seuls avantages que cette réforme nous ait procurés pour nous dédommager de cette abondance, de ce bonheur et de cette concorde dont nos pères catholiques jouirent si pleinement et pendant si longtemps ! "

Voilà ce que le protestant Cobbet annonce dans sa première lettre et récapitule dans la seizième et dernière. Ces seize lettres ont été publiées en anglais à plus de cinquante mille exemplaires, traduites et répandues dans toutes les langues, sans avoir été ni réfutées ni contredites. C'est donc une chose jugée au tribunal du genre humain.

Il y a surtout un point auquel, de nos jours, on attache la plus haute importance, le bien-être matériel. Le protestant Cobbet examine donc, sous ce rapport, la différence entre l'Angleterre autrefois catholique et l'Angleterre aujourd'hui protestante, ne s'appuyant que sur des témoignages et des faits incontestables. Jean Fortescue, grand-chancelier d'Angleterre au quinzième siècle, sous Henri VI, dans son célèbre ouvrage, De Laudibus legum Angliae, de l'Éloge des lois d'Angleterre, comparant l'état du peuple anglais d'alors avec celui du peuple français, fait ce tableau mémorable : " Le roi d'Angleterre ne peut changer les lois ni en établir de nouvelles sans le consentement de tous ses sujets représentés par le parlement. Tout citoyen anglais est libre d'user et de jouir du produit de ses propriétés, des fruits de sa terre, de l'accroissement de son troupeau, etc. Toutes les améliorations qu'il peut faire à sa fortune, soit par son propre travail, soit par celui des gens qu'il entretient à son service, lui appartiennent en toute propriété, sans qu'il ait à redouter aucun obstacle, empêchement ou refus de la part de qui que ce soit. S'il est molesté ou opprimé d'une manière quelconque il est toujours assuré d'obtenir satisfaction de celui qui l'a offensé. Aussi les habitants de l'Angleterre sont-ils riches en or et en argent, et possèdent-ils toutes les nécessités et tous les agréments de la vie. Ils ne boivent pas d'eau, si ce n'est à certaines époques de l'année, mais seulement par motifs religieux et pour faire pénitence. Ils se nourrissent abondamment de viandes, de poissons et de légumes de toutes espèces. Ils portent de bons vêtements de laine; leurs lits, leurs couvertures et autres objets sont également en laine, et ils en sont amplement pourvus. Ils possèdent aussi tout ce qui est nécessaire dans un ménage; enfin chacun a, selon son rang, tout ce qui peut contribuer à rendre la vie heureuse et agréable. "

Tel était donc, au quinzième siècle, d'après le témoignage du chancelier Fortescue, le bien-être du peuple de l'Angleterre catholique. Maintenant, dans l'Angleterre protestante, le tiers de la population est réduit à la mendicité; l'ouvrier anglais n'a généralement d'autre nourriture que le pain et l'eau. Cobbet nous montre des milliers de malheureux, non seulement en Irlande, mais en Angleterre même, ne se nourrissant que de plantes marines, dévorant la chair des chevaux morts, et disputant aux pourceaux la dégoûtante nourriture que contiennent leurs auges ; il nous montre le commencement de ce fléau sous Henri VIII, qui fut le premier à prononcer des peines contre les mendiants qui ne renonceraient pas à implorer la pitié publique. Pour une première fois on leur coupait seulement un bout de l'oreille; mais en cas de récidive ils étaient impitoyablement condamnés à mort. Sous le règne de son fils on marquait d'abord les mendiants avec un fer rouge; après quoi on les réduisait à l'esclavage pour deux années, pendant lesquelles leur maître avait le droit de leur faire porter un collier de fer, de les nourrir au pain et à l'eau et de les priver de viande car à cette époque il y avait encore en Angleterre de la viande pour ceux qui travaillaient. En cas de désobéissance, d'insubordination ou de tentative d'évasion, le malheureux restait esclave pour le reste de ses jours.

Que si la population anglaise, en devenant protestante, est ainsi déchue pour le bien-être matériel, que sera-ce pour le bien-être moral? Tous les observateurs conviennent qu'il n'y a rien au-dessous de la populace de Londres; que les maisons de travail où l'Angleterre renferme ses pauvres, au lieu d'asiles de charité, sont de vraies prisons et des bagnes. C'est pis encore avec les ouvriers, surtout les enfants, employés dans les fabriques et les usines. En 1842, des faits de nature à exciter l'horreur, nous ne dirons pas d'une nation civilisée, mais du peuple le plus barbare, ont été révélés dans un rapport que lord Ashley a présenté au parlement sur la condition des ouvriers employés au travail des mines en Angleterre, en Irlande et en Écosse... Qui aurait pu croire qu'il y eût au sein de l'Angleterre une classe nombreuse d'êtres sans aucune notion de Dieu, qui n'ont jamais entendu parler de Jésus Christ, et qui ignorent jusqu'au nom de la reine qui occupe le trône ? Ces êtres, qui n'ont de l'homme que le nom, vivent et meurent sans connaître aucune des lois gravées au fond des coeurs par la nature pour la protection de la famille. Leur débile existence s'use et s'éteint comme celle des bêtes de somme, compagnes de leurs travaux ".

Dans une région plus élevée, au milieu de l'anarchie intellectuelle, s'est formée une secte religieuse, politique et sociale, dont le but hautement avoué est de détruire toute religion, toute propriété, toute société, même domestique. Quant à l'élite même de la nation anglaise, les pairs et les députés des Communes, y a-t-il dans l'histoire quelque chose de plus bas que le parlement de Henri VIII, poussant la servilité pour un despote jusqu'à renier la foi de ses pères, fouler aux pieds les lois de la justice, condamner des accusés sans les entendre, décréter le pour et le contre du jour au lendemain ?

En lisant Tacite on ne peut mépriser assez la bassesse du sénat romain sous Tibère et Néron. Gare au parlement anglais si jamais il a un Tacite pour historien ! Mais aujourd'hui déjà une partie notable du clergé anglican, les Puseyistes, commencent à ouvrir les yeux, à déplorer comme une immense calamité leur séparation d'avec Rome, et, comme des enfants prodigues, à tourner leurs regards pénitents vers cette maison paternelle. Puisse la nation tout entière y revenir avec eux et réparer ainsi son prodigieux égarement de trois siècles !

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source : Rohrbacher, op. cit. T. XII p. 256-258.


Le Pape Saint Pie V

Le Ve centenaire de la naissance de saint Pie V a été souligné par diverses cérémonies au couvent dominicain de Santa Croce à Bosco Marengo (Piémont). Yves Chiron, dans L'Homme Nouveau, du 16 mai dernier, résume ainsi la vie du grand pontife réformateur, gloire de l'ordre dominicain et gloire de l'Église :

Michele Ghisleri est né à Bosco Marengo, près d'Alessandria, au Piémont, le 17 mai 1504. Il vécut dans cette petite ville jusqu'en 1516, année où, à l'âge de 12 ans, il entra au couvent dominicain de Voghera. Moine savant, il sera chargé de hautes fonctions dans son ordre. Il sera notamment inquisiteur général. Après avoir été évêque à Mondovi, il accédera au siège de Pierre le 7 janvier 1566. Il prendra le nom de Pie V, voulant se situer dans la continuité de Pie IV (1559-1565) qui avait mené à terme le concile de Trente, commencé en 1545.

Ce grand concile, qui s'était achevé le 4 décembre 1563, avait été à la fois un concile doctrinal (de condamnation des erreurs protestantes et de réaffirmation de la doctrine catholique) et un concile de réforme.

Pie V fut d'abord le pape de l'application des décisions du concile de Trente. Dès la première année de son pontificat, il promulgue le Catéchisme romain, dit aussi Catéchisme du concile de Trente. On sait qu'il fut rédigé sous la direction de saint Charles Borromée, le savant et pieux archevêque de Milan, et qu'il constitua pendant des siècles " un livre du maître ", guide sûr et complet pour les curés qui allaient adapter son contenu à leurs fidèles.

C'est dans la volonté de défendre la pureté de la doctrine et d'en déployer toutes les richesses et les beautés qu'il proclame aussi, l'année suivante (1567), saint Thomas d'Aquin Docteur de l'Église.

Pie V publiera aussi une édition typique du Bréviaire romain (1568) et il codifiera la messe romaine en promulguant le Missale romanum, plus connu sous le nom de " Missel de saint Pie V ". Ce Missel romain était imposé à toute l'Église, avec interdiction d'y changer quoi que ce soit.

Défenseur de la doctrine

Cette sévérité normative avait pour but de faire cesser l'anarchie qui régnait en matière liturgique et qui pouvait aboutir, en certains endroits, non seulement à des abus mais aussi à des hérésies. Mais, dans sa sagesse prudente, la bulle d'introduction du Missel autorisait les diocèses et les ordres religieux à conserver leurs usages liturgiques s'ils pouvaient se prévaloir d'au moins deux cents ans d'ancienneté. C'est ainsi que les rites dominicain, cistercien, chartreux et prémontré ont pu se maintenir, comme aussi les rites propres aux diocèses de Milan, Lyon, Liège, Cologne, Trèves et Braga.

Pie V fut confronté aussi à une aggravation de la pression des Turcs en Méditerranée et dans le sud de l'Europe. Les musulmans s'étaient emparés de Rhodes et des Balkans. Ils occupaient la Hongrie et menaçaient à la fois Malte et le sud de la Pologne. Pie V rêva d'une grande alliance chrétienne qui aurait réuni la France, l'Espagne, la Pologne, les puissances italiennes et le Saint-Empire. Finalement, il n'y eut que l'Espagne de Philippe II et la République de Venise à apporter des troupes significatives. Le 7 octobre 1571, à Lépante, sous le commandement de Don Juan d'Autriche, demi-frère de Philippe II, la flotte chrétienne remportait une victoire décisive sur la flotte turque. Comme l'a rappelé le cardinal Sodano, " la foi solide du pape se dévoila dans toute sa grandeur : il attribua cette victoire moins aux armes des hommes qu'à la puissante intercession de la Très Sainte Vierge Marie, invoquée sous le beau titre de Notre-Dame du Rosaire, de Notre-Dame des Victoires. "

Mort le 1" mai 1572, Pie V sera béatifié exactement un siècle plus tard et canonisé en 1712.


La Vierge Marie et l'Islam

La Sainte Vierge est la reine du ciel et de la terre. À ce titre, sa puissance pourra toujours réduire à néant les forces armées des plus puissants du monde, prétendant pouvoir détruire l'Église du Christ. Sa puissance souveraine, Marie l'a démontrée en ce qui concerne l'Islam, toutes les fois qu'il a cherché à conquérir par la force l'Occident.

C'est ainsi que grâce à son secours et à sa protection, les armées chrétiennes, sous la direction de Don Juan d'Autriche, remportèrent sur les turcs une victoire éclatante à Lépante, en 1571. Le pape saint Pie V, à l'origine de cette entreprise de défense de la chrétienté qu'il confiait spécialement à la sainte Vierge, en recommandant à toute l'Église de la supplier par la récitation du chapelet, institua le 7 octobre 1571, en reconnaissance de cette victoire obtenue par son intercession, la fête de Notre-Dame du Saint Rosaire.

Un siècle plus tard, en 1683, Jean Sobieski, roi de Pologne, repoussa victorieusement les Turcs qui assiégeaient Vienne. En reconnaissance de cette victoire, due aussi au secours de la Vierge Marie, le pape saint Innocent XI solennisa la fête du Saint Nom de Marie, en l'étendant à toute l'Église.

Lorsque les circonstances le demandent, la Vierge Marie est toujours prête à défendre l'Église, sans cesse combattue par des ennemis, apparemment plus puissants qu'elle. Mais, en toutes circonstances, Marie est plus Mère que Reine. Elle est la mère spirituelle de tous les hommes appelés à croire en Jésus-Christ. À ce titre, par sa pureté immaculée, par son amour maternel sans limite, par sa sainteté parfaite, elle exerce une influence notable sur les musulmans qu'elle veut conduire au divin Sauveur. En ce sens, la Vierge Marie représente sans aucun doute pour l'Islam le chemin de la foi et de la conversion.

Pour l'Islam, Marie est un modèle

Dieu est le seul point de référence pour les Musulmans. Mais Marie vient immédiatement à sa suite, car elle reflète sa sainteté. C'est pourquoi on peut considérer Marie comme une excellente source du dialogue entre chrétiens et musulmans. C'est la seule femme dont le nom figure 34 fois dans le Coran. Sa foi radicale et sa parfaite soumission à la volonté de Dieu en font le grand modèle du croyant.

Parlant des musulmans, la déclaration Nostra Aetate de Vatican II s'exprime ainsi: "Ils honorent Marie, la mère virginale de Jésus, et souvent ils l'invoquent avec dévotion". C'est pourquoi, les musulmans entreprennent souvent des pèlerinages aux sanctuaires mariaux, spécialement à Fatima. D'ailleurs le nom de Marie est fréquent chez les femmes musulmanes.

D'après le Coran, un ange, par l'ordre de Dieu, annonça à Marie qu'elle donnerait naissance à un fils très pur. Le message troubla Marie. Toujours selon le Coran, elle donna naissance à Jésus, sous un palmier qui la nourrit miraculeusement. Elle était vierge et pure. Elle sauvegarda sa virginité et Dieu lui donna son Esprit, la faisant, elle et son fils, un signe pour les humains . On lit toujours dans le Coran que Marie "est préférée, purifiée et choisie par Dieu au-dessus de toutes les femmes de la terre".

Il est sûr cependant que certains points du Coran sur Marie diffèrent de la tradition chrétienne. C'est ainsi que le refus de la divinité de Jésus Christ chez les musulmans affecte leur vision de Marie. Il reste un fait positif, c'est que la tradition musulmane propose Marie comme un modèle pour le croyant de l'Islam.

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source : Christian Information Centre ; in La Terre Sainte, mai-juin 2004, p.147


Israël-Palestine : Le projet d'Ariel Sharon

Le repli de Gaza

Ariel Sharon se serait-il mué en colombe de la paix ? Derrière des déclarations lénifiantes et le "redéploiement" des colonies, la ghettoïsation de Gaza est en jeu. Dans L'Homme Nouveau, du 21 mars dernier, Alain CHEVALÉRIAS analyse avec clairvoyance le "plan de paix" de Sharon. Par contre, on ne peut être que profondément étonné du manque de clairvoyance de l'autorité américaine, si prompte à aller porter la liberté et la démocratie aux peuples asservis... Dans la livraison de l' Homme Nouveau du 2 mai, le même auteur écrira : En apportant pour des motifs électoralistes son soutien inconditionnel au plan Sharon, le président Bush ignore le désespoir des Palestiniens spoliés et ghettoïsés. Il attise également la folie terroriste contre l'Occident.

Selon l'AFP, du début de l'Intifada, en septembre 2000, au 9 mars on compte 3 822 personnes tuées, dont 2 868 Palestiniens et 886 Israéliens. Il faut ajouter à cela 43 000 blessés, chez les seuls Palestiniens, dont plus de 7 000 enfants, selon l'Unicef. En outre 1400 maisons ont été totalement détruites pour punir leurs habitants. Agence spécialisée des Nations unies, l'Unrwa affirme :

" Nous avons construit 800 logements et 400 autres sont en cours de construction... Nous avons besoin de 30 millions de dollars ", pour rebâtir les maisons détruites. En d'autres termes, Israel casse et la communauté internationale paye.

10 % de la Cisjordanie annexés

Le mur de séparation entre Israël et les Palestiniens est de plus en plus contesté. Jack Straw, le ministre britannique des Affaires étrangères, l'a déclaré " illégal ". La Banque Mondiale constate que son parcours, empiétant sur le territoire palestinien, isole près de 300 000 Palestiniens entre la frontière qu'il dessine et celle de l'État d'Israël.

Le mur annexe de facto 10 % de la Cisjordanie et crée 16 enclaves. À l'intérieur de celles-ci, les habitants arabes auront besoin d'un permis de séjour pour résider dans leurs maisons, quand les colons israéliens circulent librement dans les mêmes zones. Le professeur Noam Chomsky, un Juif américain, dit : " Ce que ce mur fait vraiment, c'est de s'emparer de terres palestiniennes. "

En janvier, à l'annonce de la saisie, par les Nations Unies, de la Cour Internationale de Justice de La Haye pour délibérer sur les conséquences légales de l'édification du mur, Ariel Sharon a dû sentir l'isolement dans lequel il mettait Israël. Il lâche alors un rideau de fumée et, le 1er février déclare: " J'ai donné l'ordre de planifier l'évacuation de 17 colonies de la bande de Gaza... Je pars du principe que, dans le futur, il n'y aura pas de Juifs à Gaza."

Beaucoup voient là un geste en faveur de la paix et s'empressent même de parler de la modération de Sharon. La colère des colons et, un mois plus tard, le 9 mars, l'hostilité déclarée au projet du général Moshé Yaalon, le chef d'état-major de l'armée, achèvent de transformer le faucon en colombe aux yeux de certains.

Quel est le dessous des cartes?

Il faut, avec les israéliens, prendre garde au sens de la moindre virgule. Or les colonies, Sharon a corrigé lui-même, il ne veut pas les "évacuer " mais les " redéployer. " Le 18 décembre, dévoilant déjà une partie de son plan de séparation entre Israël et les Palestiniens, il avait dit: "Les colonies qui seront redéployées sont celles qui ne seront pas incluses dans le territoire de l'État d'Israël. "

Où seront-elles donc " redéployées " ? Il ne reste que la Cisjordanie, à la fois accessible aux Israéliens et extérieure aux frontières d'Israël. En clair, Sharon veut renforcer ainsi la présence juive dans cette autre région occupée.

Mais, pourquoi déplacer des colonies de Gaza en Cisjordanie? Outre le tour de passe passe destiné à déplacer au second plan de l'attention de l'opinion la construction du mur, nous voyons deux raisons complémentaires à cela.

La première est d'ordre historico-religieuse. Salomon, dit la Bible, " dominait sur tous les rois, depuis le fleuve jusqu'au pays des Philistins... " (II Chroniques, 9,26). Or le pays des Philistins, qui échappait à l'autorité de l'Israël biblique, s'étendait le long de la côte, de Jaffa à l'actuelle frontière d'Égypte. La région aujourd'hui dénommée " Bande de Gaza " était incluse dans cette zone. Elle n'appartenait donc pas à l'Israël biblique. Par conséquent, Sharon ne risque pas les foudres des intégristes religieux juifs en l'abandonnant aux Palestiniens.

La seconde, croyons-nous, relève de l'utilité. On voit, en Cisjordanie, le tracé du mur réduire l'espace vital palestinien et le rendre, socialement et économiquement, ingérable. On entend de plus en plus de sionistes, en Israël comme en Occident, refuser de considérer la Cisjordanie comme un territoire occupé et le dire "juif". Le 6 août 2002, pendant une réunion du Pentagone, Donald Rumsfeld, le patron de la Défense américaine, l'a lui même répété à plusieurs reprises, évoquant " les prétendus territoires occupés " par Israël (Wasington Post du 7 août 2002).

Les plus extrémistes, parmi les sionistes, ne cachent pas leur souhait d'expulser les Palestiniens de Cisjordanie. Mais pour les envoyer où ? Les pays voisins refuseront de les recevoir. Gaza pourrait dès lors servir de réceptacle à cette population. Une forme de ghetto en somme.


Actualité : La paix au Moyen-Orient

La Terre Sainte et la crise israélo-palestinienne

A l'occasion de la présentation du livre Le long Chemin de Jim Nicholson, ambassadeur des États-Unis près le Saint-Siège, le cardinal Jean-Louis Tauran disait au sénateur Giulio Andreotti jusqu'à quel point la crise israélo-palestinienne préoccupe le pape et tous ses collaborateurs immédiats. C'est de la solution de cette crise que dépend la paix de tout le Moyen-Orient.

Permettez-moi d'ajouter, à titre personnel, une situation qui n'a pas été mentionnée et qui a fait l'objet de consultations constantes entre Washington et la Cité du Vatican: je veux parler de la Terre Sainte. Je peux témoigner que ce sujet a été au centre de toutes les conversations que le pape Jean Paul II, ses secrétaires d'État et leurs collaborateurs ont eues avec les autorités des États-Unis ces dernières années et qu'il a été spécialement question du problème connu des Lieux saints des trois religions. Le Saint-Siège est en effet convaincu que la crise israélo-palestinienne non résolue est la "mère" de toutes les crises au Moyen-Orient et qu'il faut que les deux parties reprennent, sans attendre, avec l'aide de la communauté internationale, le dialogue et la négociation.

Je voudrais encore, à titre personnel, laisser voir combien la paix en Terre Sainte pourrait transformer la région tout entière: elle libérerait des énergies et des ressources pour le développement économique; elle renforcerait la société civile et la démocratisation de cette société; elle éliminerait tout motif d'action violente pour les extrémistes qui se nourrissent du désespoir des déshérités; elle favoriserait un dialogue pacifique entre les religions et éviterait ainsi l'émigration des chrétiens.

Je ne peux que remercier l'ambassadeur Nicholson qui, dans ces pages, nous fait découvrir à travers la vie d'un diplomate et l'action d'un gouvernement le type de contribution que le Saint-Siège, pouvoir moral sans arme, peut jouer dans la communauté des nations: faire régner la confiance; rappeler l'urgente nécessité du dialogue; respecter le droit, négocier des solutions équitables; dépasser les passions et les préjugés; encourager l'adoption de mesures ponctuelles qui préparent la voie à la solution des problèmes plus difficiles; exploiter le potentiel de paix des religions. Ce sont là quelques-uns des objectifs que le Saint-Siège considère de son devoir d'atteindre. Le livre que nous présentons ce soir me semble montrer le résultat de la stratégie dont je viens de parler. Dans la précarité du monde moderne, il est plus nécessaire que jamais d'unir nos forces pour rechercher les conditions d'un monde plus humain. La foi offre sans aucun doute une nouvelle vision de l'homme et de la société avec ses motivations particulières qui peuvent renforcer la coexistence entre les peuples. (...)

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source : 30 Jours, no.3 - 2004, p.17


Dans la cellule de mon coeur

O Jésus, mon Bien-Aimé, qu'il est doux de t'aimer, de t'appartenir, de t'avoir pour unique Tout!
Que ma vie soit une oraison continuelle, un long acte d'amour.
Que rien ne puisse me distraire de Toi, ni les bruits, ni les distractions, rien n'est-ce pas?

J'aimerais tant, ô mon Maître, vivre avec Toi dans le silence.
Mais ce que j'aime par dessus tout, c'est faire ta volonté.
Et puisque tu me veux encore dans le monde, je me soumets de tout mon coeur, pour l'amour de Toi.

Je t'offre la cellule de mon coeur.
Que ce soit ton petit Béthanie.
Viens t'y reposer, je t'aime tant !

Elisabeth de la Trinité

YT Source http://www.lumenc.org/yt/unam_sanctam_3.htm

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