Préliminaire
Être et agir avec Jésus
Le bonheur de Dieu est d'être avec nous. "Mes
délices, nous dit-il, sont d'être avec les enfants des hommes" (Prov.
8, 31). Par ailleurs, Dieu fait consister notre perfection à vivre avec
Lui. Le juste est celui qui "marche avec Dieu". "Marche en ma présence
et sois parfait" dit Dieu à Abraham (Gen. 17, 1).
Toute l'histoire de l'humanité se résume en efforts
du Seigneur pour être et demeurer avec nous. L'Incarnation, c'est Dieu
avec nous, c'est Dieu se revêtant de notre nature humaine, pour vivre
avec nous. L'Eucharistie, c'est l'incarnation qui se prolonge en chacun
de nous ; c'est le Fils de Dieu venant habiter en nous, afin d'être
toujours avec nous. "Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à
la consommation des siècles" (Mt. 28, 20). Quel bonheur que d'avoir
ainsi Dieu sans cesse à notre portée, que de l'avoir, sans aucune
absence, tout près de nous, que de le porter dans notre pauvre coeur,
de manière à pouvoir converser avec Lui jour et nuit ! Nous n'avons
vraiment rien à envier à ceux qui ont eu le privilège de vivre à ses
côtés, de le voir, de l'écouter, de lui toucher même, mais qui n'ont
pas pu expérimenter, avant son ascension au ciel, la joie d'être pour
Lui un vivant tabernacle. L'Eucharistie est l'invention de l'amour
infini d'un Dieu qui, nous aimant à la folie, ne pouvait pas s'éloigner
de nous, ne pouvait pas nous laisser sans sa lumineuse présence, durant
tout le temps de notre vie mortelle. Lorsque le temps sera fini,
l'immense grâce de l'Eucharistie cèdera la place à la gloire, comme le
chante l'Église : "O banquet sacré, dans lequel nous revevons le Christ
et faisons mémoire de sa Passion : l'âme y est comblée de grâce, et le
gage de la gloire éternelle nous y est donné, alleluia".
À la vérité, le Fils de Dieu est descendu du ciel
pour être et vivre avec nous, pour que sa divine présence soit la
source constante de notre joie. Il est le seul ami sur qui nous pouvons
toujours compter. Bien plus que d'avoir avec nous le rapport de la plus
profonde amitié, il veut épouser nos âmes, épouser chaque âme en
particulier, au point de ne plus faire qu'un avec elle. C'est dans
cette union intime avec Jésus, dans cette fusion de son Coeur avec le
nôtre que consiste la joie parfaite. En dehors de cette fusion du Coeur
de Dieu avec notre coeur d'homme, la joie parfaite ne peut être qu'un
concept vide de sens, qu'une illusion. L'Eucharistie, qui la préfigure
et en est le commencement terrestre, nous donne de pouvoir espérer
fermement, avec une absolue certitude, que nous serons comblés
éternellement de la joie infinie de Dieu. Source divine de notre joie,
l'Eucharistie est aussi la source véritable de notre force. Quand
Jésus, le Fils unique du Père, est avec une âme comme un époux
inséparable et vit même en elle, comment ne lui communiquerait-il pas,
dès maintenant, quelque chose de sa toute-puissance? Est-il une autre
religion sur la terre, où Dieu, par sa proximité et son amour sans
limites à l'égard des hommes, le met en possession d'un tel bonheur?
J.R.B.
La Passion du Christ
J'ai vu le film "La Passion du Christ" de Mel
Gibson, et j'en ai été profondément touché. Ma conviction, en revenant
dans le monde extérieur, où la Personne divine du Sauveur est largement
méconnue, fut que ce film représente un événement historique, une
immense grâce faite par Dieu à notre temps, au monde d'aujourd'hui si
troublé, en quête de vérité, de justice, d'amour et de paix. Voici un
merveilleux instrument pour la nouvelle évangélisation, à la
participation de laquelle tous les chrétiens sont personnellement
conviés.
"Il m'a aimé et s'est livré pour moi". Cette parole
de saint Paul, qui donne tant sons sens à la vie et aux souffrances du
Christ, me hantait durant tout le film. C'est pour moi que Jésus a sué
du sang dans son agonie. C'est pour moi qu'il a été trahi, chargé de
chaînes, frappé brutalement, conspué, condamné comme un blasphémateur
et un ennemi de la paix, renié, ridiculisé par la cour d'Hérode,
cruellement flagellé et couronné d'épines, rangé au-dessous des
criminels de droit commun, et finalement livré par le pouvoir religieux
et civil à la mort la plus infâme : le supplice de la croix. C'est pour
moi, pour expier mes péchés, que Jésus a enduré tant de souffrances,
victime innocente des plus criantes injustices, comme un agneau qu'on
mène à l'abattoir, sans une parole à la bouche, n'ayant dans son coeur
que douceur et amour.
Le premier et le dernier mot du film, c'est l'amour
sans limite d'un Dieu incarné, prenant sur lui - pour les en délivrer
par l'effroyable broiement de son humanité - tous les péchés des
hommes. Un tel amour dépasse tout ce qu'on pourrait imaginer de plus
noble, de plus grand, de plus sublime.
"Il m'a aimé et s'est livré pour moi". Mais moi,
est-ce que je l'aime en retour? Est-ce que je l'aime vraiment? Est-ce
que je sais seulement en quoi consiste l'amour? Est-ce que je suis
disposé à marcher à sa suite en portant ma croix? Est-ce que je
comprends la gravité et la malice du péché, responsable de la mort du
Fils de Dieu, Jésus-Christ?
Que vais-je faire à l'avenir? Vais-je prolonger sa
Passion, vais-je continuer à le frapper violemment, à le défigurer et à
le crucifier par mes péchés? Mes péchés, tous les péchés du monde sont
la violence à l'état pur, la violence humaine gratuite exercée contre
le Fils de Dieu.
Seigneur Jésus, faites-moi la grâce, par les
mérites de votre sainte Passion, de cesser de vous offenser, de me
convertir tout de bon. Daignez m'apprendre à vous aimer, à ne plus
vivre pour moi-même mais à ne vivre que pour vous, en portant dans mon
coeur contrit et pacifié les sentiments d'amour de votre divin Coeur.
J.R.B.
Jésus, miroir du parfait amour
Rien ne nous encourage tant à l'amour des ennemis, en lequel
consiste la perfection de l'amour fraternel, que de considérer avec
gratitude l'admirable platience du plus beau des enfants des
hommes. Il a tendu son beau visage aux impies pour qu'ils le
couvrent de crachats. Il les a laissés mettre un bandeau sur ces yeux
qui d'un signe gouvernent l'univers. Il a exposé son dos au fouet. Il a
soumis aux pointes des épines sa tête, devant laquelle doivent trembler
princes et puissants. Il s'est livré lui-même aux affronts et aux
injures. Et enfin il a supporté patiemment la croix, les clous, la
lance, le fiel, le vinaigre, demeurant au milieu de tout cela plein de
douceur et de sérénité. Il fut mené comme une brebis à l'abattoir, il
s'est tu comme un agneau devant celui qui le tondait, et il n'ouvrit
pas la bouche.
En entendant cette admirable parole, pleine de
douceur, d'amour et d'imperturbable sérénité : "Père pardonne-leur..."
que pourrait-on ajouter à la douceur et à la charité de cette prière?
Et pourtant le Seigneur ajouta quelque chose. Il ne
se contenta pas de prier, il voulut aussi excuser ; "Père, dit-il,
pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font". Ils sont sans
doute de grands pécheurs, mais ils en ont à peine conscience ; c'est
pourquoi, "Père, pardonne-leur..." Ils crucifient, mais ils ne savent
pas qui ils crucifient, car s'ils l'avaient su, ils n'auraient jamais
crucifié le Seigneur de gloire. C'est pourquoi, "Père,
pardonne-leur..." Ils pensent qu'il s'agit d'un transgresseur de la
Loi, d'un usurpateur de la divinité, d'un séducteur du peuple. Je leur
ai dissimulé mon visage. Ils n'ont pas reconnu ma majesté. C'est
pourquoi, "Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu'ils font".
Pour apprendre à aimer, que l'homme ne se laisse
donc pas entraîner par les impulsions de la chair. Et afin de n'être
pas pris par cette convoitise, qu'il porte toute son affection à la
douce patience de la chair du Seigneur. Pour trouver un repos plus
parfait et plus heureux dans les délices de la charité fraternelle,
qu'il étreigne aussi ses ennemis dans les bras du véritable amour.
Mais afin que ce feu divin ne diminue pas à cause
des injures, qu'il fixe toujours les yeux de l'esprit sur la sereine
patience de son bien-aimé Seigneur et Sauveur.
Aelred De Rievaulx
La Sainte Eucharistie et les exigences de notre foi
Sous ce titre, un théologien catholique, prêtre et
religieux, livre à nos lecteurs ses réflexions sur le respect de nos
églises et sur la grandeur de la Sainte Eucharistie, notamment de la
Sainte Messe. Il rappelle avec vigueur la doctrine, toujours très
actuelle, du saint concile de Trente sur ce qu'il y a de plus grand et
de plus divin sur la terre.
Le respect de nos églises
Le but principal de la présente intervention est de
rappeler aux membres du clergé le respect dû à nos églises qui
deviennent de plus en plus des lieux de récréations, de rencontres
diverses. Non seulement on y parle tout haut comme si l'on était dans
une gare, une cuisine, un salon, mais on se permet parfois même de
servir du café et de légers goûters !... On dit parfois que,
maintenant, on peut parler dans les églises, mais on ne se préoccupe
pas de savoir qui a inventé cette nouvelle mode !... Aucun document
officiel de l'Église n'autorise dans nos églises un tel sans-gêne, qui
est aux antipodes de la foi authentique envers la Sainte Eucharistie!
Un tel sans-gêne est un moyen très efficace pour
vider nos églises; en effet, comment les fidèles, qui sont fréquemment
les témoins d'un tel manque de foi, peuvent-ils ensuite être attirés à
venir prier dans nos églises et y adorer le Saint-Sacrement ?...
Certains diront: "Mais la chose se fait partout!..." Quand il s'agit
d'un mal, peu importe que beaucoup s'en rendent coupables !... Alors,
on n'a pas le droit d'aligner notre conduite sur "ce qui se fait", mais
plutôt sur "ce qui doit se faire"!...
La théologie ascétique et mystique signale que les
débutants dans la vie spirituelle sont portés à une familiarité de
mauvais aloi avec Dieu. Toutefois, quand l'Esprit-Saint commence à les
purifier intérieurement et qu'Il poursuit cette purification, il fait
comprendre, dans les larmes du repentir, l'inconséquence de la
familiarité avec un Dieu trois fois saint.
Lorsque Jésus a chassé les vendeurs du Temple, il
leur a dit: "Ma maison sera appelée une maison de prière; et vous, vous
en faites un repaire de brigands". (Mt 21,13). A ceux qui prennent des
"récréations" dans nos églises ou chapelles, on pourrait reprendre ces
paroles de Notre-Seigneur en les modifiant ainsi: "Ma maison sera
appelée une maison de prière; et vous, vous en faites un lieu de
récréation!..." Ce sans-gêne dans nos églises se rencontre fréquemment,
surtout au moment du baiser de paix, durant la célébration
eucharistique. Ce moment ressemble parfois à une récréation collective,
alors qu'on laisse seul sur l'autel le Seigneur des seigneurs !...
Aucun protocole humain, destiné à rendre à un dignitaire terrestre le
respect qui lui est dû, ne permet une telle inconséquence !... Et le
Christ, réellement présent sur l'autel, revêt une dignité infiniment
plus grande que n'importe quel dignitaire humain !...
Pour mieux comprendre le respect que la vertu de foi exige que nous
accordions à nos églises, il sera opportun de considérer l'infinie et
divine majesté du Christ qui y est présent dans la Sainte Eucharistie,
ainsi que les principales fonctions qui y sont exercées par le
sacerdoce des prêtres. Voilà des points de doctrine et de pastorale,
sur lesquels il est urgent d'attirer l'attention!...
La grandeur de la Sainte Eucharistie
Au sujet de la Sainte Eucharistie, le IIè concile
du Vatican affirme que le Christ est présent "au plus haut point sous
les espèces eucharistiques". (SC 7) En effet, le Christ est vraiment
présent dans les Tabernacles de nos églises tout autant qu'il est
présent dans le Ciel, où il est adoré par les anges et les saints. (Ap
7, 9-12) La révérence qu'on accorde à la Sainte Eucharistie dans nos
églises est loin de ressembler à celle que l'Agneau reçoit dans le Ciel
!... Au contraire on feint souvent de l'oublier: ce qui constitue une
abomination, car le tabernacle est l'extension du ciel. Comme
l'indique l'Apocalypse, l'Agneau est loué dans le Ciel par les anges et
les saints, mais l'Agneau de Dieu est réellement présent dans le
Tabernacle autant que dans le Ciel.
En effet, Jésus et son humanité ne sont pas
multipliés par les hosties consacrées, mais c'est uniquement sa
présence qui est multipliée. Même si elle est glorifiée, l'humanité de
Jésus demeure matérielle et la théologie distingue deux aspects de la
quantité de la matière: 1) Il y a la quantité externe, qui est la
disposition des parties d'un tout dans un lieu; 2) et la quantité
interne, qui est la disposition des parties dans le tout lui-même. Et
comme c'est la quantité externe qui est le fondement de la distance
entre deux êtres matériels et que, dans la Sainte Eucharistie, le
Christ est présent seulement avec sa quantité interne, l'humanité du
Christ n'est pas multipliée par les nombreuses hosties consacrées
répandues sur la terre entière, mais elle demeure une et c'est
seulement sa présence qui est multipliée à travers le monde.
En conséquence, il faut croire que c'est un crime
de lèse-majesté divine de reléguer le Tabernacle de nos églises a
l'écart, alors que toute la cour céleste s'y trouve réunie pour adorer
et louer le Christ Jésus !...
Grandeur de la Sainte Messe
Après la personne adorable du Christ réellement
présent dans la Sainte Eucharistie, il n'y a rien de plus grand et de
plus important sur la terre que la célébration de la Sainte Messe. Le
IIè concile du Vatican affirme que "toute célébration liturgique, en
tant qu'oeuvre du Christ-Prêtre et de son Corps qui est l'Église, est
l'action sacrée par excellence, dont nulle action de l'Église ne peut
atteindre l'efficacité au même titre et au même degré". (SC 7)
Le Sacrifice eucharistique est tellement grand que
même les anges ne peuvent le comprendre entièrement. Il est la source
et le pôle de toute la liturgie et de toute la vie du Corps mystique,
d'une façon absolument unique. Sans doute, le mystère est partout dans
l'Église, mais il atteint son sommet dans la célébration eucharistique,
qui constitue le renouvellement ou plutôt l'actualisation du Sacrifice
de la Croix.
Le Sacrifice eucharistique véhicule jusqu'à nous la
rémission des péchés méritée par le Christ sur la Croix, il nous met en
contact direct avec la Croix, il est une présence opérative et réelle
du Sacrifice même de la Croix. Ce dernier sacrifice n'est pas répété,
mais il persévère par la répétition du rite non sanglant; ce qui est
renouvelé, ce n'est pas le sacrifice lui-même, mais c'est le rite
extérieur, le sacrement, la consécration, la célébration du Sacrifice
de la Croix.
Après la personne du Christ, il n'y a rien de plus
important, dans toute la création, spirituelle autant que matérielle,
que le Sacrifice eucharistique, qui est le Sacrifice même de la Croix.
Ainsi, il est la source de toutes les grâces, source qu' on ne pourra
jamais épuiser ni même diminuer!... Au cours de la célébration
eucharistique, les mérites infinis de la Passion du Christ exercent sur
nos âmes une telle influence que nous sommes comme inondés de
l'abondance des biens célestes, selon la mesure de nos bonnes
dispositions. Le Sacrifice eucharistique, étant substantiellement le
même que celui de la Croix, plaît à Dieu plus que ne lui déplaisent
tous les péchés du monde. Il est le moyen par excellence d'appliquer à
l'humanité pécheresse les mérites infinis du Rédempteur.
La célébration eucharistique dépasse en importance
toutes les oeuvres apostoliques et même le ministère des anges, qui
sont pourtant d'une nature plus élevée que celle d'un homme prêtre.
Elle doit être pour le prêtre sa plus haute fonction pastorale; en
effet, elle est le point culminant de la vie apostolique, et c'est de
ce sommet que doit descendre comme un fleuve la prédication vivante de
la parole de Dieu.
Efficacité spirituelle de la Messe
Les quatre fins du Sacrifice eucharistique sont les
mêmes que celles de la Croix; elles sont l'adoration, l'action de
grâce, la propitiation et l'impétration. Les deux premières fins sont
relatives à Dieu et les deux autres concernent les hommes; néanmoins,
il faut remarquer que le Sacrifice eucharistique, tout comme le
Sacrifice de la Croix, est ordonné en premier lieu au culte dû à Dieu
et secondairement au bien surnaturel et naturel des hommes.
Par rapport aux effets relatifs à Dieu,
c'est-à-dire l'adoration et l'action de grâces, le Sacrifice
eucharistique a une efficacité infinie et infaillible. Quant aux effets
relatifs à nous, c'est-à-dire les effets propitiatoires et
impétratoires, ils sont mesurés par nos dispositions intérieures, par
la ferveur habituelle du prêtre qui célèbre, par celle des fidèles qui
y assistent ou pour qui il est offert, et même par la sainteté
universelle de l'Église. Ces effets sont produits infailliblement par
la célébration eucharistique elle-même, mais ils sont limités et
conditionnés en nous par nos dispositions. Ce ne sont pas nos
dispositions intérieures qui donnent au Sacrifice eucharistique sa
puissance de sanctification, mais elles lui permettent de la déployer
en nous. On peut donc conclure que les fruits du Sacrifice
eucharistique peuvent être accrus par la piété du prêtre célébrant et
par celle des fidèles qui offrent le sacrifice avec lui.
Les effets de la Messe relatifs à nous
Les effets de la Messe relatifs à nous sont
propitiatoires et impétratoires. Les effets propitiatoires peuvent être
considérés sous deux aspects différents: propitiatoires proprement
dits, c'est-à-dire la rémission des péchés, et satisfactoires,
c'est-à-dire la rémission des peines dues à nos péchés pardonnés. Les
effets impétratoires concernent tous les biens spirituels et temporels,
nécessaires ou utiles au salut.
En tant que sacrifice propitiatoire, la Messe
obtient aux pécheurs qui n'y mettent pas d'obstacles, la grâce actuelle
qui les incite à se repentir et à confesser leurs fautes. La Messe
remet nos péchés, en tant qu'elle obtient la grâce du repentir: si nous
ne résistons pas à cette grâce, nos péchés nous sont pardonnés.
À ce sujet, le concile de Trente a défini ce qui
suit: "Ce sacrifice [de la Messe] est vraiment propitiatoire; par
lui, si nous nous approchons de Dieu avec un coeur sincère, avec une
foi droite, avec crainte et respect, contrits et pénitents, "nous
obtenons miséricorde et nous trouvons la grâce, pour une aide
opportune" (He 4, 16). Apaisé par cette oblation, le Seigneur, en
accordant la grâce et le don de la pénitence, remet les crimes et les
péchés, si. grands soient-ils" (Denz 940).
La Sainte Messe contribue donc au pardon des
péchés. Cependant ce pardon des péchés est moral seulement (ex opere
operantis), et non physique (ex opere operato) comme dans le cas des
sacrements de baptême et de pénitence. Ce pardon est aussi faillible,
car il est conditionné par la coopération de l'homme.
D'après le concile de Trente, la Sainte Messe
procure donc la rémission des péchés, mais d'une manière différente que
ne le procure le sacrement de pénitence. Il convient donc que les
prêtres et les fidèles prennent conscience d'un tel bienfait en
assistant à la Messe. La confession sacramentelle ne peut être
fréquente, du moins le plus souvent, tandis que l'assistance à la Messe
peut être quotidienne !...
Prêcher sur l'importance de la Messe
En dépit de sa suprême importance, la Sainte Messe
est quelque chose qui est peu connu pour la plupart des fidèles ... et
peut-être pour plusieurs prêtres ! ... C'est pourquoi il faut prêcher
sur la Messe, l'expliquer en détails et montrer son importance. Le
proverbe: "La bouche parle de l'abondance du coeur" peut être
transformé ainsi: "La bouche se tait, quand le coeur est vide":... Il
semble que la plupart des prêtres ne savent pas quoi dire sur la Messe
!...
Cependant le concile de Trente "ordonne aux
pasteurs et tous ceux qui ont charge des âmes d'expliquer fréquemment,
au cours de la célébration des messes, par eux-mêmes ou par l'un des
textes qui sont lus à la messe et, entre autres, d'éclairer le mystère
de ce sacrifice, surtout les dimanches et les jours de fête". (Denz
946) Une très large proportion des catholiques ne "pratiquent" plus;
ils n'assistent plus à la Messe le dimanche, parce qu'ils ne la
comprennent pas. Mais si les prêtres font si rarement de la Messe
l'objet de leur sollicitude, c'est parce qu'eux-mêmes savent trop peu
de la Messe, c'est parce qu'ils n'ont pas avec la Messe les relations
désirables et essentielles.
La Messe, Sacrifice du Christ avant d'être un repas
Contre une idée qui se généralise de plus en plus,
il convient de préciser que la Messe est d'abord et avant tout le
renouvellement, ou plus précisément l'actualisation du Sacrifice de la
Croix; elle est secondairement un repas... Contre les Protestants qui
ne reconnaissent pas d'autre sacrifice que celui de la Croix, et qui
nient le caractère sacrificiel de la Messe pour ne conserver que le
repas sacré de la Cène, le concile de Trente a défini ce qui suit: "Si
quelqu'un dit qu'à la Messe on n'offre pas à Dieu un sacrifice
véritable et authentique, ou que cette offrande est uniquement dans le
fait que le Christ nous est donné en nourriture, qu'il soit anathème".
(Denz 948)
De plus, la Messe doit être centrée sur le Christ
et non sur les fidèles. Elle est d'abord et avant tout un acte de culte
divin, avant d'être un acte de fraternité. Il faut rappeler encore que
la Messe n'est pas seulement un mémorial; elle est le sacrifice du
Christ renouvelé et actualisé, chaque fois qu'on le célèbre :
"quotiescumque"!... On ne peut la définir comme un rassemblement, pas
plus qu'un événement ne dépend, pour exister, du nombre de personnes
qui y assistent. En réalité, le prêtre ne "préside" pas la Messe, il
est le sacrificateur, offrant la victime avec le Christ et à sa place.
À la Messe, le prêtre est Jésus-Christ, non pas l'Esprit-Saint
Une nouvelle théorie est apparue en Allemagne, au
cours des années 30, et qui se répand de plus en plus, selon laquelle
la Personne divine présente et active dans la célébration eucharistique
est l'Esprit-Saint... c'est lui qui serait le liturge principal !...
Or, il faut affirmer que cette théorie est absolument inacceptable, au
point de vue théologique.
En effet, Jésus est le prêtre principal du
sacrifice de la Messe et il y concourt d'une façon actuelle. Il
continue de vouloir s'offrir par le ministère des prêtres; de plus, il
est, comme homme, l'instrument conscient et volontaire pour produire
actuellement la transsubstantiation et les grâces qui dérivent du
Sacrifice de la Messe.
C'est donc comme homme que Jésus est prêtre. En
effet, son sacerdoce relève directement de son humanité, qui est le
principe radical de toutes ses actions sacerdotales. Par contre, son
sacerdoce relève indirectement de sa divinité, qui confère une valeur
infinie à ses actions sacerdotales. A cause de son union hypostatique
avec son humanité, Jésus est prêtre et médiateur entre Dieu et les
hommes; il touche ainsi les deux extrêmes a réconcilier, c'est-à-dire
Dieu et l'humanité.
Lorsque le prêtre prononce les paroles de la
Consécration à la Messe, il n'agit pas en son propre nom, ni même au
nom de l'Église, mais au nom du Christ lui-même, dont il n'est que le
ministre et l'instrument. C'est Jésus qui donne aux paroles de la
Consécration leur vertu transsubstantiatrice, capable de convertir, ici
et maintenant, la substance du pain en celle de son Corps et celle du
vin en celle de son Sang.
En nous reportant au concile de Trente, nous
retrouvons la doctrine expresse et infaillible de l'Église à ce sujet.
En effet, au sujet du Sacrifice de la Messe, on peut lire ce qui suit: "C'est
une seule et même victime [le Christ], c'est le même qui offre [le
Christ] maintenant par le ministère des prêtres, qui s'est offert
lui-même alors sur la Croix; seule, la manière d'offrir diffère". (Denz
940)
L'Incarnation du Verbe de Dieu était directement
ordonnée à la Rédemption du monde, qui s'est opérée par la mort du
Christ sur la Croix. Et la célébration eucharistique est précisément le
renouvellement, ou plus précisément l'actualisation du Sacrifice de la
Croix. Et comme c'est le Christ seul qui a opéré le sacrifice
rédempteur de la Croix, c'est aussi Ie Christ seul, et non pas
l'Esprit-Saint, qui réalise le Sacrifice de la Messe. Sans doute, Dieu
le Père et l'Esprit-Saint sont présents et actifs dans la célébration
eucharistique, mais c'est seulement en vertu de la circumincession,
découlant de l'unité de la nature divine, et non pas substantiellement
comme le Christ.
Un théologien
Les Repas de fraternité
Dans la revue diocésaine publiée par l'Archevêché de
Montréal, Vivre en Église du 22 mars 2004, page 162, M. François
Gloutnay présente ainsi le site Web des repas de fraternité
(www.repasdefraternite.org):
Une simple idée est lancée. Des groupes se
forment pour l'étudier. Des penseurs et spécialistes en examinent les
avantages et les limites et lancent un livre sur le sujet. La synthèse
de toutes ces réflexions devient un manifeste qui est distribué
massivement. Voilà qu'une simple hypothèse suscite un élan, modifie des
habitudes, change des mentalités. Ainsi naissent et vivent les idées, y
compris dans l'Église. Voyons cet exemple. Des amis rassemblés par le
Relais Mont-Royal constatent que la forme actuelle de célébration de la
messe ne permet plus de faire communauté, une situation qui n'ira qu'en
s'aggravant avec la diminution des lieux de rassemblement. Aussi
lancent-ils cette idée: "la redécouverte par les chrétiens d'un repas
fraternel nourri d'Évangile, célébré dans un cadre domestique, peut
être une route dans laquelle s'engager".
Dans ces "repas de fraternité", des laïcs
invitent leurs frères et leurs soeurs autour d'une table afin de
partager le pain et la parole. "Ce pain devient un pain sacré dans la
mesure où il est partagé. Car la présence réelle, c'est quand nous
partageons un pain ensemble".
Un livre collectif naîtra de cette idée: Le
repas aujourd'hui... en mémoire de Lui, chez Fides-Médiaspaul. Signé
notamment par des animateurs du Relais Mont-Royal et des
universitaires: Mario Bard, Paul Benoît, Georges Convert, André Gouzes,
Xavier Gravend-Tirole, Richard Guimond, Guy Lapointe, Odette Mainville,
Monique Morval, André Myre et Sophie Tremblay, le livre devient un
"Manifeste pour les repas de fraternité", courte déclaration que l'on
peut signer dans le site Web du collectif. Un site appelé à grandir si
ces repas permettent de refaire communauté.
Vers une nouvelle messe
Ce que propose en
fait le manifeste pour les repas de fraternité est une nouvelle
messe, à saveur vétéro-testamentaire et protestante, célébrée par des
laïcs autour d'une table, où l'on partage ensemble le pain et la
parole. Le pain que l'on partage ensemble, soutient le manifeste,
"devient un pain sacré dans la mesure où il est partagé. Car la
présence réelle, c'est quand nous partageons un pain ensemble." Dans le
language des Pères et des liturgies anciennes, le "pain sacré" , c'est,
sans équivoque, la sainte Eucharistie. Il s'agit du pain de vie, promis
et donné par Jésus-Christ au monde, et qui est sa propre chair : "C'est
moi qui suis le pain vivant descendu du ciel ; si quelqu'un mange de ce
pain, il vivra à jamais ; et le pain que je donnerai est ma chair pour
la vie du monde" (Jn 6,51).
C'est dans le cadre de la célébration de la Pâque
juive, qui était un repas sacrificiel d'action de grâces pour la
délivrance d'Égypte, que Notre-Seigneur Jésus-Christ a institué le
sacrifice eucharistique, qui est la Pâque du Nouveau Testament. C'est
alors qu'il a réalisé la promesse qu'il avait faite, dans son discours
après la Cène, de donner au monde le vrai pain venant du ciel, pain
divin vivant et vivifiant. Ce que Jésus a fait à la dernière Cène ne
peut en aucune façon être séparé du sacrifice du Calvaire, où l'Agneau
de Dieu a été physiquement immolé, où son corps a été entièrement livré
et tout son sang répandu en rémisssion des péchés. C'est en mémoire de
ce sacrifice rédempteur, comme aussi de sa résurrection et de son
ascension au ciel qui en sont le couronnement, que la sainte messe se
célèbre chaque jour dans l'Église. La messe n'est pas seulement un
repas fraternel ; c'est avant tout le sacrifice de la croix - lequel
donne tout son sens à l'Eucharistie du Jeudi-Saint - qui est rendu de
nouveau présent sur l'autel avec ses mérites infinis. Tel est
l'enseignement de l'Église, affirmé solennellement dans la constitution
conciliaire Sacrosanctum Concilium, au no. 47 :
"Notre Sauveur, à la dernière Cène, la nuit où
il était livré, institua le sacrifice eucharistique de son Corps et de
son Sang pour perpétuer le sacrifice de la croix au long des siècles,
jusqu'à ce qu'il vienne, et en outre pour confier à l'Église, son
épouse bien-aimée, le mémorial de sa mort et de sa résurrection :
sacrement de l'amour, signe de l'unité, lien de la charité, banquet
pascal dans lequel le Christ est mangé, l'âme est comblée de grâce, et
le gage de la gloire future nous est donné".
Le pape Paul VI, dans l'admirable profession de foi
catholique qu'il faisait pour clotûrer l'Année de la foi, le 30 juin
1968, rappelle ainsi la foi que l'Église a toujours professée
concernant la sainte messe :
"Nous croyons que la messe célébrée par le
prêtre représentant la personne du Christ en vertu du pouvoir reçu par
le sacrement de l'ordre, et offerte par lui au nom du Christ et des
membres de son Corps mystique, est le sacrifice du calvaire rendu
sacramentellement présent sur nos autels. Nous croyons que, comme le
pain et le vin consacrés par le Seigneur à la Sainte Cène ont été
changés en son corps et en son sang qui allaient être offerts pour nous
sur la croix, de même le pain et le vin consacrés par le prêtre sont
changés au corps et au sang du Christ glorieux siégeant au ciel, et
nous croyons que la mystérieuse présence du Seigneur, sous ce qui
continue d'apparaître à nos sens de la même façon qu'auparavant, est
une présence vraie, réelle et substantielle".
Plus récemment encore, Jean-Paul II, dans sa lettre
encyclique Ecclesia de Eucharustia (L'Église vit de
l'Eucharistie) du Jeudi-Saint 2003, en tant que Pasteur suprême de
l'Église, témoigne d'une façon fort touchante de sa foi dans
l'Eucharistie :
"La nuit même où il était livré, le Seigneur Jésus"
(I Co 11,23) institua le Sacrifice eucharistique de son Corps et
de son Sang. Les paroles de l'Apôtre Paul nous ramènent aux
circonstances dramatiques dans lesquelles est née l'Eucharistie, qui
est marquée de manière indélébile par l'événement de la passion et de
la mort du Seigneur. Elle n'en constitue pas seulement l'évocation,
mais encore la re-présentation sacramentelle. C'est le sacrifice de la
Croix qui se perpétue au long des siècles. On trouve une bonne
expression de cette vérité dans les paroles par lesquelles, dans le
rite latin, le peuple répond à la proclamation du "mystère de la foi"
faite par le prêtre : "Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus".
L'Église a reçu l'Eucharistie du Christ son
Seigneur non comme un don, pour précieux qu'il soit parmi bien
d'autres, mais comme le don par excellence, car il est le don
de lui-même, de sa personne dans sa sainte humanité, et de son oeuvre
de salut. Celle-ci ne reste pas enfermée dans le passé, puisque "tout
ce que le Christ est, et tout ce qu'il a fait et souffert pour tous les
hommes, participe de l'éternité divine et surplombe ainsi tous les
temps..."
Quand l'Église célèbre l'Eucharistie, mémorial de
la mort et de la résurrection de son Seigneur, cet événement central du
salut est rendu réellement présent et ainsi "s'opère l'oeuvre de notre
rédemption". Ce sacrifice est tellement décisif pour le salut du genre
humain que Jésus-Christ ne l'a accompli et n'est retourné vers le Père
qu'après nous avoir donné le moyen d'y participer comme si nous y
avions été présents. Tout fidèle peut ainsi y prendre part et en goûter
les fruits d'une manière inépuisable. Telle est la foi dont les
générations chrétiennes ont vécu au long des siècles. Cette foi, le
Magistère de l'Église l'a continuellement rappelée avec une joyeuse
gratitude pour ce don inestimable. Je désire encore une fois redire
cette vérité, en me mettant avec vous, chers frères et soeurs, en
adoration devant ce Mystère : Mystère immense, Mystère de miséricorde.
Qu'est-ce que Jésus pouvait faire de plus pour nous ? Dans
l'Eucharistie, il nous montre vraiment un amour qui va "jusqu'au bout"
(cf. Jn 13,1), un amour qui ne connaît pas de mesure ".
Après de si précieux témoignages du Magistère de
l'Église sur le sacrifice eucharistique et la présence réelle du
Christ-Jésus sous les espèces du pain et du vin, comment peut-on penser
que, la forme actuelle de la célébration de la messe ne permettant plus
de faire communauté, on pourrait la remplacer par la forme d'un repas
fraternel nourri d'Évangile, célébré par des laïcs dans un cadre
domestique? Serait-ce pour se conformer à l'esprit protestant ou encore
en vue d'adopter la manière juive de célébrer la Pâque du Seigneur ?
S'engager dans la voie des "repas de fraternité"
comme succédanés de la messe, consiste très certainement à prendre une
fausse route : une route qui ne mène nulle part sinon à la perte de la
foi catholique. On ne pourra remédier à la désertion de la pratique
religieuse qu'en prenant conscience de ses causes profondes, dont les
principales sont la perte même du sens de Dieu, l'ignorance ou la
méconnaissance de la Personne et de l'oeuvre de Jésus-Christ, un
certain mépris de l'Église fondée sur Pierre et du sacerdoce
catholique, la perte du sens de l'adoration, la perte du sens du péché
et de la nécessité absolue de la pénitence pour parvenir au salut
éternel. Dans la mesure où la célébration de la messe ne laisse pas
assez transparaître Jésus-Christ, où la liturgie eucharistique dévie de
son centre, qui est la croix glorieuse, il y a lieu de procéder à une
réforme, mais non à une transformation.
Les repas de fraternité préconisés comme une
nouvelle forme de messe laissent présager l'extension de l'hérésie
protestante à l'intérieur de l'Église. Tout se passe comme si le
mouvement oecuménique avait enlevé au protestantisme son caractère
subversif de la vraie foi. Aura-t-on lieu de se réjouir comme d'un
succès pastoral lorsque feront exception ceux qui croiront encore à la
présence réelle de Jésus dans l'Eucharistie, au sacrifice de la croix
rendu présent sur l'autel, à la nécessité du sacerdoce pour
confectionner les sacrements, et particulièrement l'Eucharistie ?
Jusqu'à quand les fidèles pourront-ils se réunir, non pas autour d'une
table pour partager le pain et la parole, mais autour du don par
excellence que Jésus a fait à son Église dans son Eucharistie,
c'est-à-dire autour de son Corps et de son Sang ?
J.R.B.
L'histoire de Matt Talbot
Ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu
Dans une rue de Dublin (Irlande), le dimanche de la Trinité,
7 juin 1925, au matin, un homme qui se rend vers une église voisine,
s'effondre subitement, mort. Son corps, transporté à l' hôpital, est
lavé par une religieuse infirmière; la stupéfaction de celle-ci est
grande lorsqu'elle découvre, en enlevant les vêtements du défunt, une
chaîne, d'où pendent des médailles pieuses, enroulée deux fois autour
de la taille. D'autres chaînes ou cordes entourent les jambes et les
bras. Bien que ces chaînes rouillées se soient enfoncées dans la peau,
le corps est d'une impeccable propreté. Qui était donc cet homme ?
S'agit-il d'un fou ou d'un saint?
De la bière au whisky
Mart Talbot est né à Dublin en mai 1856, sixième
enfant d'une famille qui en comptera douze. Jeune garçon, on le met à
l'école des Frères de la Doctrine Chrétienne, où il ne réussit guère
dans ses études. À l'âge de douze ans, il s'embauche dans une firme de
mise en bouteilles de bière. Travaillant dans une atmosphère chargée
d'alcool, il suit bientôt les mauvais exemples des autres employés et
se met à vider les fonds de bouteilles. Le voyant rentrer tous les
soirs anormalement gai, son père intervient et lui trouve un autre
travail, sous sa propre surveillance, au comité du port et des docks.
Mais la situation de Matt s'aggrave: il prend l'habitude de jurer et
d'employer le langage brutal des dockers; pour comble, ses nouveaux
compagnons de travail l'initient au whisky ! Son père tente la
persuasion, en vient au bâton, rien n'y fait. Au désespoir de ses
parents, Matt se soustrait à l'autorité paternelle et sombre dans
l'ivrognerie. Pourtant, le jeune homme a bon coeur. Comprenant le
déshonneur qu'il inflige à son père, il quitte les docks et s'engage
comme maçon. Il passe alors toutes ses soirées au cabaret et rentre
régulièrement ivre ; tout son salaire est dépensé en boisson. Il sombre
à tel point dans le vice que parfois il recourt au vol pour se procurer
de l'alcool.
Son corps se détruit lentement. Mais, plus grave
encore est le péché qui donne la mort à l'âme : l'usage intempérant de
la boisson offense le Créateur. Par l'alcoolisme, de même que par la
drogue, l'homme se prive volontairement de l'usage de la raison,
l'attribut le plus noble de la nature humaine. Ce désordre, lorsqu'il
est accompli en connaissance de cause et volontairement, constitue une
faute grave contre Dieu et aussi contre le prochain que l'on s'expose,
dans l'état d'ivresse, à offenser gravement. Comme tout péché grave, un
tel abus entraîne la perte de l'état de grâce, le plus grand malheur
qui puisse arriver à l'homme. En effet, l'homme n'a pas de bien plus
précieux que l'amitié de Dieu ; or, cette amitié se perd par le péché
grave. Notre-Seigneur
met en garde ses disciples contre un tel malheur : Si
quelqu'un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment et
il se dessèche; les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu,
et ils brûlent (Jn 15, 6). Par ces paroles, Jésus nous révèle le
sort réservé à ceux qui rejettent l'amitié divine offerte à tout homme
en vertu de l'Incarnation rédemptrice. Un tel rejet conduit à la mort
éternelle, l'enfer, dont le Catéchisme de l'Église Catholique (CEC)
nous dit: "Jésus parle souvent de la géhenne du feu qui ne
s'éteint pas, réservée à ceux qui refusent jusqu'à la fin de leur
vie de croire et de se convertir, et où peuvent être perdus à la fois
l'âme et le corps. Jésus annonce en termes graves qu'Il enverra ses
anges, qui ramasseront tous les fauteurs d'iniquité (...), et
les jetteront dans la fournaise ardente, et qu'il prononcera la
condamnation: Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel! L'enseignement
de l'Église affirme l'existence de l'enfer et son éternité. Les âmes de
ceux qui meurent en état de péché mortel descendent immédiatement après
la mort dans les enfers, où elles souffrent les peines de l'enfer, le
feu éternel. La peine principale de l'enfer consiste en la
séparation éternelle d'avec Dieu en qui seul l'homme peut avoir la vie
et le bonheur pour lesquels il a été créé et auxquels il aspire. Les
affirmations de la Sainte Écriture et les enseignements de l'Église au
sujet de l'enfer sont un appel à la responsabilité avec
laquelle l'homme doit user de sa liberté en vue de son destin éternel.
Elles constituent en même temps un appel pressant à la conversion: Entrez
par la porte étroite. Car large et spacieux est le chemin qui mène à la
perdition, et il en est beaucoup qui le prennent; mais étroite est la
porte et resserré le chemin qui mène à la Vie, et il en est peu qui le
trouvent (Mt 7, 13-14) " (CEC, 1034-36).
Le renoncement au péché et la conversion à Dieu
sont nécessaires pour quiconque désire la vie éternelle. À la question
du jeune homme qui demande: Maître, que dois-je faire de bon pour
avoir la vie éternelle? Jésus répond: Si tu veux entrer dans la
vie, observe les commandements (Mt 19, 16-17). Saint Benoît ne
tient pas un autre langage au disciple qui se présente pour entrer dans
la vie monastique: "Le Seigneur attend de nous que nous répondions
chaque jour par nos oeuvres à ses saintes leçons. S'il prolonge comme
une trêve les jours de notre vie, c'est pour l'amendement de nos
péchés, selon cette parole de l'Apôtre: Ignores-tu que la patience
de Dieu te convie à la pénitence? Car ce doux Seigneur affirme : Je
ne veux pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il
vive... Il faut donc préparer nos coeurs et nos corps aux combats
de la sainte obéissance à ses commandements. Quant à ce qui manque en
nous aux forces de la nature, prions le Seigneur d'ordonner à sa grâce
de nous prêter son aide. Et si, désireux d'éviter les peines de
l'enfer, nous voulons parvenir à la vie éternelle, tandis qu'il en est
temps encore et que nous sommes en ce corps et que nous pouvons
accomplir tout cela à la lumière de cette vie, courons et faisons, dès
ce moment, ce qui nous profitera pour toute l'éternité " (Règle,
Prologue). Ainsi, il ne faut pas remettre au lendemain la conversion,
comme le remarquait saint Jean Chrysostome: " Songeons à notre salut,
ne tardez pas à vous convertir au Seigneur, et ne différez pas de
jour en jour (Si 5,7); car vous ne savez pas ce que produira le
jour de demain... Vous vous êtes enivrés, vous vous êtes chargé le
ventre, vous avez pratiqué la rapine ? Arrêtez-vous maintenant,
rebroussez chemin; rendez grâces à Dieu de ne vous avoir pas enlevés au
milieu de vos péchés... Considérez que c'est de votre âme que vous
discutez l'intérêt..." (Homélie sur la 2' épître aux Corinthiens).
Un coup de la grâce
Malgré son état d'avilissement, Matt conserve
quelque honnêteté. Il n'a pas de liaison coupable; chaque matin,
quelles qu'aient été les libations de la veille, il est sur pied à six
heures pour se rendre au travail ; enfin, il reste fidèle à la Messe
dominicale, même s'il ne reçoit pas les sacrements. Un samedi de 1884,
la grâce divine vient frapper à sa porte. Après avoir été au chômage
pendant une semaine, Matt, âgé de 28 ans, se trouve sans argent et dans
l'impossibilité de s'acheter de la boisson. Et pourtant, l'envie le
tenaille. Vers midi, il va se poster avec son jeune frère, Philippe, à
un coin de rue où passent les ouvriers après avoir touché leur paye :
sûrement l'un ou l'autre va-t-il l'inviter à prendre un verre. Les
ouvriers passent, le saluent, mais aucun ne l'invite. Matt est piqué au
vif; être frustré d'alcool lui coûte beaucoup, mais il est surtout
blessé par la dureté de ses compagnons à qui il a fréquemment offert
une tournée au cabaret. Brusquement, il rentre à la maison. Sa mère est
toute surprise de le voir arriver si tôt, et sans avoir bu. Sa mère!
Matt est saisi de la pensée qu'il a été si ingrat envers elle. Il n'a
presque rien donné à ses parents en guise de pension (tout son argent
servait à acheter de la boisson!) et maintenant, il a le coeur déchiré
de les avoir laissés peiner seuls, alors que lui allait boire de façon
égoïste. À cette époque en Irlande, il n'est pas rare, pour un homme
qui veut se défaire de la boisson, de faire un voeu. Après le repas,
resté seul avec sa mère, Matt dit tout à coup : "Je m'en vais faire le
voeu de tempérance. - Pour Dieu ! Va le faire, mais ne le prononce pas
si tu ne veux pas l'observer ! - Je le prononcerai, au nom de Dieu ".
Après s'être habillé avec soin, il se rend au Collège Sainte-Croix,
demande un prêtre et se confesse ; sur le conseil prudent de celui-ci,
Matt prononce son voeu pour une durée de trois mois. Le lendemain, il
va entendre la Messe de cinq heures à l'église Saint-François-Xavier, y
communie et en revient renouvelé. Mais pour rester fidèle à ce voeu, la
lutte sera terrible; aussi, Matt décide-t-il de puiser dans la
communion quotidienne la force spirituelle dont il a besoin pour tenir
sa résolution. Le moment le plus difficile est le soir, après le
travail. Pour éviter la tentation, le nouveau converti se met à faire
des promenades en ville. Un jour toutefois, il entre dans un cabaret en
même temps que de nombreux clients. Affairé, le barman semble ignorer
Matt qui, offusqué de cette inattention, sort en toute hâte de la
salle, bien décidé à ne plus jamais remettre les pieds dans un cabaret.
" Boirai-je encore ? "
Lors de ses promenades, Matt rencontre une autre
difficulté : l'alcool a usé sa santé, et il se fatigue vite. Alors,
entrant dans une église, à genoux devant le Tabernacle, il se met en
prière, suppliant Dieu de le fortifier. Il prend ainsi l'habitude de
fréquenter la maison de Dieu. Néanmoins, les trois mois sont longs ;
les conséquences du sevrage d'alcool: hallucinations, dépression,
nausées, font de ce temps un véritable Calvaire. Par moment, la vieille
passion se réveille: il lui faut lutter désespérément et prolonger ses
prières. Un jour, rentrant à la maison, il s'affale sur une chaise et
dit tristement à sa mère : " Tout cela est inutile, Maman, les trois
mois terminés, je boirai encore...". Mais celle-ci le réconforte et
l'encourage à prier. Suivant ce conseil à la lettre, Matt prend goût à
la prière, et y trouve son salut. En effet, la prière fait sortir de
situations humainement désespérées. Pour Dieu tout est possible
(Mt 19, 26). Saint Alphonse de Liguori, docteur de l'Église, affirme:
"La grâce de prier est donnée à tout le monde, en sorte que si
quelqu'un vient à se perdre, il est sans excuse... Priez, priez, priez,
et n'abandonnez jamais la prière: celui qui prie, se sauve certainement
; celui qui ne prie pas, se damne certainement" (cf. CEC, 2744). Les
trois mois achevés, étonné d'avoir "tenu le coup", Matt renouvelle son
voeu pour six mois, au terme desquels il s'engagera pour toujours à ne
plus boire d'alcool.
Matt a commencé une vie nouvelle, une vie
d'intimité avec Dieu. Le pilier en est la Messe quotidienne. Mais, en
1892, la Messe de cinq heures à laquelle Matt a l'habitude de
communier, est supprimée ; la première Messe est désormais à six heures
et quart. Malgré la véritable maîtrise qu'il a acquise dans son
travail, il n'hésite pas à en changer et s'engage comme simple
manoeuvre chez un marchand de bois où le travail ne commence qu'à huit
heures. Sa nouvelle besogne consiste à charger les camions. Le soir,
dès la fin du travail, il se lave soigneusement, met sa tenue de sortie
- car il ne veut pas entrer dans la maison de Dieu avec ses habits de
travail - et se rend à l'église pour une visite au Saint-Sacrement. Un
jour, il avoue à son confesseur: "J'ai beaucoup désiré le don de la
prière, et j'ai été pleinement exaucé". Son existence est désormais
totalement orientée vers Dieu, et plus spécialement vers la présence
réelle du Seigneur au Tabernacle. " Tant que l'Eucharistie est gardée
dans les églises et les oratoires, le Christ est vraiment l'Emmanuel, Dieu
avec nous, écrivait le Pape Paul VI. Car jour et nuit, Il est au
milieu de nous et habite avec nous, plein de grâce et de vérité ;
Il restaure les moeurs, nourrit les vertus, console les affligés,
fortifie les faibles et invite instamment à l'imiter tous ceux qui
s'approchent de Lui, afin qu'à son exemple ils apprennent à être doux
et humbles de coeur, à chercher non leurs propres intérêts, mais ceux
de Dieu. Ainsi quiconque entoure le vénérable Sacrement d'une dévotion
spéciale, et tâche d'aimer d'un coeur disponible et généreux le Christ
qui nous aime infiniment, éprouve et comprend pleinement, avec beaucoup
de joie intérieure et de fruit, le prix de la vie cachée avec le Christ
en Dieu ; il sait combien il est précieux de s'entretenir avec le
Christ car il n'est sur terre rien de plus doux, rien de plus apte à
faire avancer dans les voies de la sainteté " (Encyclique Mysterium
fidei, 3 septembre 1965).
Signification des chaînes
Matt Talbot nourrit une tendre dévotion envers la
Mère de Jésus. Tous les jours, il récite le Rosaire et l'office de la
Sainte Vierge. Vers 1912, il fait la lecture du Traité de la vraie
dévotion à la Sainte Vierge, de saint Louis-Marie Grignion de
Montfort. Il y apprend à pratiquer le "saint Esclavage" par la
consécration de toute sa personne et de tous ses biens au service de
Marie. Comme moyen pratique de vivre dans l'esprit de cet attachement
filial à Marie, saint Grignion avait recommandé le port d'une petite
chaîne. Telle est la signification des chaînes trouvées sur le corps de
Matt Talbot après sa mort.
D'un naturel emporté, Matt en vient à supporter
difficilement les jurons et le langage grossier de ses compagnons.
Quand ils blasphèment le saint Nom de Dieu, il soulève respectueusement
son chapeau. Voyant le geste, les camarades redoublent leurs mauvaises
paroles. Au début, Matt les reprend durement, mais par la suite, il se
borne à leur dire avec douceur: " Jésus-Christ vous entend ". Un jour,
il fait de vifs reproches à son contremaître trop peu généreux pour une
souscription charitable. Son patron le rappelle à la déférence et, le
lendemain, Matt se présente à son chef: " Notre-Seigneur, déclare-t-il,
m'a dit que je devais vous demander pardon : je viens le faire ". Sa
vie exemplaire finit par inspirer le respect. Lui, d'ailleurs, se
montre un aimable compagnon, toujours le premier à rire d'une bonne
plaisanterie, pourvu qu'elle se tienne dans les limites de la décence.
"Vous avez de méchants habits "
A l'imitation des anciens moines irlandais suivant
la tradition de saint Colomban, Matt Talbot s'impose un régime
alimentaire ascétique, tant en expiation de ses péchés que pour se
mortifier et favoriser en lui la vie de l'esprit. Cependant, lorsque
des amis l'invitent, il mange comme tout le monde. Entré dans le
Tiers-Ordre de saint François, il s'applique à imiter la pauvreté du
Christ, réduisant ses besoins au strict minimum, et donnant le reste
aux pauvres. Au début de sa conversion, il avait conservé l'habitude de
fumer. Un jour, un de ses camarades lui demande du tabac. Il vient tout
juste d'acheter une pipe et un sachet de tabac: dans un geste héroïque,
il donne l'un et l'autre, et désormais ne fumera plus jamais. Il porte
ordinairement des vêtements pauvres et usés, et voilà qu'on lui donne
un costume neuf; il veut refuser, mais son confesseur intervient : "
Talbot, vous avez de bien méchants habits. On vous offre un costume
neuf... - Mon Père, j'ai promis au Bon Dieu de n'en jamais porter de
neufs. - Eh bien ! reprend le Père, c'est précisément le Bon Dieu qui
vous envoie celui-là ! - Alors, si c'est le Bon Dieu qui me l'envoie,
je le prendrai ".
S'il est un luxe que Matt se permet, ce sont les
livres : il aime passer du temps à lire, ses lectures préférées étant
la Sainte Écriture et les écrits des Saints. En feuilletant la Bible
trouvée chez lui après sa mort, on constate qu'il avait une
prédilection pour les Psaumes, particulièrement les psaumes de la
pénitence dans lesquels le pécheur exprime à Dieu le regret de ses
péchés, mais aussi sa confiance inébranlable en la miséricorde divine :
Pitié pour moi, Dieu, en ta bonté, en ta grande tendresse efface mon
péché, lave-moi tout entier de mon mal et de ma faute purifie-moi....
Rends-moi la joie de ton salut... (Psaume 50 [51] "Miserere").
Il prend aussi quelques notes qui révèlent une élévation de pensée
étonnante chez un homme d'une instruction très rudimentaire. On y
trouve ces réflexions : " Le temps de la vie n'est qu'une course vers
la mort, dans laquelle il n'est permis à aucun homme de s'arrêter... La
liberté de l'esprit s'acquiert en se libérant de l'amour-propre, ce qui
rend l'âme disposée à faire la volonté de Dieu dans les plus petites
choses... L'usage de la volonté consiste à faire le bien, son abus
consiste à faire le mal... Dans la méditation, nous cherchons Dieu par
le raisonnement et les actes méritoires, mais dans la contemplation,
nous l'apercevons sans effort...". Cette vie de prière et de pénitence
est confortée par des grâces hors du commun. Un jour, il confie à sa
soeur : " Qu'il est malheureux de constater le peu d'amour des hommes
pour Dieu !... O Suzanne! Si tu savais la joie profonde que j'ai eue la
nuit dernière à m'entretenir avec Dieu et avec sa sainte Mère! " puis,
s'apercevant qu'il parle de lui-même, il détourne l'entretien.
La période de 1911 à 1921 est profondément troublée
en Irlande : conflits du travail marqués par le chômage et les grèves,
lutte pour l'autonomie politique, première guerre mondiale, enfin
guerre entre l'Irlande et l'Angleterre. Au milieu de ces troubles, Matt
maintient son âme dans la paix. Néanmoins, la cause des ouvriers lui
tient à coeur. Il condamne avec franchise l'insuffisance des salaires
pour les ouvriers mariés, qu'il aide financièrement autant qu'il le
peut. Mais il ne réclame jamais rien pour lui. Quand les camarades
abandonnent le travail ou se voient congédiés, il se rend solidaire de
leur cause.
" Remercier le Grand Guérisseur "
À l'âge de soixante-sept ans, Matt Talbot est
physiquement usé : l'essoufflement et des palpitations du coeur le
forcent à ralentir son activité. Après deux séjours à l'hôpital en 1923
et 1925, il se remet tant bien que mal et reprend son travail. Lors de
ces séjours, dès qu'il le peut, il se rend à la chapelle. À une
religieuse qui lui reproche la frayeur qu'il lui a causée en
disparaissant de sa chambre, il répond en souriant : "J'ai remercié les
religieuses et les médecins, n'était-il pas juste de remercier le Grand
Guérisseur ? ". Le dimanche 7 juin 1925, il s'achemine vers l'église du
Saint-Sauveur. Épuisé, il s'affaisse sur le trottoir. Une dame lui
présente un verre d'eau. Matt ouvre les yeux, sourit et laisse retomber
la tête : c'est la grande rencontre si désirée avec le Christ qui est
venu appeler non pas les justes mais les pécheurs (Mt 9, 13). En
1975, Matt Talbot a reçu le titre de "Vénérable". Aujourd'hui, de
nombreuses oeuvres destinées à secourir les victimes de l'alcool et de
la drogue se placent sous son patronage.
Matt Talbot est un modèle pour tous les hommes. Aux
victimes de l'alcoolisme ou de la drogue, il démontre par son exemple
qu'avec la grâce de Dieu il est possible d'en sortir. "Les dépendances
face à l'alcool sont parfois si fortes que les proches de la personne
alcoolique sont portés à penser que jamais elle ne s'en sortira, et la
personne alcoolique a elle-même la tentation de désespérer. Il est bon
alors de se souvenir de la Résurrection de Jésus. Celle-ci nous
rappelle que l'échec n'est jamais le dernier mot de Dieu" (Commission
sociale des évêques de France, déclaration du 1er décembre 1998). À
ceux qui sont esclaves d'autres péchés (idolâtrie, blasphème,
avortement, euthanasie, contraception, adultère, débauche,
homosexualité, masturbation, vol, faux témoignage, diffamation , etc.),
il rappelle qu'il ne faut "jamais désespérer de la miséricorde de Dieu
", selon la recommandation de saint Benoît (Règle, ch. 4).
Notre-Seigneur a promis à sainte Marguerite-Marie que les pécheurs
trouveraient dans son Coeur la source et l'océan infini de la
miséricorde. De même que le propre d'un navire est de voguer sur l'eau,
de même le propre de Dieu est de pardonner et de faire miséricorde,
comme l'affirme l'Église dans l'une de ses prières. Aussi sainte
Thérèse de Lisieux, docteur de l'Église, a-t-elle pu écrire à la fin de
ses manuscrits : " Quand même j'aurais sur la conscience tous les
péchés qui se peuvent commettre, j'irais, le coeur brisé de repentir,
me jeter dans les bras de Jésus, car je sais combien Il chérit l'enfant
prodigue qui revient à Lui ". Elle ajoutait de vive voix : " Si j'avais
commis tous les crimes possibles, j'aurais toujours la même confiance,
je sentirais que cette multitude d'offenses serait comme une goutte
d'eau jetée dans un brasier ardent ". La vie de Matt Talbot prouve de
façon éloquente qu'en se tournant loyalement vers le Seigneur pour
demander pardon, on peut, à travers le sacrement de Pénitence, voie
ordinaire de la réconciliation avec Dieu, commencer une vie nouvelle
sous le regard maternel de Marie.
Vénérable Matt Talbot, obtenez-nous la grâce de
nous tourner avec confiance vers la miséricorde divine et d'aller
jusqu'au bout des exigences d'un amour passionné pour Jésus et Marie !
Dom Antoine-Marie O.S.B.
______________________________
extrait de : Lettre de l'abbaye St-Joseph de Clairval, mars
2004
Pour guérir des maladies de l'âme
Les étapes d'une parfaite guérison
La vie de Matt Talbot, alcoolique invétéré,
parfaitement rétabli après un sérieux cheminement spirituel, illustre à
merveille les étapes qui mènent infailliblement à la guérison de l'âme,
profondément blessée, avilie et affaiblie par la dépendance à l'alcool,
comme à toute autre substance ou activité désordonnée.
Il n'est pas difficile de prendre conscience des
effets désastreux des dépendances sur la santé physique. Les
conséquences physiques des dépendances, même après de longues
thérapies, laissent toujours des traces plus ou moins profondes dans
l'organisme. Les effets de ces dépendances sur l'âme sont beaucoup plus
graves. Ils sont à la fois naturels et surnaturels. Naturels, en ce que
l'équilibre intérieur des sens et de la raison se trouve totalement
perturbé. Surnaturels en ce que le fondement même de la dignité
humaine, qui est sa relation avec Dieu, se trouve méprisé, quand il
n'est pas rejeté : d'où un désordre ontologique installé au plus
profond de la personnalité. Car nous sommes faits à l'image de Dieu, et
donc appelés, pour être réellement nous-mêmes, à participer à la vie
même de Dieu. C'est ainsi qu'avant d'être une maladie - ce qu'il est
sans doute - l'alcoolisme, comme toute autre dépendance est un désordre
moral et spirituel, c'est-à-dire un péché. La personne dépendante, dans
la mesure où elle ne réagit pas contre sa dépendance, cherchant même
dans sa misère une espèce de confort morbide, ne peut en aucune manière
observer le grand commandement de l'amour de Dieu et du prochain.
Pour guérir d'une dépendance, il faut certes
prendre les remèdes naturels destinés à rétablir la santé physique et
psychique. Mais les remèdes fondamentaux à prendre, sans lesquels les
meilleurs remèdes naturels demeureront toujours insuffisants et même
décevants, sont les remèdes surnaturels. Car dans tous les cas de
dépendance, c'est d'abord l'âme qui est malade : l'âme qui s'est
détournée de l'ordre voulu de Dieu et qui, en s'éloignant de la lumière
divine, a sombré dans une nuit profonde. C'est seulement Dieu qui peut
rendre à l'homme la liberté spirituelle qu'il a perdue. C'est seulement
Jésus-Christ, qui peut délivrer une âme de ses esclavages, la sauver de
la perdition dans laquelle elle s'enfonce. Comme l'a expérimenté Matt
Talbot, Jésus-Christ est le "grand guérisseur" des corps et des âmes,
parce qu'il est l'unique Sauveur capable de refaire les âmes, de les
recréer, de leur faire retrouver, avec l'innocence première, leur
identité originelle, celle que Dieu leur avait donnée à l'origine en
les créant.
Ainsi, nous pouvons comprendre que la guérison des
dépendances suppose nécessairement et essentiellement un cheminement
spirituel, une conversion authentique, où il faut rendre à Dieu la
place qui est la sienne et qui avait été usurpée, et nous mettre à
notre place. Il s'agit là d'une aventure à la fois périlleuse et
merveilleuse. Périlleuse et pénible, en raison des liens qu'il nous
faut absolument briser, et que nous serons toujours tentés de
préserver, en nous mentant à nous-mêmes, sous l'inspiration de l'esprit
malin, qui ne veut pas lâcher sa proie. Merveilleuse dans la mesure où,
par la grâce de Dieu, nous devenons capables de laisser Dieu agir,
d'être dociles à son action guérissante et d'y coopérer sincèrement.
En vérité, sans la grâce de Dieu, il ne sera jamais
possible à un homme, esclave de ses passions, de recouvrer la liberté
d'agir en homme. Or, la grâce de Dieu s'obtient d'abord par la prière.
La prière doit occuper la première place dans toute entreprise éclairée
de guérison des dépendances. C'est par la prière qu'on revient vers
Dieu, dont on s'était détourné. La prière illumine la conscience, lui
montrant la profondeur de sa misère et l'infinie bonté de Dieu. La
prière allume dans le coeur l'espérance du pardon, de la
réconciliation, de la paix retrouvée. Matt Talbot a fait l'expérience
des bienfaits de la prière sur son âme et sur son corps, sur tout son
être, très gravement malade du mal de l'alcoolisme. Dans la prière, il
a rencontré personnellement Jésus. Il l'a rencontré d'une façon plus
directe et plus puissante encore dans les sacrements de Pénitence et
d'Eucharistie. Il a éprouvé jusqu'à quel point le sacrement de
pénitence est un sacrement de guérison intérieure. Dans l'Eucharistie
il a découvert l'amour délicat et extrêmement fort de Jésus, le
revêtant peu à peu de ses vertus et en faisant un homme complètement
nouveau.
Dès les débuts du cheminement spirituel, qui l'a
mené à la guérison radicale que fut sa conversion, Matt Talbot a été
conduit par la Mère de la Grâce, qui a formé dans son coeur son Fils
Jésus. Il n'y a pas de doute que la Vierge Marie joue un rôle essentiel
dans toute conversion : c'est Elle qui conduit à Jésus, c'est Elle qui
fait naître Jésus en nous, c'est Elle qui forme l'homme nouveau en
nous. Que par Elle soit rendue à Jésus-Christ, le divin Médecin, le
Sauveur de notre pauvre humanité, tout honneur et toute gloire !
J.R.B.
Un Évêque dit la Vérité sur la Contraception
C'est en Floride, et au diocèse catholique de
Saint-Augustin, qu'un évêque a parlé. Fermement, et au nom de son
devoir d'enseigner publiquement invoqué, Mgr Victore Galeone a désigné
la contraception comme étant à la racine du désordre moral qui sévit
aujourd'hui dans son pays, et ailleurs. Son langage est aujourd'hui
devenu inhabituel, y compris parmi les pasteurs chargés de guider les
hommes : il le dit lui-même. Il voit dans cette timidité, ce silence,
voire cette complicité des pasteurs, l'une des grandes causes du
désordre. Décidément, la portée de sa lettre pastorale dépasse
largement les frontières de son diocèse, et même de son État. Elle fait
sauter un tabou imposé par la culture de mort. Monseigneur Victor
Galeone ne craint pas citer une journaliste catholique : "La
contraception tue".
Alors que l'Amérique du Nord est agitée par les
menées visant à instituer le "mariage" homosexuel, alors aussi que le
divorce, de plus en plus facile aux États-Unis, frappe une proportion
toujours croissante des mariages, Mgr Galeone ne craint pas de dire
qu'il s'agit là de "simples symptômes d'un désordre autrement plus
grave". Un désordre qui devra être extirpé à la racine, proclame-t-il :
un désordre qui s'appelle "contraception" - une question de vie ou de
mort.
Cette vérité ne peut être comprise qu'en rappelant
la vérité sur le mariage, voulu par Dieu comme une "communion de vie et
d'amour", écrit l'évêque. C'est la Genèse qui nous l'enseigne, en
précisant les deux fins du mariage : donner la vie, communiquer
l'amour. "Ces deux fins sont à ce point entremêlées qu'elles en sont
inséparables", dit-il. "Les époux forment une entité organique, comme
la tête et le coeur, et non une unité mécanique comme la serrure et la
clef. Ainsi, séparer la tête ou le coeur du corps - contrairement au
fait de retirer une clef de sa serrure - entraîne la mort de
l'organisme. Il en va de même avec le divorce. D'une façon semblable,
ce fut Dieu qui combina les deux aspects du mariage - l'échange d'amour
et la communication de la vie - dans un seul et même acte. C'est
pourquoi nous ne pouvons pas davantage séparer, par la contraception,
ce que Dieu a uni dans l'acte du mariage que nous ne pouvons séparer,
par le divorce, ce que Dieu a joint ensemble dans l'union matrimoniale
elle-même."
Autrement dit, si le mariage, si la société sont à
ce point malades, c'est parce que les rapports entre hommes et femmes
ont été viciés à la base par une restriction volontaire du don d'amour,
par l'introduction du mensonge dans le langage des corps. "Puisque Dieu
a façonné nos corps, mâles et femelles, pour communiquer à la fois la
vie et l'amour, chaque fois que mari et femme entravent cette double
finalité par la contraception, ils opèrent un mensonge. (...) Pire :
ils usurpent tacitement le rôle de Dieu". En considérant leur fécondité
comme une erreur de sa Création...
Mgr Victor Galeone n'accuse pas les 90% de couples
américains - toutes confessions confondues - qui ont, aujourd'hui
recours à la contraception ou, pire, à la stérilisation, pour éviter de
donner la vie : il ne veut pas paraître âpre et rude à leur égard. "En
réalité, je ne les accuse pas de ce qui s'est passé depuis ces quatre
dernières décennies. Ce n'est pas de leur faute. À de rares exceptions
près, à cause de notre silence, nous autres, évêques et prêtres, sommes
les fautifs". Et de demander à tous les prêtres de son diocèse, et
spécialement aux confesseurs de dire et rappeler l'enseignement de
l'Église y compris en chaire quand les circonstances s'y prêtent. Le
prélat souhaite que les fiancés se préparant au mariage reçoivent un
enseignement "adéquat" sur la régulation naturelle des naissances",
méthode "moralement acceptable".
Mgr Galeone précise : "Dire que les méthodes
naturelles ne diffèrent pas de la contraception reviendrait à affirmer
que c'est la même chose de garder le silence que de dire un mensonge".
Il clame donc la vérité, rappelant au passage que
toutes les conséquences de la généralisation de la contraception
prédites par Paul VI dans Humanoe Vitoe se sont réalisées :
davantage d'infidélité conjugale, une baisse générale de la moralité,
spécialement parmi les jeunes, le risque de voir les hommes considérer
leurs femmes comme des objets sexuels, et les programmes de contrôle
massif des naissances imposés de force par des gouvernements.
Alors que le nombre de divorces a triplé en
quarante ans, aux États-Unis, on observe que le fléau touche 30% des
couples "contracepteurs" contre 3% à peine de ceux qui pratiquent la
régulation naturelle des naissances.
Cette affaire est morale. Mais elle est, aussi,
éminemment politique...
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extrait de : Le Mariage : une communion de vie et d'amour.
Lettre pastorale du 10 juillet 2003. Site : www.dosafl.com